Apprendre la prudence (pv. Stevens)
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MessageSujet: Apprendre la prudence (pv. Stevens) Lun 2 Juil - 21:27


Apprendre la prudence

ft. Connor Stevens


Le soir tombe rapidement en hiver. Déjà les flambées du crépuscule embrasent les cieux, et sculptent les nuages de flammes vespérales. L’air est déjà glacial au dehors, et pourtant, j’ai laissé la fenêtre ouverte. Dans une vasque de cristal posée sur le rebord d’élégants lys oranges se détachent de l’arrière plan de givre qui nimbe la pelouse de Poudlard. Les cristaux de mon bureau diffusent une clarté étonnamment vive embrasant d’or et de crème le plafond blanc et faisant luire les tranches des livres. Les rayonnages de bois sombre brûlent du cuir rouge et brun, des toiles imprimées et des cartons fragiles. Il y a tant de livres sur ces planches de bois qu’on pourrait bien se demander s’il ne faudrait pas les trier. Pourtant, tous sont important à mes yeux, et bien plus encore m’attendent dans mon logement. Trop de livres, toute une vie d’étude compilée sur ces étagères.

Je me tiens devant la fenêtre. Les lys embaument d’une douce senteur qui se mêle aux effluves glaciales montant de la forêt interdite. Une senteur de pins et de mystères. Je demeure pensif. Derrière moi, un tas de copies corrigées. Les septième années ont été moins mauvais que ce que je redoutais. L’expérience fait donc ses preuves. Expérimenter plutôt que théorieser. Leur apprendre à se battre contre l’hydre de Lerne. A chaque tête décapitée des forces du mal, une autre naît, plus forte et plus retorse que la précédente. A chaque sortilège vaincu, un autre vient, plus puissant et plus difficile à lever. Comment puis-je les préparer à affronter le chaos, et surtout… à y survivre ?

Mon œil caresse les derniers feux du crépuscule. Dans la brillante rousseur du ciel bientôt gagnée par la pourpre nocturne, je vois le visage de Lily. Quelques instants de béatitude serre mon cœur avant que ne vienne la nuit et avec elle, le moment de la colle de monsieur Stevens. Il me reste quelques instants pour achever de me recomposer un masque inflexible, chose difficile en cette fin du mois de Février. Dans la convocation à son heure de colle, j’ai indiqué à monsieur Stevens de venir à mon bureau à 19h non pas sitôt après ses mésaventures mais quelques semaines plus tard afin qu’il ait le temps de se remettre de sa rencontre avec une plume ensorcelée et de méditer son geste. C’est un Gryffondor, toutefois, il ne faut sans doute pas en attendre grand-chose en terme de méditation…

Deux semaines après le cours qui n’aura pas manqué d’écorcher l’amour propre de l’élève de septième année, et, je l’espère, de faire marcher son cerveau, le voici convoqué dans mon bureau. Un sortilège de détection raté, une trop grande imprudence, et voilà le Gryffondor sous imperium en train de stupefixer ses petits camarades avant d’être libéré du sort et du contenu de son estomac par la même occasion… Ah, un rien suffit à les traumatiser ces rouges et ors… Si Regulus a eu l’air de follement s’amuser de s’entendre narrer cette histoire, il n’en fut pas tout à fait de même pour l’infirmière qui m’a regardé avec un air pincé lui amener le jeune Gryffondor à peine libéré de l’emprise de l’Imperium…

Je laisse flotter un petit sourire sur mes lèvres à ce réjouissant souvenir. Je suis à peu près certain que mes… méthodes pédagogiques trouveront peu de crédit aux yeux de mes élèves et de mes paires. Honnêtement, je m’en contrefiche. Ce qui m’intéresse, c’est de leur donner les armes pour survivre… le reste n’a que peu d’importance. J’ai, sur l’avant-bras, la nouvelle marque imposée par le Seigneur des Ténèbres, et lorsque je vois ces serpents entrelacés dans un ouroboros sans fin, je ne peux m’empêcher d’y voir la longue et lente agonie qui attend le Christ portant sa croix que je suis. Condamné à sans cesse être ramené, pion et soldat dans la guerre contre le mal. D’abord pion et soldat du Seigneur des Ténèbres, ensuite pion et soldat de Dumbledore, désormais pion et soldat de Potter. Trois guerres des sorciers. Trois vies de servitude pour des stratèges qui n’ont que faire du sacrifice de leurs troupes.

Je reviens lentement vers mon bureau et dégage la surface plane des affaires qui y trônent. Les papiers sont envoyés se loger avec douceur dans les tiroirs tandis que la lampe-cristal se pose en douceur sur le rebord de fenêtre à côté de la brassée de lys. Il ne reste plus qu’à préparer les petits accessoires. Je sors cinq plumes d’écriture de mon bureau, une plume de corbeau, une plume d’oie, une plume de faucon, une plume de buse et une dernière de paon en prenant garde de ne toucher aucune d’entre elles. Les plumes flottent à quelques centimètres de la surface du bois, et demeurent là, en lévitation, à peine troublées par le vent glacial qui caresse leur empennage. Deux de ces plumes sont ensorcelées : la plume de faucon et la plume de corbeau. Toutes deux sont piégées à l’aide du même dispositif que celui face auquel Monsieur Stevens a perdu de sa superbe, à la différence que quiconque les ne serra frappé que d’un innocent stupefixe qui l’enverra sans doute à l’autre bout de la pièce. Moins spectaculaire que l’imperium, plus pédagogique…. Ou peut-être pas.  C’est surtout que j’apprécierais que Monsieur Stevens ne fasse pas trop de casse dans mon bureau. Par chance, un enchantement protège les cristaux et vasques de verre disposés dans la pièce. Ces mêmes vasques d’où montent le bouquet floral des lys, et celui, plus suave, des fleurs d’oranger.

