La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

 :: Monde Magique :: Pré-Au-Lard :: la Pierre Philosophale
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Mêlé
Métier/Etudes : Professeur de défense contre les forces du mal - prof de potions par intérim - directeur de Serpentard
Statut amoureux : Always hers
Nombre de Gallions : 1276
Parchemins écrits : 360
MessageSujet: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Sam 30 Juin - 12:29


La corneille...

ft. Thorn Baggins

Cela fait presque quatre semaines que je n’ai pas croisé Thorn Baggins. Quatre semaines que je ne lui ai parlé, que j’ai évité jusqu’à son ombre dans les couloirs, et cessé de prendre mes repas avec les autres professeurs. Cela fait aussi un peu plus de quatre semaines que Jason Mayfair, un élève certes déplorable, mais étudiant à Serpentard, a été retrouvé pendu au Saule Cogneur, le jour même de l’arrivée de Lily au château. La fin du mois de Janvier s’est avérée un peu trop sombre à mon goût et j’ai fait ce que j’ai toujours su faire de mieux : m’occuper l’esprit pour retrouver une certaine contenance. La Pierre Philosophale d’une part, Lily et Asao ensuite ont été les pierres angulaires de ma vie ce dernier mois qui a filé à la fois bien trop promptement et trop lentement. Je ne saurais dire combien je leur dois.

J’ai consacré tout mon temps libre – devenu plus abondant depuis que Thorn a repris les classes de potions – à œuvrer dans la boutique. D’une vaste pièce baignée de lumière aux murs de moellons incertains, j’ai fait un espace chaleureux, lambrissé de bois précieux, et hanté d’étagères sous lesquelles dansent des talismans runiques. Avec l’aide d’Asao Watnabe et de Lily, ce qui aurait pu n’être qu’une austère salle médiévale est devenu un lieu étrangement chaleureux. Tailler une à une les étagères et les poser, polir le parquet, gérer les services proposés, opter pour un tapage médiatique de bon goût notamment dans le Mensuel de Potions, meilleure gazette de potionnistes au Royaume Uni, s’il en est, trier les livres à la vente, les ingrédients, la disposition des rares éléments de décoration, commander le portrait de Nicolas Flamel, choisir les photos affichées au mur, et enfin étrenner le parquet avec Lily… Tant de choses qui se sont succédé et m’ont aidé à retrouver une once de paix. Mis à mal par la découverte du cadavre de mon étudiant, par les retrouvailles explosives avec Thorn Baggins et plus encore par les sinistres découvertes faites avec Regulus dans la bibliothèque quant à l’incompétence notoire de Potter en matière de nécromancie avancée, j’ai eu besoin de me recentrer et de me perdre dans ce lieu. Labeur manuel autant qu’intellectuel. D’artiste potionniste, je suis devenu artisan à tout faire.

L’ombre s’allonge déjà dans le lointain tandis que je m’affaire derrière mon chaudron. J’ai pris l’habitude de diviser mon temps entre cours, entrevues de soutien pour mes Serpentard, bibliothèque avec Regulus et longues escapades avec Lily. Et lorsqu’il me faut œuvrer comme au bon vieux temps je ne me réfugie plus dans mon laboratoire de potions à Poudlard mais ici, à quelques pas, à peine, de l’établissement, où je puis m’abîmer dans la sérénité des lieux et de mes recherches. Des cristaux de quartz ensorcelés étincellent autour de moi. Géodes et amas luisent d’une chaude lueur qui nimbe toute la pièce d’une clarté délicate. Nicolas Flamel sommeille, son Bréviaire entre les mains. Ce même ouvrage que j’ai demandé au Seigneur des Ténèbres de me ramener en échange de mes services. C’est pour lui rendre service, précisément, que je me prépare depuis un mois. Dans un petit chaudron bouillonne une potion que j’ai maintes fois faite, et qui ne demande plus que son parachèvement. Un mois de préparation pour une toute petite et bien précieuse goutte de chance liquide. Du Felix Felicis, bien entendu. Deux doses de vingt-quatre heures chacune. De petites fioles de cristal incassable attendent tranquillement que j’achève ma préparation.

Je me souviens avoir préparé un peu trop souvent à mon goût cette potion dans mes premières années, pour mes comparses mangemorts. Avery en particulier en était particulièrement friand lorsqu’il avait des velléités de préparer un mauvais coup impliquant des meurtres au nez et à la barbe des autorités. Ces gouttes-ci, cependant, vont servir un autre dessein, un autre voyage au Burkina Faso. Ma mission est simple : m’introduire dans l’une des réserves de créatures magiques les mieux gardées du monde et trouver un œuf de Runespoor à faire éclore pour le Seigneur des Ténèbres. Mission simple, réalisation difficile. Un peu de chance ne sera pas de trop.

Avec des gestes précis, je mélange une ultime fois la mixture jusqu’à obtenir la couleur désirée. Tout me semble bon, j’embouteille. Il n’y a plus qu’à attendre vingt quatre heures. Si le contenu de la fiole garde cette teinte miroitante et son aspect translucide, c’est que la préparation aura été un succès. Je place en sécurité les fioles, et nettoie mon chaudron d’un coup de baguette magique. Quelques gestes plus tard, il ne reste plus rien de mes sombres exactions. Nicolas Flamel semble s’être éveillé – ou peut-être ne faisait-il que semblant de sommeiller, ce ne serait pas la première fois – il n’a toutefois pas envie de parler. Il me suit de son regard, puis reprend la lecture d’un ouvrage près de lui. Il n’en manque pas : le peintre a jugé bon de le faire trôner au milieu de son atelier. J’ai bien essayé un jour de lui demander s’il pouvait me faire la lecture – de son Bréviaire par exemple, mais un petit rire accompagné d’un « vous êtes un petit futé, Severus » fut la seule réponse que j’obtins jamais. Je le regarde donc un instant, trônant en majesté dans la boutique à l’arrière du comptoir de sorte que son œil vif d’argent ne perde absolument rien de ce qui se passe ici, ne s’absentant jamais, puisque ce portrait est le seul du sorcier. A ses côtés, une nuée de photographies, savamment épinglées au mur par les mains expertes de Lily. Certaines sont des souvenirs de jeunesse – elles sont rares, celles-là – parfois en compagnie de Lily, parfois seul, parfois prises à la volée par Lily – notamment cette fameuse photo où l’on peut voir mon jeune alter-ego rire aux éclats tandis que dans le fond, le petit groupe de James Potter fulmine – souvent fondu dans un groupe du « club de Slughorn » mon ancien professeur de potions.

C’est dans ces dernières photographies que l’on peut me voir en compagnie d’autres Serpentard : Lucius Malefoy, Regulus Black entre autres, mais également en compagnie de Lily et de notre professeur, bien sur. La plupart de ces photographies affichées, cependant, date de mes années d’enseignement à Poudlard : prises en compagnie de mes Serpentard ou en celle de mes collègues, ces photographies « officielles » rappellent aux petits curieux que j’ai dédié ma vie à mon métier. J’ai soigneusement choisi les promotions que j’ai affichées : Drago Malefoy et Thorn Baggins apparaissent dans les nuées d’une pluie de visages. Jeunes gens diamétralement opposés et pourtant âgés de quinze ans à cette époque. De même, pour la photo en compagnie de mes collègues, j’ai tenu à en sélectionner deux : l’une montre le corps enseignant l’année où Lupin fut promu professeur de Défense contre les forces du mal, l’autre est un portrait rapproché de Slughorn et moi l’année où j’obtins moi-même ce poste. Je me souviens avoir levé les yeux au ciel quand Horace Slughorn avait exigé de moi cette photographie… et je ne la regrette finalement pas. Il y a encore pléthore de place sur ces murs, et Lily, toujours taquine, m’a indiqué après avoir reculé d’un pas pour observer la mosaïque élaborée des petits rectangles vernis inclinés se superposant et se répondant à côté du portrait de Nicolas Flamel, qu’elle se ferait fort de proposer à Minerva des photographies « souvenir » en fin d’année.

