D'Antarès en Orion [pv. Lily]
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MessageSujet: D'Antarès en Orion [pv. Lily] Lun 30 Juil - 13:56


d'Antarès en Orion

ft. Lily Evans


L’ondoiement d’un matin. L’aurore poudroie d’étoiles qui s’étiolent dans les derniers nuages. J’ai ouvert un œil neuf quelques instants auparavant. Quelque chose d’indicible s’agite à l’orée de ma conscience. Une impression fugace qui persiste au réveil. J’ai fait fausse route. Où ? Où donc ? Je me suis assis en tailleurs, les cheveux mêlés des brumes du songe. L’œil papillonne un peu, la rétine se fixe sur un point du mur.

L’impression au réveil d’avoir tué un ange. Je ne m’explique pas cette sensation qui me brûle les doigts et l’âme toute entière. La main se perd dans les cheveux, effleure les racines d’argent. Un brutal et vacillant retour au réel danse sur le fil de ma conscience. Trop d’images tournent sous la tempête du crâne, s’entremêlent. Mauvais lendemain de cuite, et je n’ai pourtant pas bu une goutte d’alcool la veille.

L’ondoiement d’un matin. Je me sens étranger à moi-même. Je fais courir mes doigts dans le vide, les contemple sous mon regard emperlé d’ombres. Ces mêmes paumes qui ont tué, brisé, torturé ont aussi caressé, aimé, enlacé. Un même outil si versatile. Touiller potion, ardre d’amour un corps offert, lacérer l’étoffe de chair d’un ennemi. A quoi peuvent-elles bien servir dans les ans à venir ? Temps alloué sans que je ne l’ai demandé. Temps offert par Potter pour me faire pion à nouveau dans cette rude bataille.

L’impression au réveil d’avoir tué un ange. Cet hier qui me semblait si radieux s’est terni de la fadeur de l’incertitude. Trouble angoissé jeté vers l’avenir. Instrument je fus, instrument je suis. Puis-je vivre enfin ? Puis-je épanouir enfin les fleurs de mon existence ? Lily m’a rendu humain en m’offrant son cœur. Le tourment est intenable. Que cela cesse. Les visages défilent sous mon œil emperlé d’une soudaine rosée. Lily. Regulus. Thorn. Asao. Connor. Solveig. James Fleamont Potter.

La rudesse de son visage frappe ma conscience. Tremblement naissant le long des doigts tendus. Le contact des pièces d’échecs frappe encore ma peau. Douce essence de bois d’un duel trop passionné. Rude éthyl pour la conscience : un match nul, et une discussion qui a apporté son lot d’interrogations, de réponses, de tourments. L’agitation a gagné mon cœur, mon âme. J’ai fait fausse route pendant près de quarante années. Oblongue déchirure. Fausse route.

Je me suis assujetti d’âme en âme, sans jamais déployer mes ailes : mon père, Lily, Voldemort, Dumbledore et désormais Potter. Pourquoi ? La question me dévore les entrailles sans que je n’en puisse saisir l’ébauche d’une réponse. Pourquoi ? Qu’ai-je accompli dans mon existence ? Qu’ai-je accompli pour moi et non pour un autre ? J’ai servi une Dame, un Mage Noir, un Enchanteur, un Elu. Suis-je condamné à ployer le joug ad vitam aeternam ? Une terrible sensation de vide a grignoté mes entrailles, les dissolvant dans un néant lénifiant. Suis-je trop heureux, au bras de Lily dans ma boutique pour que mon être supporte cela ?

Le problème est là : Lily. Mon coeur est toujours sous l’implacable joug de l’impératrice des Gryffondor. Une fois encore, je place mon bras au service d’une autre, qu’elle soit âme ou cause. Frisson incertain, le poil se hérisse jusqu’à devenir glaçant d’effroi. La stupeur de n’être que pion m’atterre. Quelle folie que de s’être cru libre.