Je n’ai toutefois pas prévu de me contenter que de cet entraînement… non. Cela n’est que la mise en bouche.

Je devine que quelque chose s’agite derrière la porte, un frôlement juste avant que le bruit sourd de doigts claqués contre le bois ne me parvienne. Je jette un œil à la montre à gousset dans ma poche – une suggestion de Lily pour ce nouveau style vestimentaire… j’aime bien, il faut dire – et constate qu’il est dans les temps.

« Entrez, Monsieur Stevens, et fermez la porte derrière vous. »

J’attends placidement qu’il s’exécute et face quelques pas vers moi. Aussitôt, je sors la baguette magique lovée dans ma manche et la pointe devant moi, visant non pas Stevens mais la porte.

« Collaporta »

Je me tourne vers lui tandis que s’illumine l’huis désormais parfaitement verrouillé.

« Bien, monsieur Stevens, commençons. Vous êtes-vous bien remis de votre petit tour à l’infirmerie ? Cela vous a-t-il mis du plomb dans la cervelle ? C’est ce que nous allons voir. Certaines de ces plumes sont ensorcelées, d’autres non… A vous de trouver celles qui contiennent un maléfice... Vous ne sortirez, de toute façon, pas de cette pièce tant que vous n’aurez pas trouvé. Au travail, si vous êtes suffisamment adroit, je vous apprendrai à le conjurer, histoire de vous éviter de mourir bêtement en touchant un objet ensorcelé… Les héros irréfléchis ne survivent pas longuement aux guerres, Monsieur Stevens. Mettez-vous à l'oeuvre ! »

Je m’écarte du bureau et m’adosse à une bibliothèque un peu plus loin pour le laisser chercher par lui-même un moyen. J’ai toujours la baguette en main, prêt à réagir s’il essaie de s’échapper ou de protester.

1206 mots
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MessageSujet: Re: Apprendre la prudence (pv. Stevens) Mer 11 Juil - 23:42

ft. Chauve-Sour-... Severus Rogue

"C'est tout bonnement du sadisme, sachez-le."


On ne pouvait pas dire qu’il ne trainait pas de la patte ce soir-là, sa main droite dans les poches alors son homologue gauche jouait avec sa baguette entre ses doigts. Il mâchait son chewing-gum – un ersatz de Ballongomme moldu ramené par Tremlett - en faisant différentes bulles qu’il s’amusait à claquer toujours un peu plus fort pour entendre le son résonner sur les murs. Poussant toujours le bruit qui se faisait impatient et agressif à l’exacte image du jeune homme. Il n’avait pas envie. Sincèrement. Et marre. Cette colle avec Rogue, il estimait ne jamais l’avoir mérité. Il avait été une victime dans l’histoire – si on ne comptait pas en plus les brimades qu’il avait mangées des semaines durant suite à cette expérience. Ces dernières ayant même repris avant qu’il ne lâche ses amis et le confort de la salle commune des Rouge et Or pour se joindre à l’autre Chauve-Souris.
Ca les faisait rire tous hein, mais en attendant pas même l’un d’entre eux avait été foutu de se défendre contre ses Stupefixs, râlait-il, vengeur et vexé, intérieurement. Bande de nazes.

Malgré sa trépignante envie d’esquiver l’heure de torture qui se présentait à lui, la jeune lion réussit à conserver la tête froide et s’avança à travers les différents couloirs lentement. De plus, il avait trouvé assez de force pour se permettre quelques efforts dont notamment le fait d’être à l’heure. Après tout, il connaissait assez le personnage qui l’attendait et n’avait pas envie d’entendre ce dernier avoir à redire sur son cas. Plus vite c’était bouclé, mieux c’était. En parallèle il désirait aussi surtout un peu lui clouer le bec à ce bonhomme. S’imaginant déjà la frustration de son enseignant s’il ne lui donnait pas de quoi s’acharner sur son sort. Non, ce soir je ne serais pas le punching-ball de Monsieur. Cherchant sournoisement de ne pas donner cette satisfaction qu’il imaginait l’homme prendre pour égayer vie qu’il imaginait si triste. Pour être un bonhomme pareil il n’y avait pas d’autres raisons possibles.

Comme une provocation ouverte envers cet enseignant qu’il ne pouvait supporter. Et ce même s’il y avait eu une trêve entre eux lors de la dernière nuit d’horreur qui avait secouée l’école – apportant le sommeil éternel à l’un des leurs alors qu’une autre avait disparu dans des circonstances encore non élucidées. Car même si Rogue s’était avéré à l’écoute et conciliant pendant ces quelques heures, les choses avaient très vite repris leur nature première avec véhémence les semaines qui s’en suivirent durant les cours. Notamment compte tenu d’une certaine leçon sur les objets marqués de magie noire dont Connor se rappelait plus de l’après que du pendant – contre sa volonté qui plus est. La mémoire seulement marquée au fer rouge par l’humiliation publique qui s’en était suivie, et que le brun reprochait directement à l’homme.