Je jette un coup d’oeil à la montre à gousset posée à l’intérieur du comptoir dont je me sers parfois lorsqu’une préparation de potion m’a ôté la notion du temps qui passe. Encore un repas que je pourrais prendre à Poudlard si je me mettais en route, et que je ne prendrai toutefois pas là bas. J’ai bien eu quelques questions de collègues curieux, mais me suis toujours débrouillé pour les esquiver, arguant que j’avais beaucoup de travail. De jour en jour, les collègues se sont accoutumés à mon absence. Pourtant, ce matin, j’ai paru dans la grande salle, le pas claquant sur le carrelage en cet journée de grâce du 20 février 2021. La stupeur fut totale. Non pas de ma présence – on aurait pu supposer que j’avais arrêté de jouer les ermites – mais de mon apparence. Les ciseaux habiles de Lily étaient passés sur mes cheveux, désormais courts, parsemés d’éclats poivre et sel qui auraient pu sembler d’argent sous une lumière rasante. Son œil expert était aussi passé par ma garde-robe. Non sans un certain embarras, elle m’avait fait acquérir une chemise de soie noire aux boutons d'onyx qui luisaient doucement sous les chandelles de la grande salle et un pantalon noir sur lesquels flottaient un manteau d’ébène. Moins austère, plus léger, moins sévère. Je me sentais presque nu ce matin. Je me sens toujours très tenté de reprendre mes anciens vêtements, mais je devine par avance les gros yeux de Lily si je m’avise de contester ses choix.

Son argumentation était double : un/ tu veux changer de vie ? Fais-le radicalement. Deux/ quand on est dans le commerce, on se vêt bien. Deux arguments pour le moins imparables. J’ai cédé, et de moins mauvaise grâce que ce que je redoutais. Lily a sur moi de bien étranges effets. De même, elle m’a susurré à l’oreille qu’elle était curieuse de voir tout cela au petit déjeuner… Et je me suis une fois encore exécuté ce matin sous le regard indéchiffrable de Minerva McGonagall, l’oeil hébété des étudiants, et la prunelle pétillante de Lily qui ne m’avait gratifié que d’un fugace mais évocateur regard avant de reprendre sa conversation, indifférente, avec sa voisine de table. Je me suis installé le plus loin possible de Thorn Baggins, à proximité de Regulus Black et d’autres collègues, et ai tenté d’oublier ma gêne malgré les coups d’oeil qui fusaient d’un peu partout alors que j’étais si légèrement vêtu.

Alors ? Dîner ou non ? Mon estomac gargouille autant que m’effraie la perspective d’à nouveau me donner en spectacle. Mais je commence à deviner que la fuite perpétuelle de Thorn comme de Lily ne m’aidera pas. Les raisons de l’évitement du premier sont évidentes : nous avons fini par en venir aux mains. Pour la seconde, c’est surtout une façon de ne pas mêler privé et professionnel. Ce qu’elle et moi avons en commun reste souvent savamment enclos dans le secret d’une chambre. La chambre juste au dessus de cette boutique, d’ailleurs. Alors que je lui ai confié les clefs de l’endroit avant même l’ouverture de la boutique, j’ai eu la surprise de trouver une note sur le comptoir un beau jour, de la main de Lily, me disant qu’elle s’était permise de sommaires arrangements à l’étage. Un coeur battant la chamade et une volée de marche plus tard, je contemplais devant moi la lumière faite maisonnée. Je me souviens parfaitement des envolées de mon coeur à cet instant précis, et plus parfaitement encore des quelques heures égrenées avec Lily dans cet environnement à l’image de ma Dame de coeur. Un havre de paix pour nous et que je colonise petit à petit de mes livres laissés à l’Impasse du Tisseur. Il est peut-être temps de laisser aller les reliquats parentaux.

J’en suis encore à m’interroger sur ma volonté de prendre ou non le dîner dans la Grande Salle – une soirée lecture serait sans doute ô combien inspirante également – lorsqu’un mouvement devant la fenêtre attire mon attention. Une corneille s’est posée sur le rebord du carreau divisé en petits losanges de verre diversement coloré par d’étroits croisillons de plomb et semble attendre que je sorte. J’ai toujours beaucoup apprécié ces oiseaux. Si j’avais eu un peu plus de don en métamorphose, j’aurais, à n’en pas douter, souhaité apprendre à me transformer en ces élégantes figures aussi vêtues de noir et détestées que moi. Mais la métamorphose a toujours été mon point faible, et je m’étonne de n’avoir essuyé plus de taquineries que cela de la part de Minerva…

L’oiseau m’a fait sortir hors de ma boutique pour le contempler. Dans le soir tombant, quelques élèves rentrent d’un fructueux samedi à Pré au Lard, accompagnés de deux de leurs professeur. Mon collègue d’astronomie devise joyeusement, je perçois l’éclat de sa voix au milieu de la cohue. La corneille, comme dérangée de tout ces éclats de rire, s’envole, passant au dessus du petit groupe. Je la suis des yeux, goûtant la majesté de l’oiseau dans le soir tombant et me voici nez à nez avec Thorn Baggins que j’essaie précisément d’éviter depuis plus d’un mois et qui fait office de second accompagnant du groupe. Quoi que profondément mal à l’aise, et me sentant toujours aussi nu loin de ma sempiternelle armure de toile rigide et de boutons, je salue mes collègues, sans savoir si j’espère avoir l’occasion de deviser avec Thorn ou non. Une voix posée, veloutée. J'ai assez de contenance pour me maîtriser.

« Bonsoir Messieurs. »


Je sens bien que la population de Poudlard ne s’est toujours pas remise de cet audacieux nouveau look.

PS : merci par avance petit MJ de mon coeur pour le felix felicis
2183 mots
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Pureté Divine
Métier/Etudes : Vous pourrir la vie, et parfois vous récompenser.
Statut amoureux : Détesté de tous.
Nombre de Gallions : 129
Parchemins écrits : 35
Totales et Absolues.
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Sam 30 Juin - 13:20
Potion effectué : Felix Felici

Résultat : 40

La potion prend une jolie teinte, elle n'atteint pas l'excellence, mais est de bonne qualité malgré tout.

Tu gagnes 7 xp
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Né moldu
Métier/Etudes : Professeur de Potions
Statut amoureux : Veuf
Nombre de Gallions : 309
Parchemins écrits : 109
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Sam 30 Juin - 21:01


« Professeur Baggins, vous nous accompagnez aujourd’hui ? »

Une voix roucoule, féminine et bombée d’un charme innocent. Un trio de Serdaigle lui souriait, les yeux pétulants d’une façon que Thorn reconnait sans mal. En un mois, sa cote de popularité avait grimpé en flèche parmi nombreux élèves. Sa pédagogie, bien moins sévère, plus enjouée et quelque peu rocambolesque a su capter l’attention des diablotins. Certains s'effarouchent de son intransigeance au niveau des cotes, mais la frustration se dulcifie à l’attention exacerbée que porte l’écossais aux élèves en difficulté. S’il pousse les habiles vers le haut, il s’évertue à consacrer des heures supplémentaires aux gamins qui n’ont pas forcément l’aptitude et ce, jusqu’à ce qu’ils saisissent toutes les nuances d’une maîtrise de potion. En plus de cette forme de pédagogie très appréciée, il semble que certains jeunes le voient comme un sugar daddy. Un homme mâture, doté d’un physique flatteur, dont la bienveillance et la complicité envers les cadets ne semblent pas laisser ces derniers indifférents. Thorn ne sait pas s’il doit s’en réjouir…

Mais dilapider son temps libre avec la jeunesse lui permet d’occuper ses pensées, le détournant ainsi des problèmes qu’il tente soigneusement de contourner. Severus Rogue en est un, et pas un mince. S’il s’est mis en tête d’éluder son collègue au lendemain de leur échauffourée, il s’est vite rendu compte qu’il n’était pas le premier à esquiver le noyau du problème. Depuis ce litige, la chauve-souris démontre une aptitude chevronnée pour se dispenser de toute apparition publique, encore plus pour obvier toute rencontre au hasard des artères de Poudlard. Si cette réalité devrait le réconforter, ce n’est nullement le cas.  Une pincée d’amertume se distille dans la bouche. Une saveur caustique. Il a provoqué, par son imprudence et son insouciance, un profond malaise entre lui et son homologue. Ce dernier s’évertue à l’éviter comme la peste puisqu’en un mois Thorn ne l’a guère croisé qu’une fois. Cette chauve-souris lui glissait entre les pattes d’un coup d’ailes fugaces, le laissant mijoter dans une confusion qu’il aurait souhaité mettre un terme autour d’une discussion posée et sincère. Le veut-il vraiment ?