Les instants succèdent aux instants, l’amertume de la constatation demeure inexorable poison dans mes veines. Je me lève, me vêt légèrement. Le corps libéré de la gangue de boutons et d’étoffes lourdes respire enfin. L’austérité se dissipe, masque sous lequel il ne reste rien qu’une sensibilité exacerbée. Pieds nus, je marche au petit matin dans les pièces de mon logement. Fleurs, cristaux et vasques s’égrènent sous mon œil. Les prémices d’un singulier sens esthétique. Je ne me suis jamais préoccupé ni de beau ni de bien ni de morale. Les deux derniers m’indiffèrent toujours autant.

Nuit évanescente attachant ses lambeaux à un quartier de lune qui roule sur l’horizon. Dernière valse d’un jeu, malgré moi, je me remémore chaque coup de la veille. Chaque question. Chaque réponse. Amères conclusions. Que fais-je ? J’ai aimé Lily, l’ai attirée à moi dans une tendre insouciance et une funeste volonté de nuire à Potter. J’ai trop bien réussi. Quelle satisfaction en tiré-je de faire ainsi graviter mon existence autour d’yeux de jaspe brillant ?

Le temps file. Tu n’auras plus de sursis. Ma conscience souffle et tempête. J’ai bénéficié d’un trop long traitement de faveur. Mort puis vif, je puis faire absolument ce que je souhaite. L’écho de ma confrontation avec Thorn affleure : « Je suis revenu à Poudlard parce qu’il n’y a rien d’autre que je sache faire ». Cri d’un soldat trop longtemps accoutumé à n’être que subalterne. Les ordres ont fusé. Mon assurance n’était que façade : qu’ai-je accompli pour moi et moi seul ? Rien. Quel timbre vibre mon nom sinon celui de l’héroïsme sacrifié ? Suis-je un héros ? A peine plus qu’un homme. Le mépris de Connor Stevens trouve écho dans mes propres doutes.

L’ombre s’étend par-delà la colline,
virevoltent les nuées
d’une errance trop longue.


Je pourrais prendre la route. Je pourrais disparaître. Si grande est la tentation de laisser hommes, femmes, enfants. Mais pour aller où ? Et pour quoi faire ? Avant que de songer à l’exil qui me dévore l’âme, il faut songer à une envie qui me soit propre. Je clos les yeux. Mes prunelles piquent, piquetées de larmes que je ne sais qu’étouffer dans le silence d’un sanglot. J’ai fait fausse route, mais il n’y a que cela que je connaisse, que j’ai connu. Pourrais-je rompre la malédiction que mes choix propres ont fait peser sur mon épaule ? Le passé gangrène chacune de mes perspectives d’avenir : Lily, Potter père et fils, Minerva, Voldemort… tous sont des ancres qui me tiennent au sol lorsque je voudrais m’envoler. J’ai machinalement ouvert la fenêtre, laissant les embruns de l’hiver gonfler mes poumons. La fine toile de ma chemise me fait frissonner. Glace mortifère : jamais je n’aurais dû renaître. Mon œil accroche un lys flottant au bord de l’eau. Douloureux hommage à la plus grande de mes prisons. J’attrape ma baguette et tapote la fleur. Des pétales délicatement ouvragés par Dame Nature, il ne reste rien. Cendre tombée au fond du miroir aqueux.

L’amour pur me déchire l’âme si bien que j’en laisse rouler ma baguette jusqu’au sol. Choc mat, le bâton de bois noirci pleure avec son maître. Autour de moi, se délite le décor, brouillé par l’écho de mes larmes où sourde le désespoir. Je voudrais chercher de l’aide mais je ne sais pas même vers qui me tourner. Je me baisse avec une souplesse dont je ne me serais plus cru capable et tâtonne. Le cylindre noir rencontre mon doigt, s’y loge. Baguette magique en main, je me laisse couler sous la fenêtre. Agitation du poignet. Malgré ma concentration, le patronus refuse de prendre forme, délité dans les obscurités de mes errances mentales. Nul ne pourra donc venir m’aider. Je clos les yeux, lâche la baguette, enfouis mon visage dans des paumes moites. Le corps secoué de soubresauts, je laisse enfin sortir les longs sanglots que je réprime depuis mon retour à la vie… Depuis bien avant, peut-être.
1209 mots
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