Car oui, même s’il reconnait qu’il était plus pédagogique de mettre les élèves dans des conditions réelles – ayant reproché l’aspect trop théorique après le duel perdu avec l’Avery -, le lion n’oubliait pas une chose : Rogue l’avait manipulé durant cette heure spécifique, et ce en beauté. Ce dernier point lui fit claquer la bulle de son chewing-gum un peu plus fort, alors que ses doigts venaient à ses serrer un peu plus fort dans sa poche. Marquant sa paume de ses ongles courts.
En vérité, le jeune homme était surtout agacé par sa propre faiblesse de ne pas avoir pu déjouer les plans de l’ex-Serpentard pour bêtement tombé directement dans le piège dressé par la Chauve-Souris comme un imbécile. Bien que s’acharnant mentalement à masquer ce fait et surtout cette faute grave – qui était directement liée à son imprudence – derrière un fait qui ne cessait de le hanter : cet enfoiré était rentré dans sa tête. Il en était désormais certain.

Il se répéta à nouveau alors les quelques phrases qu’avaient lancées l’enseignant lors du cours à son réveil. Seul élément par ailleurs dont il se souvenait clairement pour se l’être repassé en pensée à l’infirmerie lorsque c’était encore frais. Enfin… il se souvenait aussi de ses nausées, et de ce qu’elles en avaient résulté sur les chaussures d’un pauvre Poufsouffle. Il secoua la tête pour oublier sa partie là, se reconcentrant sur le fait que Rogue avait annoncé, pavanant fièrement devant ses élèves, que la plume avait bien été ensorcelée – par un Imperium qui plus est. Déclarant devant tout le monde que Connor avait fait la bêtise de croire que son sort n’avait pas échoué, ce qui avait mené à la petite animation qui avait suivie.
A ces souvenirs – et même si les mots du professeur déclenchait un agacement certain chez lui -, le Rouge et Or contenait une certaine satisfaction à les passer en boucle dans sa tête. Il s’était vendu ce con.

Devant alors cette évidence, le jeune homme n’avait eu plus qu’un seul objectif : lui faire payer. Pourtant il devait être vigilent maintenant, conscient du caractère Legilimens de son adversaire. Il se posa un instant, pour regarder derrière les vitres sans voir la nuit tombant sur le domaine. L’âme focalisée seulement sur sa tentative de se remémorer les recherches auxquelles il avait procédées avec Solveig – étrange partenaire d’un instant qui s’avérait tout de même fort efficace quand on causait bouquins et études. Il plissa lentement des yeux en réussissant à se souvenir d’un des points cruciaux qui était ressorti de ses découvertes : le contact visuel – les yeux dans les yeux à l’occurrence – était l’un des points clef pour permettre à un Legilimens de pénétrer un esprit. Il fallait alors qu’il évite à tout prix de regarder Rogue dans ses petites prunelles sournoises de fouine. Très bien, mais il sut par avance que cela n’allait pas être chose facile – connaissant la bestiole et lui-même.
En effet, le jeune poursuiveur avait toujours pour habitude lorsqu’il s’adressait à quelqu’un de toujours se confronter au regard de l’autre. Comme une marque d’honnêteté pour mieux lire les gens – même s’il fallait admettre que dans son cas et avec sa subtilité, la seconde partie n’était pas souvent accomplie. Mais aussi, et dans le cas d’interlocuteurs tels que Rogue – par ailleurs il en existait d’autres, comme Avery par exemple – il considérait ces échanges comme un biais idéal à la provocation. Soutenant souvent le regard dans un rapport de force muet avec ceux qu’il essayait de le contrarier, ou d’intimidait par moments.

Pourtant, il devait mettre cette habitude de côté ce soir ; c’était devenu une nécessité. S’efforçant de se retenir et de ne pas laisser son naturel reprendre le dessus lorsqu’il serait face à l’être exécrable qui l’attendait un peu plus loin entre les murs du château. Il ne devait pas laisser à Rogue la moindre occasion de rentrer dans son esprit – ce qu’il avait toujours fait jusqu’ici avec une facilité déconcertant. Ce point par ailleurs n’était pas seulement une question du caractère manipulable du jeune lion, mais il avait enfin compris le risque sous-jacent de cette situation. En particulier le fait que par inadvertance il pouvait servir sur un plateau certains détails qu’il ne désirait aucunement dévoiler au grand jour à l’enseignant. Il pensait par ailleurs plus exactement à la condition d’un certain blond, pour laquelle l’Irlandais s’usait les nerfs à conserver l’information pour sa propre pomme. Avery était à lui et à personne d’autre. Ne pouvant se défaire de ce violent désir de faire voler le Sang Pur à travers tous les couloirs de l’école. Lui faire regretter ses mots et sa victoire. Se sentir pour une fois prendre le dessus. Gagner. Sachant pertinemment que l’autre connard avait été jusqu’ici vainqueur de leurs deux premiers rounds : leur duel, puis Siobhán.

Il s’avéra soudainement que cette dernière réussite de la part du blond serra le cœur du jeune lion, gonflant à nouveau entre ses lèvres une nouvelle bulle après avoir mâché avec hargne sa friandise. Mais il devait faire face à la réalité : la jeune femme avait fait son choix. Dans le dilemme qu’il lui avait imposé, elle s’était enfuie dans les cachots. Depuis, et même si le temps apaisait les tensions, ils n’avaient pu reparler - si ce ne fut ce cours de potions qui ne leur permit pas véritablement d’en mener plus large.