Le jour où Severus refit une apparition publique, ce matin-même, déboulant dans la Grande Salle tel un homme changé, Thorn se souvient d’avoir eu le souffle coupé. Ce n’est plus la lugubre roussette qui se présentait à eux. Il ne fut pas le seul surpris. Tous à vrai dire. Charmés par cette mise à jour, ce relooking audacieux. Ces vêtements ajustés à ce (délicieux) corps. Et cette couleur poivre et sel qui apporte une touche de douceur à l’impassible minois. Il revoit le sorcier fendre les mètres de sa démarche fière et froide pour rejoindre son siège. Sans un regard pour lui. Quelle surprise vous direz-vous… Dans le fatum de ses pensées, il avait dut réprimer les chuchotis de son cœur, les murmures amoureux fouettés sitôt par la raison. Severus Rogue était devenu sexy. La phrase écorcherait quelques âmes, mais Thorn s’était sentit tout fébrile, tremblant d’une moelleuse chaleur à l’esquisse digne d’une Joconde. Une peinture moldue mondialement connue.  Bref, une nouveauté qui n’allait certainement pas lui faciliter la vie.

A ce problème s'en ajoute un nouveau...
Il n’aurait songé voir sa routine prendre un virage plus aigu quelques jours après son altercation avec l’ancien mangemort. C’était un jeudi soir. Une mésaventure lors d’une mission menée au nom de l’Ordre du Phénix. Une incursion dans les terres du Nord. Région dangereuse, réputée pour abriter mangemorts et créatures. Il faut croire qu’il choisit le mauvais soir. Nuit noire éclaboussée par l’opale dans la voûte céleste. Heurt avec un lycanthrope. Affrontement au bout duquel se conclut blessures et morsure. Par chance, il transplana à temps pour éviter le coup fatal. Se déroutant jusqu’à Pré Au Lard, il put compter sur la présence inopinée de Lily Potter, une collègue, présente au bon moment au bond endroit. Si à cette époque, il ne connaissait pas forcément la rouquine, ce concours de circonstances fut l’amorce d’une onctueuse entente.

Mais s'il a survécu, la tâche n'est pas plus évidente...

Thorn doit s’acclimater à sa nouvelle condition. Trois semaines. Il malaxe d’un geste léger son épaule droite au souvenir des crocs fichés dans la clavicule pour en déloger un bout de chair. Un frisson lui dévore l’échine. Si la blessure a cicatrisé au fil des semaines, elle expulse des décharges jusqu’à l’os  de temps à autres. Des lancinements douloureux qu’il espère voir s’estomper à l’avenir.

« Professeur, votre blessure vous fait toujours mal ? »

L’interpellé papillonne des yeux, réalisant son moment d’absence à la vue des quinquets inquiets dardés sur lui. Il est vrai que si sa blessure est connue des élèves, la nature en a été clairement occultée. La rumeur d’une fâcheuse rencontre avec un troll a été répandue dans l’école pour dissimuler la vérité. Les loups-garous n’ont jamais brillé d’une cote de popularité auprès de la population sorcière.

« Vous savez, ces cicatrices vous donnent un petit air mystérieux »

Elle doit faire référence aux stigmates bafouant le derme de son visage. Il s’efforce un sourire.

« Ca va mesdemoiselles, et maintenant, hop, direction Pré au Lard. Moi et le professeur Irvine allons garder un œil sur vous »

Le groupe de pintades pouffent, accueillant la nouvelle avec ferveur. Elles entrainent les deux adultes dans une balade jusqu’à Pré Au Lard, au rythme des autres élèves. Un jeune malinois galope dans les jambes des adolescentes, leur arrachant quelques émois de tendresse. Petit canin avait grand succès, surtout auprès de la gente féminine, qui se fendait d’un gémissement mignon à la vue du bébé cabot. Thorn leur emboîte le pas  pensif, les mains fourrées dans les poches de sa longue veste noire, le bas du visage mussé sous une épaisse écharpe couleur émeraude.

Depuis ce jour, un sentiment répugnant l’envahit. Moche, enlaidi, infâme. Voilà le sentiment qui foisonne dans son ventre, tordant ses viscères, lorsqu’il se contemple dans un miroir. La vue des balafres sillonnant son visage en oblique le révulse. La chair brunit à travers les mortifères sillons.  Sa nouvelle condition ajoute un relent de dégoût qui ébranle les fragments de confiance rescapée. Glorieuse ironie en mémoire au passé sanglant. Babel succomba à ce fléau, mais pas lui. Pourquoi ? Lui, le gamin fragile flanqué d’une santé boiteuse. Lui,  autrefois gringalet suprême, aurait survécu ? Il ne comprend pas. Peut-être est-ce uniquement le fait des talents accomplis d’une guérisseuse émérite ? Lily avait sa reconnaissance éternelle, mais à bien y réfléchir, aurait-il voulu vivre avec ce fardeau sur les épaules ? Perdu dans ses réflexions, Thorn se laisse aller dans le sillage de ses élèves et du professeur Irvine. La journée passe comme une poudre d’escampette et déjà, le crépuscule annonce ses couleurs loin à l’horizon. C’est le moment de ramener les poussins au bercail.

« Les filles, on va bientôt rentrer »

Ca glapit, ça proteste. Boutade gentille et résignation au regard des deux adultes. Les étudiants concèdent et reprennent lentement le chemin de l’école. Les discussions reprennent de vive voix. Cette jeunesse… Il se souvient d’un temps où lui aussi s’extasiait dans les pas du trio gryffondor, talonnant Babel et la clique de lions. Un sourire imperceptible se loge dans la commissure charnue. Mais il ne peut étouffer cette anxiété qui, lentement, se soulève en prévision d’un soir prochain. Bientôt, une lune ronde et pleine naviguerait dans les cieux. En prévision, il a préparé un stock de potion tue loup. Malgré tout, il appréhende sa première pleine lune, ne sachant que trop bien la difficulté qu’éprouve tout hybride à l’approche du fléau lunaire. Une indicible peur lèche son âme. Il craint de faillir. Commettre une fredaine. Un crime. L’idée le paralyse parfois au grès de la journée, dans une muette tétanie. A cette pensée, il se sent démuni.

« Bonsoir Severus »

Thorn sursaute, non pas au timbre d’Alys, mais à son contenant. Marchant aux côtés de sa collègue, les élèves devant, il remarque seulement la présence du professeur de DCFM devant la boutique qui ne lui est que trop familière aujourd’hui. C’est dans ce commerce, La Pierre Philosophale, que Lily l’a soigné après qu’il eut transplané au seuil du magasin, trois semaines plus tôt. Au début, il pensait que cet établissement lui appartenait, mais en trébuchant un œil inattentif sur un article de la Gazette quelques jours plus tôt, il déchanta bien vite. Severus Rogue est le propriétaire de la Pierre Philosophale. Des questions le taraudent depuis ce jour : quelle est la nature de la relation entre Severus et Lily ? Simples collègues partageant un même commerce ? A dire vrai, et en y réfléchissant bien, les deux sorciers appartenaient à la même promotion. Cette pensée s’accompagne des pénibles mots prononcés par le corbeau à l’épilogue de leur empoignade. Une femme qu’il a aimée depuis quarante ans.

Coïncidence ? Il suppute sans oser une vérité qui ne lui serait que douloureuse. Préfère mettre ça sur le compte de la paranoïa. Non, c’était un peu gros. N’est-ce pas ? Imaginer sa Némésis et la dulcinée pour qui il dévoue un grandiloquent amour, se balader sous ses quinquets désespérés. Une fresque pathétique.

« Bonsoir...Severus »

Roulade plate. Thorn accompagne Alys dans les salutations. Il se surprend d’une parfaite maîtrise de la voix. Une neutralité absolue, sans inflexion fragile. Pourtant, sous la gueule indiffère, les sentiments se cognent l’un à l’autre et soulèvent tempête interne. Il aurait presque envie de le supplier d’arrêter cela. Cette manière de l’éluder depuis quatre semaines. Cette situation devient invivable. Mais l’Ecossais est bien trop fier pour se livrer à pareille conduite.

Ne réalisant pas être resté figé pendant que le reste de la troupe continuait son périple jusqu’au château, Thorn glisse un regard vers la devanture.

« J’ai lu dans un article du Gazette Potion que tu étais propriétaire de cette boutique. Félicitations. Tu espères te reconvertir et délaisser le fastidieux enseignement à d’autres intrépides ? »

Le ton est plat, sans jovialité ni cafard. Une neutralité presque ennuyeuse au vue du personnage. Les mains toujours enlisées dans son long manteau noir, il ne peut réprimer un coup d’œil plus détaillé à son collègue. Le pantalon et la chemise se moulant sans imprudence aux muscles du corps. Une veste noire presque aussi longue que la sienne apporte une touche nobliau au sombre oiseau. Et surtout, ce brushing. Loin des longs cheveux sombres et engraissés par les fumées de potions, cette tignasse argentée accentuait la couleur de ses yeux. Thorn s’éprit de cette image.

« Ce looking te sied mieux. Tu parais plus jeune…et moins grognon » Boutade volontaire. Douceur rompant l’abstention. Il se grime d’un modeste sourire.

« Tu tiens ce commerce seul ? » Curieux. Des questions le taraudent, mais il n’ose une question directe. Il opte pour la subtilité, en ignorant l’étendue de la relation entre Lily et Severus. Pourquoi a-t-elle accès au joyau de la roussette ? Après tout, c’est dans cette boutique que la jolie rousse l’a soignée jusqu’au petit matin. Est-ce que Lily a fait mention de leur rencontre à Severus ? Sait-il pour sa nouvelle nature ? Seules Lily et Minerva sont mis au fait de la situation.

« Vas-tu arrêter de m’éviter ? »

La phrase sort dans préambule, telle une audacieuse canaille. Il ravale une gêne. Des mots lâchés au grès des pensées. Il souhaite vraiment mettre fin à ce malaise. Mais n’en connaît le moyen, ni la délicatesse.

Par ailleurs, il pense aussi…

« Je te dois des excuses… »

Pour avoir ébranlé sa confiance, brutalisé d’une baigne non méritée et pollué de paroles déplacées. Un pique de douleur mordille son épaule sans prévenir. Il ravale la brûlure sous un rictus anxieux, mordant un bout de sa lèvre en silence. Pas maintenant…

Est-ce que Severus aurait la courtoisie de lui répondre ou s’éclipserait sans un mot, comme il le fait si bien depuis quelques semaines ? S’il a trouvé réconfort et mollesse auprès de certains collègues, notamment Alys, une compagnie agréable, il ne pouvait réprimer ce désagréable picotement lorsqu’au détour d’un couloir, il captait un bout de pans noirs voltiger dans un virage.

Voyant son maître en arrière, le chiot quitte le groupe et revient sur ses pas, crachant joyeux aboiements à la vue de Rogue. Le canidé course jusqu’à sa version originale et bondit sur lui, pattes en avant. Oops…



▿ ⬘ ▴ ◈ ▾ ⬙ ▵


gentleman

Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Mêlé
Métier/Etudes : Professeur de défense contre les forces du mal - prof de potions par intérim - directeur de Serpentard
Statut amoureux : Always hers
Nombre de Gallions : 1276
Parchemins écrits : 360
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Dim 1 Juil - 15:08


La corneille...

ft. Thorn Baggins


Je ne peux m’empêcher de maudire mon amour des rapaces empennes d’ombres lorsque je vois, devant moi, le visage neutre de Thorn Baggins qui ne peut que trahir un désarroi aussi grand que le mien. Je l’ai si soigneusement évité que je n’ai appris que récemment sa blessure, de la bouche d’un collègue, et ai ainsi ajouté à ma gêne un profond sentiment de culpabilité. Ma bouche semble soudainement s’être desséchée, et quoi que je tente de n’en rien montrer en maîtrisant gestes et regard, je ne peux empêcher un infime tressautement de mon épaule. La dernière fois que Thorn Baggins s’est trouvé devant moi, j’ai faillit le tuer. Si ma fureur est retombée, demeurent des traces non pas dans les chairs de Thorn ou dans les miennes, mais bel et bien dans notre relation qui s’en trouve soudainement affectée…

Une relation, quelle relation ? Il est évident que le duo que nous formions lors de la scolarité du jeune Monsieur Baggins doit être ajusté. Ses sentiments à mon égard l’empêchent d’être libre, tout comme les miens à l’égard de Lily. Si elle n’était pas revenue, aurais-je laissé sa chance à Thorn ? Ces quatre semaines d’éloignement durant, cette question n’a eu de cesse de me hanter l’esprit, non pas parce que j’étais incapable d’y répondre, mais bien parce que l’assentiment me brûlait la langue. Oui, je lui aurais laissé une chance. Oui, j’ai envie de lui laisser une chance sans que cela n’altère en rien la pureté de la flamme pour Lily. Comme dirait Asao Watnabe « Putain »… Je deviens complètement tordu. Comment, moi qui ai pu être fidèle à la mémoire de mon aimée pendant quarante années puis-je ressentir un embryon d’affection pour Thorn ? Une affection dont je reconnais si bien les premiers affres pour les avoir vécus dans ma folle jeunesse. « Putain »… je deviens vraiment fou.

Je ne laisse toutefois rien paraître, si ce n’est un vague éclat de surprise lorsque Thorn me répond mécaniquement.

« Bonsoir… Severus. »

Je m’étais attendu à ce qu’il m’évite lui aussi. Peut-être est-ce ce qu’il fait là ? Je m’apprête à le gratifier d’un sourire crispé avant de m’en aller courir dans ma boutique, me cacher du monde derrière un livre lorsque j’entends à nouveau la voix de Thorn s’élever, plate et morne. Elle ne lui ressemble pas.

« J’ai lu dans un article du Gazette Potion que tu étais propriétaire de cette boutique. Félicitations. Tu espères te reconvertir et délaisser le fastidieux enseignement à d’autres intrépides ? »

Je ne sais que lui répondre. Serait-il de mauvais ton de tenter de plaisanter ? Je demeure silencieux sans le quitter des yeux. Il me rend mon regard, je sens son œil clair transpercer mon vêtement jusqu’à ma peau. Un drôle de frisson danse dans le bas de ma nuque une fugace seconde avant de disparaître aussi vite qu’il est arrivé.

« Ce looking te sied mieux. Tu parais plus jeune… et moins grognon. »

Une vague rougeur passe fugacement sur une oreille de l’ancien professeur de potions tandis qu’il rajuste pour se donner contenance un bouton de manchette qui n’en avait nullement besoin. Je me sens terriblement extérieur à la scène qui se déroule sous mon œil ébahi. Comme si quelque chose m’avait attiré hors de mon corps et que je voyais ces deux hommes discuter avec une gêne perceptible. Le petit Severus Rogue, qui n’a pu que balbutier un « Merci » lointain. Ma voix me parvient aux oreilles terriblement distante. Je n’ai même pas conscience d’avoir répondu. Je parais sans doute glacial de l’extérieur… Je suis en réalité en proie à l’étrangeté de la situation. Peut-être est-ce parce que je m’attendais à tout sauf à la présence de Thorn ?

Une nouvelle question me parvient aux oreilles. Si lointaine, si ténue qu’elle se perd dans le sifflement de mes oreilles. « Tu tiens ce commerce seul ? »

La réponse, à nouveau, est parfaitement mécanique, prononcée par le marionnettiste qui a pris les commandes de mon corps. Un automate pour faire illusion.