Pourtant, avec le temps, le jeune homme avait appris à se calmer. Et était prêt à pardonner à la brune. Enfin, surtout il l’avait déjà fait au fond de lui. N’espérant que retrouver cette dernière, dans cette même amitié qui avait caractérisée de nombreuses années dans cette école. Se voilant la face de ces quelques espoirs un peu trop naïfs alors que sa raison lui hurlait l’impossibilité de la chose. Après tout il avait trop eu pour se contenter véritablement de redevenir comme avant. Subissant de ce fait, et face à cette incapacité entre eux de communiquer, l’absence de cette petite Irlandaise qui se faisait de plus lourde de jour en jour.
Volonté qui, de plus, s’exacerbait quand il l’apercevait… En effet, malgré son caractère brut et tout manque de finesse dans la lecture des autres, il n’avait pu s’empêcher en posant son regard sur elle de lire dans ces prunelles pluie une once de tristesse – laisse s’échouer dans des méandres inconnus la malice qui les avait pourtant toujours habitée.
Ce changement il s’en sentait profondément fautif. S’y découvrant aussi absolument vulnérable, et impuissant. Elle qu’il avait toujours connue rayonnante, se retrouvait éteinte. Certes, il avait eu un soubresaut en croyant la revoir face au chiot de Baggins, mignonne avec son sourire aussi grand qu’une banane. Mais cela n’avait duré qu’une minute, toute trace de joie s’évadant aussitôt de son visage quand elle l’avait remarqué. Hum… ça faisait toujours plaisir de se voir si apprécié.

Cependant, même cette rancune temporaire n’arrivait à effacer sa culpabilité face à la nouvelle conduite de la jeune femme qui le désespérait. Surtout qu’il s’y voyait complètement démuni - se doutant que même s’il venait à s’approcher d’elle, et essayait de lui ramener le sourire, il était de loin la dernière personne qu’elle voulait voir. Avec plutôt en tête de liste l’Avery. Et ça, ça le rendait malade.
Car oui, cet imbécile, il lui manquait –  et pas lui. Ce demeuré, il aurait pu la faire sourire en une seconde – lui ne sèmerait que de la colère chez elle. Ce con, il lui importait – lui non.

Et dire que des deux, c’était Avery qui était faux, qui était dangereux, qui était un putain de Mangemort et qu’il ne lui avait pas dit. Laissant à Connor le beau rôle : prévenir, s’inquiéter, la mettre en garde, la protéger. Comme se devait de le faire un véritable ami, et non être un danger pour ses proches.
Et comme d’habitude, elle avait tout mélangé. Et s’en était pris à celui qui lui venait en aide pour aller courir dans les bras du prince pas si charmant en fin de compte. C’était du foutage de gueule, il n’y avait pas d’autres mots.

Le pire dans tout ça : c’est que même malgré la bêtise infinie de la brunette, le jeune homme avait envie de la revoir. De pouvoir discuter avec elle et la taquiner. Sa présence venant à devenir un besoin indéniable à son cœur. Tant même qu’il avait eu la folie de lui envoyer durant ces vacances ces bonbons achetés des mois plus tôt – quand tout allait encore bien. Dans l’espoir de tisser un lien, de se rappeler qu’ils existaient dans le même monde, d’avoir un peu de sa gaieté dans les heures sombres qu’il avait rencontrées.
D’ailleurs, il ne savait pas si elle avait percé à jour l’identité de ce donateur mystérieux qu’il s’était fait durant ces heures de perdition. N’ayant pas eu le courage de signer alors que Mordred était revenu, comme demandé, sans message de retour. A vrai dire, ce dernier fait était voulu : il n’avait pas osé lui intimer de collecter une réponse ; ayant eu peur du moindre refus.

Le plus stupide dans cette histoire consistait aussi en l’après, depuis qu’il était revenu à Poudlard, où il évitait soigneusement la jeune femme. Se rassurant autant que désespérant en ne la voyant pas aux entrainements.
En parallèle, cette dernière absence lui rappelant qu’il devait aussi remédier à certaines petites choses. Dont notamment certaines qui relataient plus du Quidditch et de son rôle en tant que leader cette année. Rajoutant une nouvelle fumée dense à sa tête déjà bien trop embrumée par ses soucis personnels. Et plus exactement ses vacances dernières avec l’attaque de sa mère. Avec ça sur le cœur, il n’avait aucune envie de se prendre la tête.

Il n’en avait parlé encore à personne par ailleurs, le souvenir de sa génitrice en pleurs le hantant. Il n’avait toujours pas su ce qu’on lui avait fait, et son esprit venait à s’imaginer les pires choses au monde quand il venait à se pencher dessus. Se demandant même dans les heures les plus sombres si cela n’avait pas un lien avec les menaces de l’Avery. Pourtant, il s’efforçait de respecter la demande de sa mère et de revenir à cette vie estudiantine. Mais son cœur n’y était pas, le gout amer dans sa bouche ne se délogeant pas alors qu’il lorgnait d’un œil mauvais le mensonge éhonté qu’était cette année avec cette fausse paix que le corps enseignant essayait de leur imposer. L’envie de cracher à la direction d’arrêter de faire comme si tout allait bien alors qu’ils en étaient à leur quatrième mort. Fallait pas se foutre de la gueule du monde éternellement non plus ; eux aussi étaient touchés par la guerre.