« Je ne délaisse pas totalement l’enseignement, mais j’ai eu envie de m’établir aussi. La boutique est mienne, mais je ne la gère pas totalement seul : Madame Potter a gentiment accepté de m’aider à temps partiel. Elle vient parfois me donner un peu d’assistance pour gérer le carnet de commande en attendant que la boutique tourne suffisamment bien pour recruter un co-gérant. Lorsque nous étions à Poudlard, elle était l’une des meilleures potionnistes de la promotion… Dans dix ans, elle révolutionnera notre domaine d’étude, sois-en certain. »

J’ai repris un peu de maîtrise de moi-même, et ai tenu à justifier la présence de Lily dans les murs : elle a les clefs, et nous nous sommes trop souvent retrouvés à bout de souffle à l’étage, nus et blottis l’un contre l’autre pour qu’elle n’ait jamais été aperçue ici. Je me sens enfin mieux, ce qui me permet de dérouler une suite d’explication d’une voix un peu plus douce et un peu moins mécanique.

« Monsieur Asao Watnabe, un élève de Pouffsouffle que tu as dû déjà croiser, vient aussi parfois, mais je soupçonne qu’il soit davantage motivé par le pillage de ma bibliothèque personnelle que par les potions : j’ai installé ma collection de livres à l’étage au dessus de la boutique. »

J’oublie savamment de préciser que les livres en questions dorment dans un écrin de lumière savamment aménagé par Lily. J’ignore tout de la venue de Thorn dans cet endroit une nuit de pleine lune du mois passé. J’ignore, plus encore, les soins que lui a prodigués Lily. Elle a si bien fait son œuvre que je me suis à peine aperçu que mes réserves de dictame avaient filé un peu plus vite que ce que j’escomptais. Une parole me percute d’autant plus que je ne l’attendais pas. Je suis subitement arraché au fil de mes pensées.

« Vas-tu arrêter de m’éviter ? »


Je ravale un « non » glacial. La meilleure défense, c’est l’attaque, mais je ne veux pas jouer à cela. Pas alors que j’ai eu vent d’une histoire d’affrontement avec un Troll et que je soupçonne une mission risquée pour l’Ordre. Foutu Potter, encore.

« Je te dois des excuses... »

Je referme la bouche que j’avais laissé entrouverte de surprise et capte sur le visage de Thorn un rictus de douleur tandis que qu’une silhouette familière vient ébaudir ses patounes sur mon pantalon. Bienvenue distraction, s’il en est. Je flatte le dessus du crâne du petit Severus et en profite pour reconstituer un masque mis à mal – encore – par Thorn Baggins.

« Il a bien grandi, dirait-on. Il s’accoutume à Poudlard ? » Voilà ce que j’aimerais dire pour « faire la conversation », mais je n’y parviens pas. Quelques secondes s’écoulent avant que je ne reprenne la parole, plus à l’attention d’Alys Irvine qu’à celle de Thorn, d’ailleurs.

« Madame Irvine, pourriez-vous ramener le groupe d’étudiants à Poudlard ? L’infirmière de l’établissement m’a demandé d’examiner la blessure de notre collègue. »

Pieux mensonge, piètre excuse. Peu importe. Celle-ci semble avoir accepté avec un haussement d’épaule désabusé et ramène le groupe piaillant qui agite les mains pour dire au revoir à leur professeur adulé – le pauvre, pas de chance, il doit se farcir Rogue. Peuvent-elles imaginer que les deux hommes se sont déjà embrassés ? Sans doute pas… Peu importe à nouveau. Je me détourne et ouvre la porte pour faire entrer Thorn dans la boutique. L’endroit est tel que je l’ai laissé : propre, boisé, chaleureux, avec une vague odeur de Felix felicis dans l’air. Dans l’arrière-boutique, les flacons reposent. Sur le comptoir, plusieurs paquets que j’ai achevés il y a peu. Tous portent une carte noire de la boutique. Des commandes. Il y a un lot pour Remus, un autre pour une fillette, Camille, transformée dans sa plus tendre enfance, un dernier pour un vieil homme qui a vécu bien trop longtemps sans cette aide précieuse, Victor. Je les fournis tous trois presque gracieusement. Est-il question de gallions lorsque la sécurité en dépend ? La potion Tue-Loup est très demandée en cette saison. Dans son portrait, Nicolas Flamel s’ébroue, lâchant un mystérieux petit « De retour ? ». Un éclat de rire fait pétiller ses yeux tandis qu’il referme son livre sur les genoux, comme passionné par avance par ce qui va advenir.

J’ignore alors que c’est à Thorn et non à moi qu’il s’adresse, et opine. Après tout, il l’a déjà vu dans cette boutique lorsque Lily Evans l’a soigné là à mon insu la plus parfaite. J’invite Thorn à s’asseoir en lui désignant une chaise près du comptoir et décale avec douceur les paquets qui y sont entreposés. Le cliquetis des fioles de Tue-Loup résonne.

« Certains clients vont sans doute passer aujourd’hui pour récupérer leur commande, mais je te rassure, ce sera bref. »

Une formule d’excuse pour l’avertir que nous serons sans doute interrompus plusieurs fois au cours de la discussion qu’il était inévitable que nous ayons un jour. Je fais apparaître du thé, vieille habitude, j’ai toujours dédaigné le café. Les vapeurs résiduelles de Felix Felicis laissent la place à la douce odeur de la bergamote et du citron. Deux tasses se matérialisent sur le rebord, et je sers le thé avant de faire venir à moi une deuxième chaise pour m’asseoir face à Thorn sans la moindre barrière entre nous. J’espère au moins ne pas avoir à la briser du poing, celle là, de tasse…

« Comment vas-tu ? On m’a dit que tu avais été blessé. »

Dans son tableau derrière moi, Nicolas Flamel pouffe si silencieusement que je ne l’entends ni ne l’aperçois… ce qui n’est pas le cas de Thorn Baggins qui ne peut manquer de le voir.
1602 mots
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Né moldu
Métier/Etudes : Professeur de Potions
Statut amoureux : Veuf
Nombre de Gallions : 309
Parchemins écrits : 109
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Sam 14 Juil - 20:17


Oh…
La surprise brosse le cireux minois.
A l’évidence, l’interpellé était à mille lieux d’espérer un premier pas de Thorn. A vrai dire, il s’étonne lui-même de son hardiesse à rompre la glace entre eux, blessé d’avoir été si grossièrement éludé ses dernières semaines. S’il a ses torts et reconnaît sa part d’implication dans leur empoignade jadis, il aurait apprécié – au lendemain des faits -  un débonnaire colloque parsemé ci et là d’amendes et de regrets. Au lieu d’un armistice célère et concise, la fermentation des humeurs sur un délai hebdomadaire a maçonné frustration, rogne et vorace culpabilité. Une situation déplaisante – et s’il n’y avait que ça – enhardie par un fardeau laissé en mortaille au déboire d’une dernière mission pour l’ordre. Une accablante maladresse qui pèse aujourd’hui sur ses épaules. Sous l’épaisseur du manteau noir ébène, des coutures rosaces et faillibles écossent la moindre liesse. Hideuse plaie sabrant la carne du cou jusqu’au culmen de l’humérus dans une charpie de chairs répulsives. Le stigmate d’une nuit méphitique lui rappelle chaque jour le fléau légué à son corps. Plus encore, le professeur découvre, à mesure que les aubes s’égrènent, des transformations subtiles et alarmantes. Un goût de la viande trop prononcé. Il ne serait pas exagéré d’avouer le steak crû dévoré à chaque crépuscule, dans l’ombre de sa tanière. Aussi, ses perceptions du monde. Ses sens aiguisés s’affolent au moindre bruit, odeur ou mouvement. Cet amalgame de nouveautés s’accompagne d’une aigreur de chacal à mesure que s’approche le monarque céleste. Dans trois jours, la rondeur maculerait l’empyrée de sa blancheur patibulaire. Le cœur s’agite à cette pensée…

« Je ne délaisse pas totalement l’enseignement, mais j’ai eu envie de m’établir aussi. La boutique est mienne, mais je ne la gère pas totalement seul : Madame Potter a gentiment accepté de m’aider à temps partiel. Elle vient parfois me donner un peu d’assistance pour gérer le carnet de commande en attendant que la boutique tourne suffisamment bien pour recruter un co-gérant. Lorsque nous étions à Poudlard, elle était l’une des meilleures potionnistes de la promotion… Dans dix ans, elle révolutionnera notre domaine d’étude, sois-en certain »

Thorn cille.
A force de palabrer, il pensait se récolter un vent de silence jusqu’au bout de sa ponctuation et reprendre le chemin de l’école dans une salutation enragée. Pourtant, la chauve-souris semble avoir retrouvé le sens de la parole. Un miracle…