Après tout l’école était infestée de Mangemorts – persuadé qu’Avery n’était qu’un pion noir parmi tant d’autres -, les familles de chaque étudiant dehors, lieu où sévissait toutes ces horreurs qui avaient repris depuis que ce régime de terreur était réapparu ; toutes ces choses qui faisaient d’eux autant des acteurs des nouvelles confrontations comme des victimes potentielles. Il eut un soupir dédaigneux.
Au final sa vie en retournant à l’école était à l’exacte image que celle qu’il avait connue chez lui : triste, où l’espoir se mourrait.

Alors, dans un dernier effort avec toujours pour idée d’essayer d’arranger les choses, il s’était renfermé sur son vieux recueil. Retrouvant quelque peu le sourire et l’arrière-gout de ses précédentes années dans l’école dont il enviait l’insouciance en ce moment même. Décidé depuis à mettre le plus rapidement possible en route son idée. Ce projet de défi général et géant qui accentuait un peu plus ses espérances de pouvoir rassembler ses camarades. De refonder une union et surtout un meilleur climat pour chacun. La vie devait passer par-dessus la mort et l’horreur.

C’est sur cette note un peu plus guillerette – et une troisième bulle éventrée – qu’il reprit sa marche pour le second étage. Bien que ruminant quelque peu contre l’enseignant et son idée d’une retenue aussi tardive. Après tout, le jeune homme avait à cette heure-ci entrainement de Quidditch, qu’il ne pouvait de toute évidence pas assurer – ayant cherché un terrain d’entente avec le professeur qui s’était fait tête de mule à ce propos. La Chauve-Souris avait même osé lui demandé d’assumer son comportement et les conséquences qui en découlaient plutôt que de rechigner comme un enfant. Il était pas gêné celui-là !

Alors, il s’était fait à cette décision, annulant l’entrainement, l’estomac noué. Comme si l’équipe avait besoin de ça en ce moment… Mais il ne s’était pas senti d’expliquer à l’enseignant les tenants et aboutissants actuels de maintenir chaque heures de pratique pour conserver la motivation de ses joueurs. Ne se voyant pas de délibérément avouer que la situation pour les Rouge et Or était plutôt désastreuse.
Pourtant ce n’était pas faute d’avoir mis du cœur à l’ouvrage, l’Irlandais tenant vraiment à cette promesse qu’il avait fait à sa maison. Après tout, il voulait partir en beauté, rendre à ses couleurs leur fierté alors qu’il les portait depuis sa troisième année avec une dignité sans nom dans les airs.

Mais tous ses efforts ne pouvaient rien contre la disparition de son attrapeuse. Sans compter Siobhán qui maintenait son absentéisme. Ces deux lacunes dans ses troupes venant directement influencer le moral de ses joueurs. Le forçant depuis à trouver diverses solutions pour remettre le navire à flot.
Ainsi il s’était vu dans l’obligation de trouver un nouvel attrapeur – ne statuant pas encore sur le cas de la petite Irlandaise. Ou plutôt, pour elle, il s’y refusait. Conscient que malgré son apparence – petite à la frêle silhouette -, elle était de loin la meilleure batteuse qu’il puisse avoir avec ce trop-plein constant d’énergie et un instinct de compétition qui égalait celui du grand brun. Ce n’était pas pour rien qu’il l’avait vu comme sa lionne.

Par ailleurs, il repensa à cette décision qui semblait par moment le déprimer. Déjà avant O’neill il avait eu du mal à trouver quelqu’un qu’il estimait à la hauteur de son équipe cette année – l’attrapeur des années précédentes ayant déménagé pour fuir le contexte dans lequel la communauté magique sombrait à nouveau. Et avait même pris la cinquième année plus par dépit que pour son réel talent – bien qu’elle avait été très motivée, le poussant aussi à lui donner sa chance.
Pourtant, depuis peu, une idée avait germé dans son esprit à ce sujet. Connaissant une susceptible remplaçante dont il n’avait pas à douter des prouesses – les ayant vues de ses propres yeux des années en arrière. Et même si elle était peu entrainée depuis, il ne se doutait pas au souvenir de la qualité de la joueuse qu’il ne lui serait pas difficile de remettre rapidement le pied à l’étrier. Lui-même prêt à lui donner un peu plus de son temps pour l’entrainer des heures en plus.

Le seul problème, et non pas des moindres, était qu’il lui fallait avant convaincre la jeune femme en question. Et vu la bizarrerie en laquelle elle avait tourné – à son plus grand malheur puisqu’il avait par ce biais perdu une très bonne amie -, il savait qu’il allait se confronter à un défi de taille. Mais était bien prêt à y faire face – ou plutôt n’avait plus trop le choix s’il tenait vraiment à gagner la coupe.