« Ah Lily…une femme extraordinaire… » murmure t’il, pensif. Un sourire effleure ses lèvres au souvenir d’un bout d’oiselle têtu et bienveillant. Sans elle, sans doute serait-il au pays des échoués, à siroter un thé avec monsieur Flamel ou quelques augustes sorciers prisonniers de leurs panoramas. Et lui squatterait, en tout bien tout honneur, à l’envie de moult discussions avec ces grandiloquentes personnalités. Thorn tait cependant la mésaventure qui l’a frappée aux lendemains de leur demêlé. De même pour les circonstances de sa rencontre avec la splendeur rousse. Lily avait promis motus et bouche cousue de son embardée au profit d’une thèse moins affolante pour la plèbe du château. Une échauffourée avec un troll apparu comme un motif cohérent pour expliquer son état cacochyme au seuil de sa première semaine d’enseignement. Ce à quoi Minerva  - dans son infinité bonté – concéda, non ans laisser un avertissement de prudence exacerbée. On ne laisse pas se balader un loup-garou dans le château lorsque s’annonce la pleine lune.  « Je n’en doute pas, elle est exceptionnelle » Tout comme son fils, mais sur une échelle différente. Lily offre une indicible douceur qui berce le moindre d’un heureux réconfort.

« Monsieur Asao Watnabe, un élève de Pouffsouffle que tu as dû déjà croiser, vient aussi parfois, mais je soupçonne qu’il soit davantage motivé par le pillage de ma bibliothèque personnelle que par les potions : j’ai installé ma collection de livres à l’étage au dessus de la boutique. »

Les mots lui  décochent un rictus. Asao, encore…. Ce jeune lardon lui rappelle sa propre scolarité, quelque peu leste et sourcillée de moult audaces. Il garderait un œil sur ce fantasque nippon.

Thorn émerge de ses pensées au chiot s’extasiant sur les rotules de Severus. Gueule assiégée d’une maussaderie bien peu subtile. Si l’attitude du cabot – distributeur à câlins – n’a guère changée envers les autres, il en est tout autre le concernant. Confus, méfiant, parfois effrayé. Des aspérités rouges cuivrées s’ébauchent sur ses mains. Sinistres arabesques, morsures sulfureuses. Une poussée d’amertume suppure au souvenir des incertitudes canines et des frayeurs occasionnées au détour de quelques soirées. Il ne lui veut pas. Nullement. Pourtant éteint et désespéré devant les débandades de minipouce loin de ses bras en quête de tendresse, il s’en mord la lèvre. A cela s’additionne les conflits professionnels. Plusieurs fois, le grand gaillard s’est senti défaillir, louchant sur belles robes ambrées, se faisant violence pour ne point céder à quelconques mutineries. Les mots de l’aîné rebondissent encore et toujours dans les coins de sa caboche. Fini la bibine. Il se l’est promis. C’est dur…

« Madame Irvine, pourriez-vous ramener le groupe d’étudiants à Poudlard ? L’infirmière de l’établissement m’a demandé d’examiner la blessure de notre collègue. »

Le concerné sourcille, cachant bien mal sa surprise.
Mensonge éhonté sous lequel semble se profiler une tentative de discussion. L’espère t’il du moins. La réponse déboule, bienheureuse. Une invitation à rentrer selon la façon "made in Rogue". Il emboîte le pas et pénètre le cadre familial. Odeurs familières lui chatouillant museau et couleurs harmonieuses miroitant au creux de ses prunelles dans un souvenir méprisable et bienveillant. Au regard de la pièce, il se remémore du funeste soir et des bons soins de Lily sur sa carcasse mutilée.  Un panaché de sentiments contradictoires le laissant décousu.

Soudain, il remue au passage d’un étalage de potions. Des potions Tue Loup... L’infamie racle sa gorge et y dépose un voile enfiellé. Ses tripes se tordent. Répulsion apparente au bout du minois. Oui, c’est vrai, il n’est pas seul affublé d’une telle lèpre. Doit-il s’en réjouir ? Ignorant la question, il remarque une présence familière le darder d’un regard pétillant. Flamel... De retour ? Il hausse un sourcil et incline subtilement la tête dans une déférente salutation. Trop discrète pour que son hôte ne remarque l’échange entre le portrait et son cadet.

Les coins de la chaise crissent lorsque Thorn y prend place.

« Certains clients vont sans doute passer aujourd’hui pour récupérer leur commande, mais je te rassure, ce sera bref. »

Des clients…il ne peut retenir un second regard sur les remèdes lupins. Un frémissement se glisse sous son manteau. Il s’efforce  de reprendre contenance, bras tendus et mains posées sur ses cuisses, le dos légèrement incurvé. Allez, ce n’est pas non plus dramatique. Une pleine lune, c’est simple comme bonjour. Se le persuade t’il, nerveux.

Le jeune malinois se faufile jusqu’au duo, couine et ignore la main avenante de son maître pour filer entre les jambes de Rogue. Fêlure. Il feint sourire et se redresse sur sa chaise, mal à l’aise du comportement canin. Le chiot est dérouté par l’odeur musquée et hostile qui se dégage du né-moldu depuis un mois. Il peut le comprendre, sans se défaire de quelques espoirs. Un temps d’adaptation, il le souhaite.

A ce malaise s’ajoute la proximité de Severus qui n’aide en rien. Pas même un bureau comme limite de sécurité. Thorn s’est promis d’arrêter les emportements physiques. Un coup de poing, ce n’était vraiment pas mérité…

« Comment vas-tu ? On m’a dit que tu avais été blessé. »

Flamel pouffe. Derechef, Thorn le fusille d’un regard sous-entendu. L’auguste prisonnier de son cadre ravale un gloussement et dévoile ses dents jaunies à travers un large sourire. Vieux fou

« Ca peut aller mieux, ça peut aller pire, j’ai pu compter sur les soins d’un bon médicomage… »

Il ravale tout le sarcasme qu’il aurait aimé cracher à sa figure, comme les questions fourmillant au bout du la langue. S’il débute ainsi, cette discussion sera fugace et la venue aux mains trop rapide pour ses bonnes résolutions. Non ! Il doit faire évoluer les choses. Il omet de préciser l’identité du soigneur en question, préférant mettre Lily de côté et privilégier l’index de ses revendications. S’excuser d’abord…

« J’ai agis comme un idiot » Les mots sont largués dans une bouffée d’oxygène. Une sincérité soupirante. Un profond idiot. Un âne bâté. Ses doigts s’enfoncent dans ses cuisses à cet élan fébrile. Il n’a pas pour habitude de confier l’étendue de ses bévues. « La boisson, le coup de poing… mes accusations. J’ai complètement dérapé… » Et pas qu’un peu… « Tu ne méritais pas mes blâmes » Un piètre successeur a-t-il sûrement pensé. Pourtant, malgré les dérapages de sa première semaine, l’homme s’est bien vite imprimé dans les jeunes esprits. Un professeur plutôt apprécié par ses jeunes poussins. La réputation d’un être avenant et sympathique se murmure dans le dédale du château. Oiselles et jouvenceaux s’enthousiasment à sa suite et les rumeurs se concrétisent aux heures supplémentaires dédiées aux élèves en difficulté, après souper. Ainsi, malgré un départ boiteux, le gaélique a vit remonté la pente.

Il peine à croiser le regard de son homologue. En ravale l’envie, peu désireux d’affronter le jugement de son aîné. A leurs pieds, un joyeux fanfaron s’amuse avant de s’évanouir derrière des étagères de potions. Prions qu’il n’en fasse tomber aucune.

« Je me suis laissé emporté par les sentiments, j’ai faire preuve d’immaturité et je n’ai pas pris en considération tes inquiétudes ni tes moralités… » Ses sentiments… La voix du beau diable résonne encore, avouant son indéfectible amour pour une autre. Une femme chanceuse piétinant, involontairement – en toute ignorance – ses derniers fragments d’espoir. Il balaie un petit sursaut d’amertume et, se massant l’arrière du cou, accroche enfin le regard du maître des lieux. « J’aimerai qu’on passe outre ce conflit, redémarrer sur de meilleures bases… »  Le mouvement de la nuque dégueule une rafale de douleur sur le haut du corps. Grinçant la mâchoire, une commissure se creuse dans la fossette endoloris. Bordel! Calme...