Sur ces dernières pensées il atteint enfin le lieu de rendez-vous donné par le professeur, qui n’était rien d’autre que le bureau de ce dernier. Il hésita face à l’objet de bois un instant, le regard longeant la poignée comme se demandant si ça valait vraiment le coup de rentrer et de se faire docile. Surtout qu’il ne démordait pas de l’injustice de cette punition. Mais il dû abdiquer, non sans un soupir alors qu’il extirpait le chewing-gum de sa bouche pour le coller dans l’un des reliefs du mur. Ni vu, ni connu. Et surtout, il n’avait pas envie de se faire reprendre directement en rentrant par l’autre mal-luné.
Ainsi, et rassemblant toute motivation possible – en soit très peu -, il retourna son poignet de sa main droite avec élégance - la gauche faisant toujours tourner sa baguette autour de son indexe -, puis toqua de ses phalanges sur la surface qui le séparait de son futur bourreau. Et allez, la torture commence…

La voix de Rogue ne tarda pas à tonner, l’intimant à entrer, ce que fit le lion. Saluant Rogue d’un banal « Bonjour. » tout en évitant de le regarder dans les yeux. Il ne fallait pas qu’il oublie ce détail. Il ne remarqua que brièvement le nouveau look qu’arborait l’homme justement – enfin, le redécouvrit, l’ayant déjà vu en cours et aux repas depuis quelques jours. Mais il n’y pouvait rien, il ne s’y faisait décidément pas ; les cheveux gras étant tellement en meilleure adéquation avec cette Maudite Chauve-Souris.
Ainsi, silencieux, et à quelques pas de la porte, il n’eut pas le temps de réagir que Rogue conjura un Collaporta dans son dos. Faisant retourner immédiatement le jeune homme sur la personne de son enseignant dans hoquet non contrôlé de surprise. Dardant deux grands yeux sur le visage de l’ex-Serpentard, exorbités qui transportaient clairement sa méfiance et son horreur. C’était quoi le but ? Le séquestrer ? En tout cas, pour éviter le contact visuel, c’était raté…

Mais il n’eut pas le temps de protester que Rogue déjà l’interpella dans un discours qui lui fit serrer les dents. Et le vexa royalement. En effet, l’homme venait d’énoncer toutes ces choses que Connor s’efforçaient à rendre sourdes dans sa tête, le regret de les avoir faites perçant dans son insouciance lorsque le masque « C’est la faute de Rogue et de sa Legilimencie » craquelait. Renvoyant en pleine figure en quatre phrases toute son imprudence à ce jeune homme qui pourtant aspirait si fort à devenir un bon soldat – lui qui cherchait à tout prix à être plus utile que possible pour cette cause.
Ainsi, l’Irlandais se renfrogna aussitôt, sentant sa langue se délier alors qu’il lança un regard noir à Rogue – les yeux dans les yeux.

«
C’est vraiment sympathique de m’entrainer. J’imagine que vous faites pareil quand vous venez user de la Legilimencie sur moi n’est-ce pas ? claqua-t-il sèchement en réponse. »

Dévoilant ses doutes sous l’impulsivité juste dans le but de provoquer son interlocuteur, et le faire réagir. Mais finalement après s’être ébouriffé les cheveux en louchant sur les plumes que lui avait indiquées l’enseignant - un lent frisson remontant le long de son corps au souvenir de sa dernière expérience avec leur cousine –, il accepta la punition qu’il vit plutôt sous l’allure d’un défi dans un hochement de tête. Après tout, on ne le changerait pas...

«
Très bien, si ça vous fait plaisir, indiqua-t-il en empoignant sa baguette plus fermement entre ses doigts. »

Il fut tellement de mauvaise foi qu’il n’accepta pas de reconnaitre qu’au fond, c’était un bon entrainement que lui proposait ici Rogue – ou tout du moins toujours plus productif que banalement récurer un chaudron ou recopier des lignes. Mais ses yeux étaient bloqués sur le caractère purement sadique de l’expérience. Surtout que l’ex-Serpentard avait assisté au déversement de ses tripes sur le malheureux Watnabe.
Finalement lorgnant les plumes une à une en se penchant sur le bureau. Il prêta attention à ne pas les toucher, conservant une distance entre elle et lui raisonnable – au moins il avait appris une chose la dernière fois. Mais il ne put s’empêcher d’afficher sur son visage un sourire narquois, dans l’idée de tout de même de nouveau venir faire réagir l’enseignant – toujours vexé - :

«
C’était aussi pour m’apprendre à un peu plus réfléchir l’Imperium, je présume ? Fallait que ça reste marquant. Enfin… Je ne suis pas sûr que le ministère approuverait, siffla-t-il en signe de menace. »

Donnant-donnant. Même si Rogue avait lui-même assumé devant toute une classe l’impardonnable et le fait d’y avoir mis en contact ses étudiants, Connor ne pouvait s’empêcher d’être bercé par l’espoir que l’homme recule et arrête de se permettre certaines choses – comme de rentrer dans sa tête à l’occasion. Posant sur sa tête un semblant d’épée de Damoclès s’il venait à le contrarier fortement. Vains espoirs cependant. Et il connaissait assez la bête pour ne pas trop y donner de l’importance. Mais bon, qui ne tente rien n’a rien n’est-ce pas ?

Face au bureau, il continua d’inspecter lentement les plumes, dont il ne les reconnut pas toutes. Après tout, les piafs c’étaient pas trop son truc. Pourtant son visage était empreint d’une certaine méfiance.

«
C’est encore l’Imperium ou vous avez voulu faire dans le neuf ? »

Comme votre cape ? pensa-t-il en se redressant. Prenant soin de braquer son regard dans les prunelles sombres de son interlocuteur, le provoquant même dans son esprit s’il venait à s’y rendre.









Défis Réussis du Pack Gallion:
 

▿ ⬘ ▴ ◈ ▾ ⬙ ▵

A soldier on my own
Imma ready for the fight, and fate. Let the games begin. Waiting for the last round's call. Keep on running this shit. Imma be the kid for the win.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Apprendre la prudence (pv. Stevens) Jeu 12 Juil - 14:43


Apprendre la prudence

ft. Connor Stevens


Deux maîtres mots avec monsieur Stevens – et en général, à dire vrai – patience et observation. J’ai vu le jeune Gryffondor entrer dans la pièce. Un lion en cage dans cette pièce plus vaste que ce que l’on pourrait redouter mais bien trop étroite pour ce joueur de Quidditch épris de liberté. Un lion en cage, sous la supervision d’un homme qu’il hait, manifestement, contre lequel il s’est braqué, et qu’il soupçonne. Moi. Je suis accoutumé à ces réflexions, et le regard qu’il me lance alors que je clos la porte derrière lui, l’emprisonnant ici avec moi est des plus parlant. Je vois dans sa prunelle passer la peur, l’inquiétude, la hargne, l’horreur. Un ballet de sentiment dont je ne puis m’empêcher de me repaître.

J’ai appris à aimer la terreur que j’inspire, la défiance. J’aurais pu détester cela, je le détestais autant que je me détestais dans ma folle jeunesse. De brimade en brimade, de recherche en recherche, les arts obscurs, les maraudeurs, mes mauvaises fréquentations et mon amour pour Lily m’ont donné de mauvaises habitudes. Je voulais devenir cette lame tranchante que l’on ne sort que rarement de son fourreau, cet acier trempé aussi dissuasif que létal. Que suis-je devenu sinon une arme ? Que suis-je devenu sinon un sabre émoussé par de trop nombreuses batailles. Je scrute les prunelles de Connor Stevens, ne pouvant que deviner ce qu’il pense de moi. Il voit un homme acerbe et cruel, un ancien mangemort, un sadique. Je suis tout cela, et je suis autre en même temps. Mais il me semble trop borné pour l’heure… Il n’aurait pas dépareillé au sein des maraudeurs : courageux, stupide, irréfléchi. Une bonne chair à canon.

Il ne me dément pas. Je vois son œil se lever vers moi tandis que je lui énonce les consignes, et ne pas me lâcher du regard alors que je recule vers un pan de mur pour lui laisser librement la place d’agir. C’est une forte tête. En d’autres époques, sous d’autres étendards, j’aurais sans doute pris un plaisir sadique et non dissimulé à briser un à un tous les écrous de son crâne jusqu’à anéantir totalement son esprit… D’autres époques, d’autres étendards. Je me prends parfois à songer que ce qui m’a attiré chez les mangemorts était moins la tentation de la puissance que celle de pouvoir assouvir mes propres pulsions de destruction. Et dire qu’il m’aura fallut une soixantaine d’années, un enterrement et une résurrection pour enfin admettre toute la violence de mon âme.

La voix de Connor Stevens s’élève. Je m’attends à des remontrances, des remarques assassines. Je m’attends à beaucoup de choses mais certainement pas à ce qui suit :

« C’est vraiment sympathique de m’entraîner. J’imagine que vous faites pareil quand vous venez user de la Legilimencie sur moi n’est-ce pas ? »

Je lève un sourcil, laissant paraître un fugace éclat de surprise sur mon visage ? Quand diable ai-je… ? Oh… Je vois. Le souvenir du cours de défense contre les forces du mal me revient en tête... Je n'y avais même pas prêté attention. Je me repasse rapidement le film et me remémore l’ombre de défiance que j'avais perçue du coin de l'oeil sur le visage de Connor Stevens… Je vois... Cela explique sans nul doute beaucoup de ses réactions. Il n’a cependant pas fini, et reprend la parole pour m’apostropher une nouvelle fois après avoir saisi sa baguette magique et accepté le défi que je lui lance.

« C’était aussi pour m’apprendre à un peu plus réfléchir l’Imperium, je présume ? Fallait que ça reste marquant. Enfin… Je ne suis pas sûr que le ministère approuverait »

Je tique un peu, un léger rictus déforme imperceptiblement l'ourlet de ma lèvre, mais ne réponds toujours pas, l’observant avec intérêt. Je sais que mon silence l’irritera, le poussera dans ses retranchements. Je ne compte réagir que s’il m’attaque physiquement, mais il ne semble pas prêt à franchir tout de suite le pas de l’agression. Bien, cela prouve au moins qu’il a un peu de contrôle de lui-même à défaut de discipliner sa parole. Je vois un nouveau saut de son esprit, il s’est concentré à nouveau sur les plumes et l’exercice. Nouvelle question, je m’attendais à une pique : « C’est encore l’Imperium ou vous avez voulu faire dans le neuf ? »

Quelque chose me souffle qu’il est temps, temps de répondre aux interrogations de Monsieur Stevens, temps de répondre à ses attaques, tant de rebondir sur le fil de ses mots. Je perçois le grand bouillonnement de son esprit et songe avec une certaine tristesse que c’est un enfant. Non pas à cause de son âge, mais en raison de son caractère : il est encore trop jeune d’esprit pour les combats qui l’attendent, et s’il ne grandit pas bien vite, sans doute pourrons-nous tous assister à son enterrement. Il y a quelques années – décennies plutôt – jamais je n’aurais songé ainsi à ces adolescents jetés dans les tourments de la guerre. J’avais espéré, en mourant, et c’était l’une de mes consolations, que cela sauvegarderait au moins quelques générations d’une nouvelle période de tourments.