Un bruit de verre aux éclats agrippe l’attention depuis l’arrière boutique. Mauvais pressentiment… Severus* ?  Thorn se précipite vers l’endroit dans un salto de mouvements que sa blessure encaisse difficilement. Il ignore et bondit entre deux étagères pour repérer son fauve couiner au milieu d’un visqueux liquide, pattes et museau trempés. Une odeur caractéristique d’Elixir d’Euphorie sature l’air. En a-t-il pourlécher quelques gouttes ? Bébé couine et grogne lorsqu’il s’approche. Merde, les effets ne sont, bien évidemment, pas les même sur les humains que sur les animaux. Les globes canins sont à moitié opaques. Effet secondaire de myopie ? L’idiot a godaillé un peu de potion… mais les effets sont loin d’être ceux attendus. Il aimerait le saisir dans ses bras et le réconforter, mais le clebs, paniqué par la situation  - et son parfum louvart -  sort les crocs et se propulse en avant, décochant une fourbe attaque. Thorn esquive et se cogne aux étagères tandis que détale l’hargneux caniche dans les ombres des meubles.

 « Bordel Sev ! »

Ce chien allait le rendre chèvre…
Fort heureusement, aucune potion ne trébuche à l’impact. Seul son omoplate en pâtit, malchanceuse jusqu’au bout. Voyant le sang-mêlé débouler pour constater les dégâts, Thorn se mord la lèvre.

« Je te rembourserai la potion d’euphorie gaspillée par le nain…mais en attendant, je crois qu’il y a un moustique à calmer »

Jetant un sort de nettoyage, les traces de l’incident s’estompent aussi vite qu’elles sont apparues. Chercher le malinois maintenant… Il ignore cependant les conséquences de ses mauvais gestes et l’ouverture d’une plaie encore trop récente. Invasion rubiconde. Du sang perle à travers l’étoffe blanche de la chemise que peine à dissimuler la longue veste sombre. La douleur martèle, mais il fait mine de ne pas s’en soucier, escomptant le terme d’une fugace tempête. Il pivote et claque talons sur le plancher pour se faufiler dans le dédale des étagères, quêtant après la bête effrayée. Dans son sillage, des gouttelettes écarlates s’échouent sur le vétuste bois.

Un couinement jailli d’un coin sombre, entre le comptoir et une étagère.

A prudente distance, Thorn hésite à s’approcher ou laisser les effets de la potion s’estomper. Ce qui prendrait vraisemblablement un certain temps…

« Mon beau... »

Dilemme. Peut-être valait-il mieux le laisser se calmer? Avec la possibilité qu'il fasse tomber encore d'autres potions. Il pouvait sortir sa baguette et pétrifier l'animal...mais l'idée l’écœure et l'en empêche. Peu importe le sortilège, l'idée d'en user sur sa boulette de poils le révulse...

Acculé contre le mur, replié en boule, dos cambré, le chiot grogne, confus et désorienté. Puis s'adoucit soudainement. Thorn fait le lien entre l'arrivée de Rogue et l'adoucissement du chien...


▿ ⬘ ▴ ◈ ▾ ⬙ ▵


gentleman

Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Nature du Sang : Mêlé
Métier/Etudes : Professeur de défense contre les forces du mal - prof de potions par intérim - directeur de Serpentard
Statut amoureux : Always hers
Nombre de Gallions : 1276
Parchemins écrits : 360
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn) Lun 16 Juil - 1:05


La corneille...

ft. Thorn Baggins


Tandis que Thorn franchit le seuil de la boutique, je ne peux m’empêcher de ressasser ses mots, sa familiarité étonnante. « Ah Lily… une femme extraordinaire... ». Mon œil accroche encore le fantôme de son air pensif, de la douce courbe du visage de Thorn incliné vers le bas en une moue lointaine. Il la connaît. Il semble la connaître trop bien à mon goût. Deux de mes univers se télescopent. L’amoureux transi rencontre le professeur acariâtre. Deux images de moi que j’espérais ne jamais mêler, et qui se frappent l’une et l’autre par le hasard des affectations. Thorn, mon ancien élève et Lily mon amante entretiennent des rapports cordiaux. Un mélange de gêne, d’agacement et de terreur me traverse. Qu’ont-il pu se dire ? Sait-il que j’aime Lily ? Sait-elle que Thorn et moi nous sommes embrassés ? L’inquiétude m’agace l’esprit comme un taon un peu trop insistant.

Thorn semble regarder autour de lui la disposition de l’endroit. Je vois ses yeux glisser sur les rayonnages de livres et de fioles savamment étiquetées, je devine qu’il hume les effluves si caractéristiques des potions et des ingrédients mêlés au papier et au parchemin des vieux ouvrages disposés ci et là. Je vois ses yeux s’attarder sur les quelques fioles de Tue Loup qu’il me reste à empaqueter – les autres sont dissimulées dans les colis à destination de mes clients, des colis savamment emballés pour n’en rien laisser paraître. Il semble réagir un peu à la vue de cette potion, mais ne dit rien. Je le vois jeter un regard au dessus de ma tête. Le portrait de Nicolas Flamel a sans doute attiré son attention. Quoi de plus naturel pour un potionniste ? D’autant que je sais de source fiable que ce portrait est le seul de l’Alchimiste sur nos belles terres d’Angleterre. Une rareté qui en sait sans doute bien plus que le reste du monde sur mes élans de coeur… un comble.

Je l’invite à s’asseoir, sentant son angoisse, vois le chiot se faufiler dans la boutique. A dire vrai, je ne suis pas non plus, en cet instant, l’homme le plus serein du monde. Ma mâchoire résonne encore de son coup de poing, mes oreilles de ses mots. Pourtant, la sourde fureur qui m’avait empli lors de notre vif… échange s’est dissipée. J’ai eu vent des activités de mon ancien élève et désormais confrère : il n’a plus eu à déplorer le moindre retard, et je sais que les élèves l’aiment bien. Je ne l’ai plus vu aviner, et l’ai même vu refuser de l’alcool en passant non loin de la grande salle à l’heure d’un repas. J’ai gardé un œil sur lui, lointain, très lointain, trop lointain ? A mesure que les semaines filaient, mon envie d’en découdre avec lui s’est ensablée de même que mon désir de le côtoyer. J’ai fui, comme j’ai toujours si bien su le faire… Non, plus toujours. Faut-il tout de même être un vieux con pour que ça soit à la jeunesse fringante de venir faire le premier pas.

J’écoute sa réponse assis enfin face à lui, les coudes appuyés sur les cuisses, dos voûté légèrement pour me pencher vers Thorn. Voix assurée, peut-être un rien tremblante. « Ca peut aller mieux, ça peut aller pire, j’ai pu compter sur les soins d’un bon médicomage… »

Je ne le lâche pas du regard, le toisant sans animosité, ni, en vérité, sans émotion particulière. Je me sens encore un peu déconnecté de ce qui se déroule ici, comme hébété du courage de Thorn pour venir me trouver malgré la longue séance de cache-cache que je lui ai imposé, comme hébété de le revoir là, homme troublant, la mine basse qui ouvre avec lenteur la bouche pour formuler un aveu.

« J’ai agit comme un idiot »

Je ne réponds rien. Que puis-je dire ? Je vois papillonner son cil, cligner sa paupière, s’exhaler un long soupir d’entre ses lèvres. Que pourrais-je bien répondre à une telle assertion ?

« La boisson, le coup de poing… mes accusations. J’ai complètement dérapé… Tu ne méritais pas mes blâmes. »

Est-ce ainsi ? Une scène précédente se rejoue devant mes yeux. Mon salon, l’éclatante blancheur d’une fin d’après-midi où danse la poussière d’un lieu longtemps déserté. L’impasse du Tisseur m’a attendue, inchangée, pendant vingt années. Aucun successeur, aucun ayant-droit. La petite maisonnée oubliée a conservé mes livres et mes effets personnels. Même de vieux journaux fanés par les âges. Quelqu’un a toqué a ma porte. Je revois Lily dans l’embrasure, auréolée de lumière. Je m’entends à nouveau lui demander pardon de l’avoir insultée, vendue au Seigneur des Ténèbres. Je sens à nouveau ses mains sur mes paumes, et la douceur de son étreinte. J’entends à peine la suite des excuses de Thorn, trop occupé par la chaleur de ce souvenir soudainement ravivé par l’étrange similarité de la scène.