Lors de ma résurrection, j’ai fini par croire à une mauvaise blague : le temps est cyclique, disaient les anciens. Je commence à le croire, à me croire prisonnier d’une nouvelle farce, d’une nouvelle boucle, condamné à porter encore et encore une croix. Celle du combattant, du guerrier, de cette lame que j’ai forgée dans l’acier de mon corps et l’alliage de mon âme. Mes choix m’ont condamné, les uns après les autres, à ne trouver aucun apaisement tant que je n’aurais pas brisé jusqu’à la dernière de mes chaînes. Mais par laquelle commencer ? La haine et le ressentiment, sans doute.

Ma voix s’est considérablement adoucie, à mon grand étonnement lorsque je prends enfin la parole. En des temps jadis, j’aurais sans doute nié, puni, ou n’aurais pas relevé les accusations de Monsieur Stevens… Ce temps là est révolu. Je veux répondre à tout, par ordre et méthode. Je me fais à moi-même l’effet d’un vieux papy daignant éclairer le plus impudent de ses descendants sur ses fautes. Je ne bouge pas d’un cheveu, ne quitte pas des yeux mon élève, et ne hausse pas le ton. Une parfaite maîtrise de moi d’autant plus aisée que les accusations de Connor Stevens ont glissé sur moi comme un flot sur les rochers sans jamais me toucher, ni m’atteindre. J’ai rarement été aussi en paix devant un élève, plus encore devant un Gryffondor.

« Je n’ai pas utilisé de legilimancie sur vous, Monsieur Stevens. En tous cas pas spécifiquement dans le but d’envahir le fil de vos pensées. »

Je ne cille pas et continue. Je présage de ses réactions : il criera sans doute au complot ou bien ne me croira pas. Il lui faudra des explications. J’ai croisé les bras sur la poitrine, la baguette magique lovée entre mes doigts. Je le toise sans méchanceté, avec une certaine neutralité. Je me sens tout à fait dépassionné face à ses réactions, comme si je m’en fichais… ce n’est pas le cas, pourtant, je les analyse sans froideur ni emportement. Je suis à la fois surpris de son audace, intrigué de son comportement, et étrangement satisfait qu’il me donne l’occasion de cette conversation. Je me fais vieux.

«  Certains Legilimens sont capables, à force de concentration, de déceler des mouvements d’humeur et des bribes de pensées dans une foule ; cela nécessite beaucoup d’entraînement, bien entendu, et une grande maîtrise de son propre esprit pour ne pas se perdre dans ce que l’on perçoit ni être soi-même vulnérable à une attaque. C’est cette dernière part qui rend cette technique très impopulaire parmi les sorciers de l’esprit : si elle est utile pour avoir une vue globale d’une assemblée, elle est aussi très coûteuse en énergie, en concentration et laisse le legilimens vulnérable puisque son esprit est éparpillé sur différents fronts. Il faut voir cet usage dz la légilimancie comme une porte ouverte sur le monde. Il est toujours dangereux de l'ouvrir trop grand sur le secret de son esprit : il m’a fallut nombre d’années pour maîtriser cela, et même aujourd’hui je ne me risquerais sans doute toujours pas à l’employer si je soupçonne la présence d’un autre legilimens dans une assemblée. »

J’ai un petit sourire en coin.

« Mais c’est bien pratique devant mes classes, et cela me fait un bon entraînement. »

Je ne m’attendais pas à parler autant, je dois dire. Surtout aussi calmement face à un Stevens hors de lui. Je suis satisfait de ressentir cette paix intérieure. Je ne l’ai jamais connue sinon dans mes rares moments d’intimité. Une sérénité étrange. Je peux presque sentir le souffle de sa présence tout contre moi. Je reprends, puisque je devine que cela ne répond pas tout à fait à son attaque sur le sujet :

« Naturellement, ce type d’intrusion de surface peut être contré assez aisément pour peu que vous discipliniez votre esprit. J’ai perçu distinctement vos pensées parce que vous ne possédez aucune maîtrise de ces dernières : en un mot comme en cent et de façon tout à fait littérale, vous pensez trop fort, Monsieur Stevens. »

J’agite la baguette. Sur une étagère toute proche, un verre d’eau apparaît. Je l’avale sans quitter des yeux Connor Stevens, puis fait disparaître d’un coup de baguette magique le verre aussi simplement qu’il était apparu. Un petit Aparecio informulé, c’est toujours fichtrement pratique. L’air frais de la nuit filtre de entrebâillement des fenêtres, faisant ployer la corolle des lys.

« Quant à l’Imperium, jeune homme, j’avoue ne prêter aucun intérêt à ce que pourrait penser le Ministère ou même la Directrice de l’établissement de mes méthodes pédagogiques, tout comme je me fiche éperdument de ce que vous pensez de moi. Je ne suis professeur ici que pour une unique raison : m’assurer que vous ayez les armes pour survivre en quittant la protection de ces murs. Le reste n’a pas la moindre importance à mes yeux. »

Je désigne du bout de la baguette les plumes pour répondre à sa question, un sourire ironique sur les lèvres que dément partiellement l’éclat de douceur de mon œil.

« Et vous vous doutez bien que je ne vais pas faire votre retenue à votre place, Monsieur Stevens. A vous d’identifier les enchantements de ces plumes de la façon que vous jugerez la plus appropriée. J’étais sérieux lorsque je disais que vous ne quitteriez pas ce bureau avant d’avoir fini, alors à moins que vous ne vouliez éterniser votre retenue en discutant toute la nuit… »
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