« Je me suis laissé emporté par les sentiments, j’ai faire preuve d’immaturité et je n’ai pas pris en considération tes inquiétudes ni tes moralités… »

Je me demande quel courage il a fallut à Lily pour me pardonner cette fois-là. Dans quelles ressources de noblesse d’âme a-t-elle pu puiser ? Mon coeur vibre encore de la joie profonde, indisciplinée et indicible que j’avais ressentie à ce moment là. Un écho qui a changé mon être. Que serais-je devenu si elle m’avait rejeté ? Que serais-je devenu si elle ne m’avait tendu la main, étreint le corps et l’âme ? Aurais-je seulement supporté de la voir dans les bras d’un autre ? Je connais la réponse à toutes ces questions. J’aurais eu du sang sur les mains. Plus que je n’en ai déjà. J’aurais tué.

Je frissonne malgré moi tandis que Thorn relève la tête pour capter mon regard. « J’aimerai qu’on passe outre ce conflit, redémarrer sur de meilleures bases… » Je n’ai pas écouté ce qu’il a dit, ou à peine, trop absorbé par les tourments du pardon. Je n’ai pas écouté parce que ma décision a été prise à l’instant où la douceur du souvenir s’est emparé de mon cœur. J’ai gardé un œil indéchiffrable jeté sur Thorn, un regard sans le regarder, une prunelle qui ne le voyait pas vraiment, mais qui ne rate rien de l’éclat de douleur que trahit le resserrement de sa mâchoire tandis qu’il lève la tête vers moi. Je m’apprête à faire un geste, dépose ma tasse de thé sur le rebord du comptoir tout proche, et entend, à l’instant où le bois et la porcelaine entrent en contact, l’écho d’un bruit de verre venu de l’arrière boutique. J’avais laissé entrebâillée la porte le chiot s’y sera glissé…

Bon sang, le Felix Felicis ! Je bondis à la suite de Thorn, et découvre promptement la scène. Mon cadet est debout, son petit compagnon acculé a lapé quelques goulées de potions et semble être à mille lieues de l’effet recherché. La potion d’euphorie n’est pas franchement faite pour les chiens. Je note qu’il semble se déplacer à l’aveuglette, tapi dans l’ombre, n’obéissant guère qu’à son odorat, son ouïe, son instinct. Il profite d’un moment d’inattention pour dépasser Thorn et partir se calfeutrer un peu trop près à mon goût du Felix Felicis qui repose sur le bureau. Par sécurité, j’attrape les flacons et les glisse contre mon coeur dans la poche intérieure de ma veste tandis que Thorn s’excuse.

« Je te rembourserai la potion d’euphorie gaspillée par le nain…mais en attendant, je crois qu’il y a un moustique à calmer »


Je me retourne à temps pour voir un geste trop vif de Thorn lui emperler de rubis la chemise au niveau de l’épaule. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que sa blessure s’est rouverte. D’un geste de la baguette je fais venir à moi une trousse de premier secours et rejoins Thorn. Je la lui mets d’office dans les mains alors qu’il hésite à s’approcher du chiot.

« Retourne dans la boutique m’attendre, je vais m’occuper de ta plaie une fois que j’aurai calmé ce petit agité. »

Je m’approche du chiot, tend la main sans un mot… Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il faut dire à un chien, pour être honnête, je n’ai jamais eu le moindre animal de compagnie, même dans ma jeunesse. Celui-ci la renifle, semble se détendre. On dirait qu’il m’apprécie désormais plus que son maître, étrange… J’ai souvenir de l’avoir vu particulièrement joueur, toujours fourré dans les robes de Thorn. J’en profite pour l’attraper, le soulever, et le mettre sur l’épaule. Le petit malinois jappe joyeusement. J’en profite pour l’éloigner prudemment de toute fiole susceptible de se briser, et de l’installer sur mes genoux une fois assis sur mon tabouret. Un coup d’oeil rapide à ses yeux, un peu de collyre, et je constate l’éclaircissement de sa cornée. Rien de définitif donc. La petite bouille a les yeux qui se ferment et clignotent, dérangé par la potion, mais il ne semble plus vouloir s’échapper. Je regarde autour de moi. Plus de traces de Thorn dans mon environnement immédiat : peut-être est-il en retrait dans la réserve, peut-être est-il déjà retourné dans la boutique. Je range les flacons de Felix Felicis à leur place, et soulève à nouveau le malinois dans mes bras, collyre et baume cicatrisant pour Thorn en poche. Je prends soin de refermer soigneusement la porte derrière moi, interdisant l’accès à la réserve comme aux étages au petit chien, et poussant Thorn dehors s’il y était toujours.

En revenant dans la boutique, je constate avec un certain soulagement que Thorn y est, sans doute l’épaule douloureuse. J’y dépose le chiot, avisant qu’il ne risque de commettre aucun dégât. Tout ce qui est à sa portée ne risque rien, sinon quelques coups de griffe ou de crocs sur le bois d’un meuble. Je reviens enfin vers Thorn et pose la main sur son épaule valide pour le pousser à s’asseoir. Je lâche les quelques mots que j’aurais voulu lui lâcher plus tôt, avant qu’un Severus canin ne se mette en tête de jouer les explorateurs.

« Thorn… je ne te fais aucun reproche. Je ne t’en veux pas. »

Ma main s’attarde bien trop sur son épaule, faible pression, légère caresse. Aussi légère qu’un rêve. J’aimerais le réconforter plus que cela, mais je crains de ne pas savoir comment faire. Lily m’avait enlacé, je n’ai aucune idée de comment faire un tel geste avec Thorn, ni de la façon dont je puis lui exprimer mon pardon. Il faut croire que mon coeur n’a pas été fourni avec la notice explicative de fonctionnement de l’option « excellence dans les relations sociales ». Je le lâche enfin pour m’intéresser à sa deuxième épaule d’où perle désormais un filet d’écarlate qui a imbibé le tissu de sa chemise.

« Montre-moi cette épaule, je vais m’en occuper… on dirait que l’excuse donnée à Miss Irvine n’était pas une si mauvaise idée après tout ! »

Léger sourire flottant sur les lèvres mais regard inflexible. J’attends qu’il s’exécute. Tout en attendant, je capte du coin de l’oeil un mouvement dans le portrait de Nicolas Flamel. Je lève les yeux vers lui, scrute la surface plane quelques instants. Flamel, imperturbable, observe avec beaucoup d’intérêt la scène :

« Vous vous improvisez médicomage, Severus ? Vous devriez peut-être songer à faire de cet endroit un hôpital.
- C’est déjà une échoppe, Monsieur Flamel, ce ne peut pas tout être.
- Si vous le dites, mon petit. »

Je vois une lueur malicieuse dans les yeux de l’Alchimiste… ce vieux fou me fait parfois bien trop penser à Albus Dumbledore… même si de mon point de vue, Nicolas Flamel est infiniment plus terrible que l’ancien directeur de Poudlard. Quelques secondes de silence : le portrait et moi nous jaugeons mutuellement. Puis, avisant qu’il ne semble avoir rien d’autre à ajouter, je reporte mon attention sur Thorn, plus doux malgré moi :

« Ta blessure, je te prie. »

L’odeur caractérisée de l’argent et du dictame auraient dû me faire réagir à cet instant là.
2012 mots
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn)
Revenir en haut Aller en bas
La corneille sur le bord de la fenêtre (pv. Thorn)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» Un certain bord de mer...
» Evasion (par la fenêtre ouverte)
» Agréable promenade au bord de la source. [PV : Juxty.]
» SOS pour le fleurissement de mes fenêtres !
» Nouvelle fenêtre de saisie de message annulée.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Return Of Voldemort :: Monde Magique :: Pré-Au-Lard :: la Pierre Philosophale-
Sauter vers: