house of the rising sun [terminé]
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MessageSujet: house of the rising sun [terminé] Lun 11 Juin - 21:22


Poudlard.
Vingt trois années.
Au regard des antiques pierres, les souvenirs jaillissent, vivaces, impétueux, malgré le poids des cuvées dilapidées. Les topazes rutilent, émus par l’esquisse d’un lieu rescapé aux guerres et aux ingratitudes de l’histoire.

Quittant le Poudlard Express, Thorn se régale du panorama à l'extérieur, enfilant aussitôt une longue veste noire par-dessus son costume lorsque la fraîcheur hivernale lui gicle frissons au visage. Loin du tintamarre de la sulfureuse capitale, l'air est doux, nimbé d'arômes floraux et de nuages de pissenlits. La cacophonie du klaxon, des moteurs turbulents et des jérémiades populaires se dissout, emportée par les bourrasques lointaines. Seul le murmure des grands vents du Nord couronne les pourtours du château, semblable à une ambiance baudelairienne. Thorn croque cette quiétude,  plissant paupières face au soleil rutilant de mille éclats dans la voute céleste. Pour une fois, les prévisions météo ne se sont pas encornées. Boucanée par quatre décennies de labeur, la peau du visage se laisse volontiers mordre par ce mistral brûlant. L'époque d'un galbe tendre et immaculé est loin derrière, et pourtant, Thorn est de ceux happés par le temps, embellisant avec l’âge. La vieillesse, à contrario d'autres, eut bel effet sur la caste des fossiles dans laquelle les jeunots l'intègrent sans vergogne. Bénéfice ou incommodité? Depuis quelques années, c'est avec désarroi qu'il constate une récrudescence de marmots manifestant un regain d'intérêt pour sa personne. Le parfait exemple du sugar daddy...? Devrait-il mettre un frein au débit de sa générosité? Endiguer l'accessibilité qu'il tolère avec les plus jeunes? Pensif, la caboche miroitant d'énigmes qu'il serait bon de résolver avant d'entamer sa première année professorale, Thorn grimpe le sentier menant jusqu'aux grandes huis de Poudlard. Un animal le talonne. Encore jeune, un an à peine, le cabot trottine dans le sillage de son maître en reniflant à tout va. Face à ces nouveaux paysages, le malinois s'emoustille et ne tarde pas à bondir hors du sentier pour sautiller avec la dignité d'un kangourou dans les vastes prairies fleuries. "On est loin des remugles de la ville Severus..." Severus? Lubie d'adolescent, hommage d'un homme qui l'a grandement aidé et poussé vers le haut pendant ses études. La grande bataille a raflé de nombreuses vies, celle de Severus Rogue comprise.  Depuis, le désir muet de faire vivre la mémoire de ce qu'il pouvait considérer comme un mentor persiste. Les clebs s'enchaînent, tantôt bougons, tantôt folâtres et malicieux.  La dernière version se joint aux aventuriers fanfarons. Si l'intéressé en question avait eu connaissance de cette extravageance, Thorn ne payait pas cher de sa vie. Et Babel dans tout ça?  Omniprésente, rescapée à travers les immuables souvenirs. Une montre à gousset léguée par le paternel à l'aube du dixième anniversaire. Le tendron avait l'amour de la mécanique et plus particulièrement des horloges. Une caractéristique insoupçonnable pour certains, au vue du tempérament impétueux, désinvolte et propre aux mésaventure de la lionne. A la mort de Babel, Thorn avait récupéré le bien, le portant au quotidien. Aussi précieux que son myocarde battant, relique survivante.

Le canin revient se peloter contre les jambes de Thorn dans la dernière ascension jusqu’à l’entrée close. Une heure où la plèbe adolescente est sûrement assignée aux bancs scolaires. La première heure est la plus dure, avec les résidus d'un sommeil trop court et la glycémie en yoyo après un copieux déjeuner sucré. Qui aurait cru un jour voir débarquer le petit génie de la promotion serpentarde 1998 pour se joindre au corps enseignant? L'écossais se remémore encore, tout sourire, des regards ébahis et de la stupeur de ses collègues lorsque sa démission fut annoncée officielle une semaine plus tôt. Le potioniste le plus convoité du nouveau siècle sacrifiant la recherche pour se cantonner aux bancs scolaires et aux marmots désinvoltes? Etrange décision qui alimente sûrement quelques truculents ragots.

"Monsieur Baggins?"
Enjouée, curieuse et rebondie, cette voix qui vient de rouler jusqu'à ses tympans, Thorn en quête la source. Pivotant d'Est en Ouest, dans une virevolte de pans sombres et soyeux, ses mirettes échouent finalement sur un individu posté entre deux statues granit. Un petit bonhomme moustachu et bien portant, présentant son nom dans une aimable courbette. Embusqué derrière le vieux nabot, le malinois hume l'odeur du facétieux personnage et s'en détourne si promptement qu'on en saisit l'indélicate indifférence.

"On m'a chargé de vous guider jusqu'à Severus Rogue. C'est le professeur de défense contre les forces du mal. Il occupait le post de potions depuis longtemps,  mais au décès de Carter Martinelli, il a souhaité reprendre le cours de DFCM.  Un peu surchargé le pauvre, il se réjouit de délaisser les potions à un nouveau professeur…je crois…. Mais j'ai cru comprendre que vous étiez un ancien étudiant? Vous connaissez donc ce château comme votre poche! Vous ne devriez pas avoir trop de mal à trouver votre place alors! Moi qui ai passé mes études à Dumstrang, je dois vous avouer, cela fait deux mois que je travaille ici et je me perds encore de temps à autres!"

Quel moulin à paroles!
Thorn s'efforce de garder le sourire, politesse exigée. Bouffi et rieur, juguler ce monsieur serait fort importun. Aussi lui permet-il de clôturer son palabre, à bout de souffle, pendant que lui-même s’essaie à contenir ses émotions. Severus Rogue? Ici? S'il a été mis dans la confidence par l'ordre de sur sa résurrection parmi d'autres peu de temps avant l'annonce officielle, il ne pensait pas que son ancien professeur aurait ramené son obscur pelage dans les artères occultes et humides de Poudlard. Une surprise!

"Mais pressons nous! La patience de Severus à ses frontières et la ponctualité plus que nécessaire. Entre vous et moi, je trouve ce monsieur bien lugubre..."

Thorn ravale difficilement un sourire et se joint à ce rocambolesque lutin dans le dédale des immuables couloirs. Rien n'a changé. Pas un mur, ni un escalier. Tout a été méticuleusement reconstruit après la Grande Bataille. Étonnante prouesse! Les orbes céruléens s'illuminent aux souvenirs. Frasques, déboires, retenues, balades au clair de lune. La caboche fourmille de séquences jadis. L'émotion palpite dans l'échine. Distraitement, les phalanges effleurent l'inhalateur dans l'une de ses poches. Fardeau sempiternel que les potions ne parvienne à dévaster.

"Ah, nous y voilà!" Deuxième étage. Un coup à l'une des portes, un entrez ! glavioté d’un timbre caustique derrière le rempart en bois rongé. Thorn se faufile à la suite de son guide, dissimulant avec peine un rictus amusé au coin des babines. La mort et la résurrection ne semblent avoir opérer que modestes changements en l’auguste personne de Severus Rogue. Si pas aucun. Illuste chauve-souris, démoniaque satyre du château. Une réputation inflexible à travers les âges, contés encore au coin du lit par les anciennes générations aux enfants peu sages. "Severus, voici monsieur Baggins"

Ce dernier se tenait derrière son bureau, légèrement courbé dans ses vêtements d’un ébène traditionnel, sa longue tignasse d’aussi sombre noirceur dévorant les contours de son monastique faciès. Ebauche inaltérée depuis la Grande Bataille de 1998. Au contraire, à l'adolescent éphèbe, fragile et imprudent qu'il fut autrefois, se pâme aujourd'hui un homme confiant, charismatique et modéré. Un sentiment étrange fourmille sous son costume sur-mesure tout droit sorti d'une boutique du plus grand couturier moldu de Londres. Il est amusant de noter qu'aujourd'hui, les deux hommes s’équivalent au niveau de l’âge. Quelle rocambolesque situation!

"Ma tâche accomplie, je vous laisse! Monsieur Baggins, n'hésitez à venir prendre le thé à mon bureau à vos heures perdues" Hochement de tête, sourire courteois. "Au plaisir" La menue silhouette disparaît après une salutation rapide. Il est évident que ce coquet luron préfère éluder son cher confrère si cela lui est permis. C'est compréhensible lorsque l'on connaît le concerné.

A présent seul avec son ancien mentor, Thorn prend appui contre le mur et mire une œillade intriguée en direction du freux taciturne. Il prend les devants avant qu'un silence incommode n’assiège la pièce. "Maintenant que je suis majeur et professionnellement actif, on peut sortir ensemble?" Roulade espiègle sortie d'une gueule drapée d’un mutin sourire. Sa manière à lui de dire "salut, bon retour parmi nous, ça fait longtemps, t’as pas trop mauvaise gueule, tu m’as un peu manqué...". Corniaud des adieux comme des retrouvailles, il s'est maintes fois ramassé des gifles en représailles. Il ne remarque que tardivement la boule de poils qui vient s'introduire à sa suite et qui musarde jusqu'aux pans de Rogue. Vu la manière avec laquelle il fourre son museau dans les robes noires, l'odeur qui s’en dégage doit sentir la barbe à papa, comme il s'évertue à le penser dès que Sev s'égaye d'une flagrance nouvelle. Espérons que la chauve-souris n'en ferait pas un hot dog farci...


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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Lun 11 Juin - 22:59


House of the rising sun

ft. Thorn Baggins


L’ombre du ciel pointe discrètement à l’horizon. Au dessus de la cime des plus hauts arbres de la forêt interdite danse déjà l’interdit suave de l’aurore comme une promesse folle. Ce ne sont pourtant que quelques feux un peu plus rouges que la moyenne. Je me suis laissé aller contre le dossier de ma chaise, les yeux mi-clos. Sur mon plan de travail, des brouillons dorment en tous sens, posés par dessus mon vieil exemplaire du Manuel de préparation de potions avancé. La page ouverte liste toutes les modifications apportées par le jeune être que j’étais au Felix Felicis. Le bon vieux temps des expérimentations… A ses côté dansent une pile de photographie. J’ai commencé à trier ce que j’aimerais afficher bientôt dans ma nouvelle acquisition, la Pierre Philosophale. Je ne suis toujours pas certain que lancer ce commerce soit la meilleure idée de ma carrière, et pourtant… j’ai l’intuition qu’il s’agit là du seul choix possible. J’ai besoin d’un échappatoire à Poudlard, d’un lieu où je puisse laisser loin de moi les plus sombres et tortueuses années de ma vie. J’ai besoin de construire de mes mains une œuvre dont je puisse être fier. Je suis désormais un vieux soldat, et la relève est assuré.

Je ne comprends toujours pas les raisons qui ont poussé Potter à me ramener, mais je lui suis reconnaissant. L’image du corps dénudé de Lily étendue sur mon lit, l’oreiller croulant sous la vague rousse de sa chevelure hante mon esprit comme le plus délicieux des philtres d’amour. Je ne comprends toujours pas comment une telle chose a pu arriver, mais j’en perçois très nettement les effets. Je rouvre les yeux juste à temps pour voir la lumière des cieux entrer par ma fenêtre. Sur le rebord de bois vernis, une large coupe de cristal translucide semble s’embraser sous l’effet de l’aube naissante. Une nouvelle journée d’hiver pointe à l’horizon. Un jour long et bref comme tous les autres. Un jour qui ne peut avoir de saveur que si on lui donne un sens. Je me lève avec douceur, et m’approche de la fenêtre que j’entrouvre pour laisser entrer l’air glacial. Je sens presque toute la pièce frissonner de ce moment si particulier. J’ai toujours aimé les seuils ; l’aube et le crépuscule. C’est au cours de ces instants que tout se joue et que les choses et les gens prennent une âme véritable. Le frémissement des sapins de la forêt interdite, l’onde d’argent à la surface du lac, même les lents vacillements des branches au repos du Saule Cogneur.

Je tapote négligemment sur la vasque en pensant à Lily, l’humidité venue de la froideur de l’hiver vient s’y condenser et remplir le bassin d’une eau claire qui accroche les reflets du ciel. J’attrape un morceau de parchemin inutile – à vrai dire, la lettre de Minerva m’annonçant la venue d’un nouveau collègue de potions – et lui donne un coup de baguette magique avant de déposer l’objet métamorphosé dans la vasque. Une poignée de lys oranges s’épanouissent désormais à la surface de l’eau. Je ne doute pas qu’Horace Slughorn aurait appelé ça « de la belle magie » dans la lignée de celle qu’est capable d’accomplir Lily. Tout, dans cette pièce embaume sa présence pour qui connaît mes sentiments pour elle et les siens pour moi. Mais personne ne sait.

Je demeure pensif un moment. Derrière moi, les étagères semblent s’embraser sous l’or chaud de la naissance du jour : les rayonnages de bois sombre sont chargés de livres sur divers sujets dont les couvertures sont inégalement usées. Certains neufs, d’autres presque en lambeaux, protégés de la ruine seulement par des sortilèges de conservation. Certains sont récents, protégés de seul papier glacé imprimé, d’autres sont plus anciens que moi, avec leurs lourdes couvertures de cuir patiné par les siècles. Tous m’appartiennent ou ont appartenu à mes proches, mes prédécesseurs. La collection de ma mère, de ses parents avant elle, et de ses grands parents ont grossi pour partie mes possessions livresques. Chacun de ces volume a une histoire. Et je les connais toutes.

Entre les livres maintenus harmonieusement par des serre-livres de bois patiné par les ans se dressent d’étranges objets. J’ai disposé, ça et là, des géodes et des débauches de volumineux cristaux de quartz et d’améthyste. Une orbe d’onyx repose sur un présentoir tandis qu’un bloc de sel Himalaya repose sur mon bureau. Chacune de ces pierres, pour l’heure au repos, est ensorcelée. Je peux à loisir leur faire dispenser une douce et chaude lumière. J’ai passé bien trop d’années dans les ombres pour ne pas apprécier la clarté.

Je laisse la fenêtre entrouverte et recule de quelques pas, savourant la douce odeur florale qui monte des lys couronnés d’or et de flammes par l’aube. En contrebas, les élèves se pressent tous vers leurs nouveaux cours. Les rares classes qui avaient potion aujourd’hui se réjouissent : il n’y aura aucun enseignement à titre exceptionnel, leur ancien professeur passant le flambeau à une nouvelle recrue. Et quelle recrue. Thorn Baggins.

Je suis pensif, me remémorant sans peine l’enfant puis l’adolescent vert et argent qui venait parfois se fourrer dans mon bureau. Je me souviens avec précision de chacune de nos rencontres : je l’ai couvert de nombreuses fois lorsqu’il s’aventurait dans la tour d’Astronomie pour lire la nuit ou lorsqu’il se glissait dans mon bureau au prétexte d’une retenue ou d’une mise à niveau en potions pour me parler des difficultés d’intégration qu’il rencontrait, né moldu parmi les Serpentard. Je me souviens également de deux moments particulièrement tendus de nos relations. Un premier flash me rappelle la sensation légère, presque timide de ses lèvres effleurant les miennes dans un baiser qui était à lui seul une déclaration. Un second flash fait résonner sa voix dans la nuit. « Qu’est-ce que c’est que ça ? ». Je me revois me tourner, blanc de colère, vers l’adolescent qui s’était introduit dans mon laboratoire et avait aperçu la marque des ténèbres sur mon avant-bras. Me croyant seul, j’avais remonté mes manches pour travailler jusqu’au cœur de la nuit.

J’ai un sourire lointain en repensant à ces moments qui ont émaillé nos existences à tous deux. Malgré moi, je sens une certaine curiosité naître dans mon esprit. Que diable a pu devenir Monsieur Baggins ? … Thorn. Que diable a pu devenir Thorn ? Je pressens qu’il est bientôt l’heure. Une intuition, ou bien ces petites silhouettes dans le parc qui affrontent le froid pour rejoindre le château.

Je m’installe posément à mon bureau, tapote du bout de la baguette sur un amas de cristaux devant moi. Aussitôt, une légère lueur parfaitement blanche nimbe la pièce, me permettant de lire tout à mon aise les minuscules pattes de mouche qui étaient les miennes à seize puis dix-sept ans. Mon manuel de potions de jeunesse. J’ai glissé des feuilles de notes entre ces pages. Il est désormais évident que je travaille à l’élaboration de nouvelles recettes et d’un ouvrage.

Quelques coups discrets à ma porte, enfin les voilà. Je redresse la tête et voit le concierge introduire un homme de haute stature, les cheveux clairs mêlés d’ombres, et une silhouette reconnaissable quoi que vieillie. Les angles de son visage n’ont que peu changé, malgré le poids des ans qui y a jeté une nouvelle maturité. Je ne distingue pas de suite la boule de poils à sa suite qui se faufile dans entrebâillement de la porte et réagit trop tard. L’animal est déjà là à fourrer son museau dans les pans sombres de mon vêtement. J’ai, malgré moi, un petit sourire en posant la main sur le sommet du crâne de l’animal et en laissant mes doigts s’enfoncer dans son pelage le temps de quelques caresses. Il est évident pourtant que le nouveau professeur, mon ancien élève, n’est pas ce chien.

… Et qu’il n’a rien perdu de ses anciens penchants pour la taquinerie et pour les hommes si j’en juge par sa question : "Maintenant que je suis majeur et professionnellement actif, on peut sortir ensemble?"

Je lève les yeux au ciel sans cesser de caresser le chien. Je réponds avec le visage parfaitement impassible, tandis que brille dans mon regard un éclat de rire.

« Moi aussi, je suis ravi de vous revoir, Monsieur Baggins. »

Je me lève pour m’approcher de lui. Nous avons à présent quasiment la même taille, quasiment le même âge. C’est déroutant. Alors que mes retrouvailles avec Regulus m’avaient donné l’impression que le temps s’était figé pour lui, j’ai, au contraire, l’impression que le temps s’est emballé pour Thorn en le faisant vieillir prématurément. Mais mon ancien élève n’est plus un jeune garçon, c’est désormais un homme, et un collègue.

« Je crois que j’ai oublié de vous rendre quelque chose de vos jeunes années à Poudlard, Monsieur Baggins. »

Je laisse planer un petit temps de silence, puis je pose ma main sur sa joue, crochète sa nuque et l’attire à moi pour m’emparer de sa bouche le temps d’un bref baiser. J’effleure doucement le gable de ses lèvres des miennes, y laisse quelques instant la pointe de ma langue. Je ne lui laisse pas le temps de réagir, je le lâche promptement et retourne m’asseoir comme si de rien n’était derrière mon bureau, le visage parfaitement impassible.

« Nous sommes quittes à présent, monsieur Baggins. Si nous parlions de votre nouvelle affectation ? Un peu de thé ? »

La théière est apparue sur mon bureau comme par enchantement.

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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Mar 12 Juin - 17:28


Monsieur Baggins...
"Quelle formalité! Vos petites vacances avec Charon vous auraient-elles fait oublier notre auguste intimité?" La facétie roule de bon train au bout du labre musqué. Pollux, son défunt époux, appréciait cet aspect de lui. La folâtre douceur pour pigmenter les taciturnes journées. L'humour mussant l'affliction d'un être en perdition. Certains, pourtant, encaissent mal ses coquines réparties. Thorn lorgne le lascar en mouvement. Délaissant son bureau de sa furtive dégaine, le professeur le rejoint dans un tourbillon de robes noires, courtisé par sa version canine. Titubant maladroitement de ses petites pattes pelucheuses, le chiot tourne autour de l'impassible corneille, couinant et se blottissant contre le sombre mollet. Sérieusement? Une étincelle gaillarde fend la rétine devant cette tendre ébauche. Tel chien tel maître non? Il semble que minipouce veuille s'acoquiner avec sa version originale. Thorn redresse l'échine vers son aîné, presque déconcerté de pouvoir regarder son homologue sans tordre le cou vers le haut. Les centimètres ont proliféré à l'exorde de sa majorité. L'ancien élève dépasse à présent l'homme, de quelques centimètres à peine. Troublant. Jadis, il cherchait la sécurité dans l'ombre de cette haute silhouette. Il avait beau se pâmer comme un coq, feindre l'insouciance, les brimades de ses camarades, ne penser aux parents disparus, oublier sa malingre constitution, sa confiance en soi a été boîteuse sous la gausserie et la répartie, à l'époque. Confiance finalement débusquée auprès de son directeur de maison, qu'il se mit à cotoyer régulièrement, comme un poussin fourré dans le plumage de mère poule.  

"Je crois que j’ai oublié de vous rendre quelque chose de vos jeunes années à Poudlard, Monsieur Baggins"

L'interpellé hausse un sourcil, curieux, s'apprêtant à rétorquer de sa finaude gueule, mais ce qui s'ensuit suffit à ravaler la gouillaerie au fond de sa gorge. Une main sur sa nuque, une bouche contre la sienne. Thorn couine un gémissement de stupeur. Un fugace vertige érode son rachis. Le baiser est toutefois trop bref pour émoustiller quelques papillons, merlin l'en garde! Severus s'éloigne aussi vite qu'il s'était approprié ses lèvres un éphémère instant et regagne son bureau, sous les lucarnes médusées du potioniste.

"Nous sommes quittes à présent, monsieur Baggins. Si nous parlions de votre nouvelle affectation ? Un peu de thé ?"

Éléphant?
Désemparé l'espace de quelques secondes, une beigne mentale remets sitôt les pendules à l'heure et Thorn arbore un air insurgé que même le pire des comédiens pourrait mieux faire. "Mamma, je ne vous savais pas si dévergondé" Le mutin portrait reprend ses droits, mascarade cachant le trouble à son paroxysme du geste inopiné de Rogue. Il juge finalement bon de prendre place face au diable, échouant fessier sur la chaise rococo menaçant de s'affaisser "Volontiers pour le thé. Nature." La voix s'enroue, involontaire.  Malédiction. Heureusement, le luron n'est pas le genre à tergiverser sur ses émotions et redresse une aisance factice sur le minois boucané. Bien qu'il envisagerait presque la démission... Est-ce finalement bien  raisonnable de travailler avec Severus dans les parages? Une surprise au programme, un imprévu, une catastrophe au vue des palpitations qui démangent sous le derme. Cet émoi aurait du fondre comme neige au soleil avec les cavales amoureuses des décennies qui suivirent et qui scandaliseraient les prêtres les moins farouches. Escamotant ces coûteuses pensées, Thorn préfère s'engager sur une nouvelle tangente."Toujours à traumatiser les élèves? Dire que DCFM était le cours préféré de nombreux élèves jadis...je crois que ça va changer...  " Boutade à l'encontre du plus professeur élu à toutes les nominations péjoratives à vie. S'il avait apprécié Rogue en tant qu'élève, c'était loin d'être le cas de tous. Un grognement attire l'attention. Bébé cerbère se prenait les pattes dans les pans du damoiseau, mignon. "Severus, viens mon beau" Roulement mielleux à l'adresse du chiot toujours fourré contre la chauve-souris. Les oreilles frémissement à l'écho de sa voix et sitôt dit, la peluche trouve chemin jusqu'aux genoux du maître pour s'y rouler en boule de poils. "Ah oui, Severus, voici Severus, et inversément. " Grand sourire. Peut-être allait-il échapper au courroux de la version humaine? "Ne trouvez-vous pas que ce prénom lui sied à merveille?" susurre t'il avec malice en grattant avec douceur entre les proéminentes oreilles.


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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Mar 12 Juin - 21:32


House of the rising sun

ft. Thorn Baggins


Je ne sais pas, pour être honnête, ce qui m’a pris de faire un tel geste. Je pourrais bien entendu mettre cela sur le compte de l’euphorie et de la légèreté qui m’embrase le cœur depuis sept jours, mais en vérité, ce serait sans doute un peu trop facile. La mort, le retour à la vie et Lily m’ont changés. Modifications insidieuses dont je commence seulement à prendre conscience. La pénitence lourde dont j’ai passé ma vie à me charger les épaules s’envole, plus légère qu’une plume, plus suave que les caresses du vent d’été. Je sens bien, désormais, que je suis autre. Peut-on, de toute façon, trépasser sans s’en trouver modifié ? Mon corps porte encore les stigmates d’argent des morsures de Nagini, mon âme le poids de mes souvenirs et de mes choix. Je n’ai cependant jamais été aussi libre, et cela m’effraie. C’est pour ça, sans doute, que je suis revenu m’enterrer dans ces murs de pierre ancienne, et que je me trouve actuellement face à Thorn Baggins, ancien élève. Des lèvres unies l’une à l’autre : un éternel recommencement.

J’avais choisi de conserver mon coeur à Lily la première fois qu’il m’a embrassé et l’avais repoussé. Les choses ont-elles changées ? Je sonde avec intensité l’oeil vif de Thorn puis laisse échapper un souffle imperceptible. Non. Rien n’a changé. J’aime toujours Lily de toute mon âme. Alors pourquoi cet baiser ? Est-ce pour le plaisir – sans doute un peu malsain – de voir les quelques secondes d’hésitation infime de Thorn Baggins ? Est-ce pour une frivolité sans importance ? Je ne me l’explique pas moi-même, mais j’ai ressenti l’impérieux besoin de boucler cette boucle-là. Comme si lui retourner son geste était une façon de nous en libérer tous les deux. Ça, ou bien l’âge m’a rendu vraiment tordu… Je songe, non sans amusement, que Lily aurait sans doute une explication incluant un long regard intense jeté par-dessus les verres de ses lunettes de lecture et un petit sourire en coin à mi-chemin entre l’amusement et l’exaspération. Mais étonnamment, je ne suis pas certain d’avoir envie de lui dire que j’ai embrassé un collègue qui, adolescent et ancien élève, m’avait fait des avances… Pas de suite, en tous cas.

Je le vois demeurer interdit quelques secondes avant qu’une plaisanterie de façade ne lui vienne aux lèvres. Je le devine toutefois un peu troublé. « Mamma, je ne vous savais pas si dévergondé ! ». Cela tombe bien, nous serons deux à masquer notre trouble. Tandis qu’il s’assoit, l’odeur suave des lys vient embaumer la pièce, me poussant à poursuivre négligemment la conversation ayant trait au chapitre « thé » sur le même ton, éludant soigneusement le chapitre « baiser volé ».

« Un thé, nature, voici. »

Tandis que j’avance la tasse vers lui avec douceur et que je m’en sers une, je l’entends changer de sujet avec brio.

« Toujours à traumatiser les élèves? Dire que DCFM était le cours préféré de nombreux élèves jadis...je crois que ça va changer... »

« Qui sait, cher Monsieur Baggins, qui sait ? Peut-être les potions qui étaient le cours honni de nombreux élèves jadis deviendra leur matière favorite ? »

Je demeure impassible, mais je suis moi-même troublé de passer la main de ce poste et de le confier à quelqu’un d’autre. Cela a été, après tout, mon activité pendant près de dix sept ans. C’est pour cela, aussi, que j’ai déménagé promptement dans les hauteurs du château et entreprends d’ouvrir cette boutique : c’est une façon de rendre plus acceptable cette nouvelle voie dans laquelle je m’engouffre. Severus Rogue est mort, un autre naît.

Un mouvement attire mon œil, je vois le jeune malinois de Thorn Baggins s’amuser dans les pans de ma robe. Je laisse ma main effleurer son pelage tandis que son maître le rappelle :

« Severus, viens mon beau ! »


Je reste interdit quelques secondes. Il en rajoute une couche, le bougre.

« Ah oui, Severus, voici Severus, et inversement. »

Je ne sais pas bien si je dois l’étriper tout de suite, me maugréer du baiser volé ou cesser de l’appeler Monsieur Baggins pour l’appeler Thorn. Toutes ces pensées se télescopent, je choisis d’en rire d’une voix douce qui masque parfaitement la multitude d’émotions contraires qui m’agitent intérieurement.

« Ne trouvez-vous pas que ce prénom lui sied à merveille ?
- Je crois surtout que ce Severus-là sera plus susceptible de plaire aux foules des élèves de Poudlard et d’y ravir quelques coeurs que celui qui vous a inspiré… cet étrange patronyme. »

Je sors d’un de mes tiroirs, pour m’occuper les mains, une liste que j’ai soigneusement composée à son attention.

« Mais redevenons sérieux. Voici la liste de vos élèves, Thorn, je me suis dit que cela vous aiderait à prendre vos marques. »

Il peut y découvrir les années, maisons et notes de l’ensemble des élèves qui suivent le cours de potions. J’ai gratifié chacun d’entre eux d’un petit commentaire. Ainsi peut-on voir, par exemple « Connor C. Stevens, Gryffondor, 7e année : est un gryffondor typique, frondeur et courageux jusqu’à la bêtise. Il pourrait être brillant s’il se taisait parfois pour écouter. », d’autres du type « Swan Lawson, Serdaigle, 6e année : a tendance à dormir en cours, passe sans doute ses nuits à s’adonner à d’autres activités – reste à déterminer lesquelles. » et aussi « Asao Watnabe, Pouffsouffle, 7e année : n’a pas obtenu le niveau nécessaire aux BUSEs pour poursuivre la préparation aux potions en ASPIC, mais mon prédécesseur et la direction m’ont fortement recommandé de tout de même l’accepter en classe. Malgré sa coiffure ridicule, est un bon élément. A assimilé les bases de l’Alchimie en cours optionnel, mais doit travailler avec plus de rigueur. » ou encore « Solveig E. Beurk, Serpentard, 6e année, préfète ; a tendance à faire preuve de comportements dangereux pour sa santé, à renoncer à dormir ou à manger pour étudier, mais est pour le reste l’un des éléments les plus brillants de cette école ; est la première de sa promotion en classe d’Alchimie optionnelle pour les 6e et 7e années », et même « Circe D. Avery : Serdaigle, 2e année : jeune fille au potentiel supérieur à la moyenne, ses notes son excellentes, mais s’ennuie manifestement en cours. Ne pas hésiter à lui proposer des défis plus stimulants intellectuellement pour elle sous peine de la voir se tourner les pouces ».

La liste semblait interminable pour qui n’était pas préparé. Je le laisse l’étudier quelques instants si le coeur lui en dit puis pose à côté de lui également un trousseau de clefs.

« Je vous laisse aussi les clefs des appartements de fonction de l’enseignant de potions et ceux de sa réserve personnelle d’ingrédients. Vous connaissez bien les lieux, j’y vivais à l’époque où vous étiez élève de ma maison. Je suis toujours directeur de Serpentard, d’ailleurs. Si vous avez le moindre problème avec l’un des élèves de ma maison, n’hésitez pas à venir me voir à toute heure. »

Je laisse un temps.

« Des questions peut-être ? Si je puis y répondre, soyez assuré que je le ferai. »

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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Mer 13 Juin - 13:52


"Merci"
Un délicat bouquet tapisse l'air de la pièce. Le lys, antique herbacée souvent conjuguée avec la pureté, est relatée à travers les manuscrits de l'ancien temps. Le Lys, Marie, la Sainte Bible. Gargantuesque opuscule considéré un peu comme le Saint-graal, à défaut de reliques de la mort, par les moldus. Il lui est arrivé, à quelques occasions, d'en lire un chapitre et d'en regretter sitôt l'acte. Livre de contes et de palabres barbifiants. Jésus foulant l'eau comme un simple trottoir? Facile! Moise hérissant les vastes flots pour s'y frayer un chemin? Les doigts dans le nez. Jonas et la baleine? Allez, pourquoi pas... Lapant une gorgée de thé, Thorn imagine avec mésaise ce breuvage le purger de tous ses péchés. Quelques litres seraient inéluctables pour aboutir à un effet. Toutefois, la brûlure de l'ambroisie dans sa gargamelle suffit à émousser la zizanie du myocarde. Du moins en partie. S'il préfère l'amertume et l'arôme du café, il ne boude pas pour autant le thé, qui sait se défendre avec ses quelques parfums extravagants.

Après un prologue décousu, le dialogue se concrétise enfin.
Venir à bout de l'emblème indélébile, amenuiser la pétoche et la couardise, tarir le traumatisme des infortunés marmots qui ont longtemps soufferts sous le joug de Severus Rogue? Un challenge à l'écho impossible, aux premiers abords, mais Thorn escompte bien donner à ses jeunes poulains le goût des potions."Ca ne devrait pas être trop difficile" Mine narquoise. C'est d'ailleurs avec une veloupté à peine maquillée qu'il dissèque la mine consternée du sang-mêlé quand le patronyme du cerbère est mis en lumière. Finalement, il s'en sort plutôt bien. Un rire bénin couvre la confusion à peine ostensible qu'il intercepte d'un regard fendu de malice entre deux goulées. "Peut-être va t'il faire hausser votre cote de popularité. Ca ne peut que vous apporter du bien..." La bouche se tord d'un demi sourire. "J'imagine déjà les moutards galoper après le petit monstre et crier votre prénom à tout va dans les couloirs, dans un gloussement tendre et amusé...quelle scène merveilleuse " Si le concerné, du haut de sa duveteuse carrure, serait en pamoison devant cette démesure d'affection que la marmaille n'hésiterait pas à lui délivrer - comment résister à cette adorable bouille - la version bipède, lui, devrait tolérer avec grande modération ces insanités.

Sérieux? Déjà? Puisqu'il le faut...
Thorn saisit la liste tendue par son collègue et la consulte d'un oculaire vif. Merlin. La gueule se convulse d'un badin rictus. "Voilà des remarques très partiales. Mais vraiment, la coupe de cheveu? " Rogue n'est pas forcément le plus à même à épiloguer sur le désastre d'un ciboulot mal coiffé. Ses pensées doivent d'ailleurs se réfracter à travers l'opalin de ses orbes. "En tout cas, c'est une fameuse promotion que nous avons là...je n'aurai pas le temps de m'embêter! Et dans toute cette marmelade, vous n'avez pas trouvé un digne héritier à vos ingrates tâches?" Curiosité. Il n'est pas rare de voir un professeur prêter plus d'intérêt à un mouflet qu'aux autres. Thorn en est l'exemple, bien qu'il ne lui ait laissé le choix, à force de se faufiler dans ses jambes.

Le potioniste scrute le trousseau déposé à l'instant sur le bureau dans un raffut métallique. Les clés des appartements et de la réserve personnelle que Severus avait occupés jadis? Quelle émoustillante situation. Des questions? "Et la clé de vos appartements actuels n'est pas offerte en bonus? " Espièglerie. Se calmer, se l'est-il promis qu'il ne s'en souvient pas. Réleguée dans les couloirs nébuleux de ses pensées, la sagesse saura trouver place tôt ou tard. Severus* s'agite sur ses cuisses. Ses caresses se sont lentement inhibées jusqu'à laisser les doigts s'endormir entre les deux oreilles dressées. Bambin s'en montre insatisfait. Les phalanges reprennent avec mignardise les cajoleries sous l'oreille. Ce à quoi le canin réponds par quelques joyeux jappements. "Les clés de la réserve personnelle...le rêve de tout étudiant"soupire t'il au souvenir de ses nombreuses velléités pour décadenasser la caverne aux merveilles.  "Ne pensez même pas à vous faufiler à l'un de mes cours avec du polynectar" Quoique la situation serait fort gondolante. Surtout, il aurait la farniente de pouvoir brimer la chauve-souris sans craindre des remontrances sur le fait accompli. Il saisit le trousseau mais se le fait sitôt happer par une gueule de fripon, petit diable sur ses jambes, qui semble bien décider à se distraire avec tout objet lui passant au museau.

"Y a t'il des galopins dont je dois m'inquiéter?" Des mômichons plus agités que d'autres. Des semeurs de trouble dont le seul talent et d'alimenter quelques conflits. Thorn s'étire sur sa chaise en pensant à Draco et Harry, dont il fut maintes fois spectateur quand le joli blondinet ne souhaitait pas lui faire la misère. Ou James Potter et ses maraudeurs, selon les quelques récits qu'il réussit à subtiliser à son professeur dans leurs lointaines confidences.Peut-être des rescapés de l'ancien groupe extremiste étudiants? Ou des suppôts de Voldemort et de ses convictions, dont l'extermination des nés-moldus rentrait dans leurs priorités. Des petits trucs comme ça quoi...


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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Jeu 14 Juin - 18:55


House of the rising sun

ft. Thorn Baggins


Je ne peux, en sirotant mon thé, qu’admirer la confiance de mon ancien élève quant à se faire aimer de ses étudiants. Je sais qu’il y arrivera sans doute plus aisément que moi. Rejeté par toute la maison des Serpentard, il a finit toutefois par trouver des alliés dans les autres maisons… Et dans le bureau de son directeur de maison. Comment aurait-il réussit ce tour de force s’il n’avait été un enfant charmant ? L’enfant était devenu homme, mais sans doute avait-il su conserver ses redoutables capacités sociales. Je dois dire que j’admire son aisance à se fondre dans une foule pour en prendre imperceptiblement la tête par son seul charisme et sa gouaille. Je m’en sais incapable, trop austère et rigide pour cela. Trop seul, aussi, sans doute. L’image de Lily passe fugacement devant mon œil. Il semblerait qu’un remède à la solitude commence à montrer le bout de son nez…

« Peut-être va t'il faire hausser votre cote de popularité. Ça ne peut que vous apporter du bien… J'imagine déjà les moutards galoper après le petit monstre et crier votre prénom à tout va dans les couloirs, dans un gloussement tendre et amusé...quelle scène merveilleuse »

J’ai beau savoir que Thorn Baggins essaie de me faire sortir de mes gonds en titillant ma patience, il touche juste, le bougre, et j’ai très envie, soudainement, de me faire ombrageux, de le dégager par la peau du cou de mon bureau et de refermer la porte avec grand fracas dans son dos… En gardant le chien, bien entendu. Je pince les lèvres. Les ailes de mon nez papillonnent quelques secondes, le temps de retrouver mon calme.

« Je n’ai jamais fait grand cas de ma… côte de popularité. Je vous laisse ce souci, cher collègue. »

Enfin, il daigne prendre la liste et cesser les politesses pour entrer dans le vif du sujet. Curieusement, je me sens désormais plus en terrain connu, et donc plus rassuré. Thorn a conservé et même exacerbé de nombreux pans de son caractère, de sorte que ce que je trouvais rafraîchissant jadis – son imprévisible tendance à la taquinerie – me fait désormais l’effet d’une bombe à retardement de laquelle je ne puis sortir indemne. Je me sens donc désormais bien plus en sécurité. Il détaille du regard la liste et s’exclame.

« Voilà des remarques très partiales. Mais vraiment, la coupe de cheveux ? »

J’ai un petit sourire en coin, nul doute qu’il comprendra lorsqu’il verra Monsieur Watnabe, mais je ne dis rien, laissant mes yeux seuls s’allumer d’un éclair de malice. Ma propre santé capillaire m’indiffère, mais je sais très bien ce que l’on en dit. Je m’en suis accomodé, comme tant d’autres choses, avec une résignation nécessaire.

« En tout cas, c'est une fameuse promotion que nous avons là...je n'aurai pas le temps de m'embêter! Et dans toute cette marmelade, vous n'avez pas trouvé un digne héritier à vos ingrates tâches ? »

J’ai l’impression confuse que c’est une question piège. Cherche-t-il son alter-ego dans cette promotion ? Un petit Serpentard caché dans mon bureau à lire un livre ou s’épancher sur sa vie au château ? Asao Watnabe me traverse l’esprit trop brièvement pour que je puisse retenir l’image du semi-nagin dans mes pensées. Je le fixe intensément, curieux de deviner où il souhaite en venir, mais lui réponds néanmoins d’un ton quelque peu adouci.

« Même s’il en est pour essayer, je crains bien qu’aucun de ces élèves n’ait réussi à s’imposer dans mon bureau à toute heure du jour et de la nuit avec le brio de leur futur professeur de potions, Thorn. »

Je m’apprête à ajouter autre chose puis me ravise. L’accent brut de son nom me reste en bouche quelques secondes. Le silence flotte à la surface de ma tasse, écho lointain de tout ce que je pourrais avoir à dire sur les travaux du seul de mes élèves dont j’aurais pu être fier… Je suis mort bien trop tôt pour avoir la possibilité de la lui témoigner à chacune de ses publications, et je ne peux m’empêcher de le regretter avec une certaine tendresse.

Heureusement, je puis changer de sujet en évoquant ses nouveaux appartements. La plaisanterie lubrique de Thorn Baggins ne se fait pas attendre. Étonnamment, elle me fait un certain bien, en tenant à distance la dangereuse pente de l’émotivité qui aurait pu insidieusement devenir bien trop tentante à mon goût.

« Et la clé de vos appartements actuels n'est pas offerte en bonus? 
- Celle là, il va vous falloir me la voler, si vous la désirez tant ! » lui répliqué-je du tac au tac.

Il reprend :

« Les clés de la réserve personnelle...le rêve de tout étudiant. Ne pensez même pas à vous faufiler à l'un de mes cours avec du polynectar. »

Je le regarde avec un demi-sourire et laisse planer un petit silence de mauvais augure.

« Ne m’inspirez pas une petite inspection surprise de votre travail, cher Thorn, vous pourriez regretter amèrement cette... tentation. »

Une menace en l’air, ou bien une plaisanterie à lui infliger un jour prochain ? Thorn reprend le fil de ses questions tandis qu’une petite gueule canine tente de lui voler les clefs de son logement. Je ne peux m’empêcher de soutenir l’animal en pensée ‘Vas-y, Severus, embête-le !’ J’ai toujours préféré les animaux aux humains.

« Y a t'il des galopins dont je dois m'inquiéter? »

Je me doute de ce qu’il a en tête. Certains élèves peuvent avoir des comportements dangereux, d’autres une tendance à la farce, d’autres encore se vouer une inimité tenace. Je pense encore aux jumeaux weasley et, avant eux, aux maraudeurs. J’opine et, étalant la liste devant lui de façon à ce qu’il puisse lire les noms et les annotations, je lui désigne une première ligne portant le nom de Solveig Eivor Beurk, préfète de Serpentard, 6e année.

« Miss Beurk ne sera pas un problème en cours, mais elle peut l’être pour elle-même : elle est souvent éreintée ou affaiblie par le manque de nourriture. Il semblerait que cette jeune fille soit tellement absorbée par ses… obsessions qu’elle en oublie parfois de s’alimenter ou de se reposer. Gardez un œil sur elle autant que faire ce peut. »

Je cherche deux autres noms dans la liste et les pointe du doigt. Connor C. Stevens, gryffondor septième année et Caecus Avery, Serpentard, 6e année.

« Ces deux-là s’entendent à peu près aussi bien que Draco Malefoy et Harry Potter, si vous voyez ce que je veux dire. Ils ont peu de cours en commun puisqu’ils ne sont pas dans la même année, mais si vous deviez les avoir ensemble dans la même classe, gardez-les à l’oeil. Notre collègue enseignant la métamorphose a déjà du les recadrer. »

Encore un nom. Asao Watnabe, Pouffsouffle, 7e année.

« Ce jeune homme est un métisse, il a du sang nagin dans les veines. Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que ces femmes-serpent sont réputées pour leur perception fine des flux magiques. Il est parfois distrait par ces perceptions qu’il ne parvient pas à maîtriser… Pour le moment, il n’y a jamais eu d’incident à cause de son don, mais enfin, vous savez comme moi qu’un manque de concentration au cours d’une recette peut être fatal. »

Je tapote un dernier nom du bout du doigt, agacé. J’ai hésité à l’évoquer mais il me semble que je ne puis plus reculer. Joe Miller, Serdaigle, 6e année.

« Monsieur Miller a beau être à Serdaigle, il pourrait vous rappeler certains de vos condisciples de jeunesse. Il a peu d’affection pour les enfants de moldus, et a déjà été surpris à attaquer certains d’entre eux. Il semble également avoir un certain… attrait pour les forces obscures. En outre, ce jeune homme traîne un peu trop souvent dans les cachots à mon goût… »

Je suppose non sans ironie que maintenant que Thorn Baggins va s’y installer, je le verrai plus souvent dans les étages...

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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Ven 15 Juin - 11:44


Un frisson racle ses lombaires au ricochet du prénom entre les babines élimées. Autrefois déjà, il mignotait cette manière avec laquelle le prince du sang-mêlé roulait son prénom à l'orée de ses crocs. La sensation n'a guère disparue. Pire! Fortifiée par ces longues années d'absence, elle dévore son rable avec polyphagie. Par ailleurs, visé avec outrecuidance par les propos de son prédecesseur, il en éprouve nul opprobre. Une pincée de pétulance saupoudre au contraire la vétuste prunelle aux ébauches de sa jeunesse émancipée. "La persévérance est maître mot..." Et l'allusion peu aérienne. Thorn ne parvient à saisir l'étendue de ses caprices. Est-ce une hâblerie propre à son caractère dont il n'a guère à se soucier? Ou ces galéjades reflètent-elles en vérité un désir plus tangible sous les espiègles sourires? Ne saurait-il le dire ou simplement se l'avouer?

"Il serait fort importun qu'elle tombe entre de mauvaises mains" Quelque tierce personnes mal intentionnées? Les siennes? Thorn ne pousserait certainement pas le vice jusqu'à de telles extrêmités. Ce n'est pourtant pas l'envie qui ronge d'enfin découvrir les dessous de ces inlassables pans noirs. Ou d'en bouleverser la garde-robe. Y ajouter quelques tailleurs sur-mesure, nuancés de modestes couleurs. Un flot de grognements bercent la pièce. Severus* bataille avec le trousseau et secoue son pelucheux séant contre lui, sans plus se soucier des deux bipèdes. Thorn se demande avec défaitisme s'il parviendra à récupérer les clés intactes. Le fer devrait résister aux estocades du jeune cabot.

Ne m'inspirez pas...
Un mauvais sourire étire les plus jeunes babines."Vous vous retrouveriez confronter entre votre fierté de réussir la potion et, de fait, vous seriez immanquablement grillé, ou d'en échouer la préparation. Dans les deux cas, je trouverai bien raison pour avoir le plaisir de vous ôter quelques points." Finalement, la situation offrirait fantaisies affolantes.  

Le sang-mêlé cite quelques noms à surveiller de près. Pour miss Beurk, il espérait apporter un certain soutien. Comment peut-on en venir à de telles extrêmités? Même Hermione Granger n'avait éludé ses repas pour joindre la réussite du bout des doigts. Une discussion s'imposerait avec cette demoiselle. Quand au duo infernal, Avery et Stevens, cela promet virevoltants rebondissements. Il espère ne pas gérer des incendies émotionnels si ces deux moustiques viennent à se cotoyer dans sa classe. Il ne le permetterait pas... Quant à Watnabe, en plus de sa chevelure, cet oiseau démontre de nouvelles singularité pour lesquelles Thorn ressent une curiosité graduelle. Quant à Miller, Thorn devrait prendre garde à ce jeunot en dérive. "Si c'est en votre auguste noirceur qu'il fonde ses espoirs, il devrait vite changer d'étage..." Humble moquerie. Mais une arrière pensée sur le jeune Miller, ou plutôt ce qu'il incarne, râpe la caboche du né-moldu. Esprit corrompu des jeunes appâtés, séduits par la magie noire. Naive aspiration, impétueuse ambition, sans réaliser l'étendue de leurs actes. Les séquelles traumatiques et les morts à prévoir. La grande bataille ne semble avoir été qu'un artifice, une fantaisie rayée de l'histoire. Les morts de la dernière guerre ramenés à la vie. Les survivants doivent encaisser cette confrontation et les ressuscités, trouver goût à la seconde vie sans oublier le traumatisme parsemé dans leur entourage des suites de leur disparition.

"C'est bon de vous revoir" Les mots sont largués sans préambule, d'un timbre doucereux, presque tendre, surtout ému. Si en apparence, il n'a dégueulé liesse et euphorie en se faufilant dans la pièce, l'émotion sous le derme est bien tangible. Son regard doit tout autant l'exhiber dans l'opalin de ses rondes prunelles.  Il est heureux de savoir Severus en vie.  Trop vite parti de ce monde, victime des ingratitudes de la vie, allait-il pouvoir profiter, malgré les aléas du présent, de cette seconde chance occasionnée par les frasques de Bellatrix Lestrange? "Pourquoi être revenu ici? " Personnelle interrogation. Si c'est avec allégresse qu'il accueille son retour, il se demande surtout pourquoi? Il aurait pu faire un doigt d'honneur à tout ce qui l'avait rattaché à l'ancienne vie. Repartir de zéro et vivre dans un chalet paumé au milieu des montagnes, à pêcher à bord d'une barque, au milieu d'un lac figé. Il aurait pu dire adieu à l'Angleterre et profiter enfin d'une tranquilité exotique. Pourtant il est là, tout endossé de noir, imperturbable. Toutes ces années balayées par un farceur zéphyr.  Gratouillant le dos du canin, Thorn avale une énième gorgée de thé, sans cesser de fixer son collègue. "Vous ne pouviez résister à l'appel des retenues, des galopins à corriger et des interminables copies à corriger? Ce petit côté masochiste n'a pas réussi à dire non?" Petite touche d'humour pour remonter la pente de la miévreté.

Severus* délaisse finalement son jouet - que Thorn se dépêche de récuper avant que le chiot n'ait la lubie de le reprendre - et couine pour se dégourdir les pattes. Un petit bond loin des cuisses paternelles, et le voici à nouveau à vadrouiller dans la pièce, traînant son museau partout, jusqu'aux nippes sombres de Rogue. Encore? Cela va devenir une habitude. Minipouce se dresse sur ses deux pattes arrières, pattes avant amarrées aux cuisses de la gargouille. Bébé fenrir quémande papouilles. "Tu as une touche..." Puis, déployant un rictus. "Cela fait quelques temps qu'il se cherche une maman...on dirait qu'il a trouvé..." Il va se manger des couleuvres à force de taquiner la chauve-souris.


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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Ven 15 Juin - 15:54


House of the rising sun

ft. Thorn Baggins


Je ne peux m’empêcher de garder l’ombre de mes yeux rivés sur mon vis à vis. Je cherche dans ce visage devenu adulte les traits de l’enfance qui me sont restés en mémoire. Et des souvenirs avec Thorn, j’en ai de nombreux. De trop nombreux, sans doute. Je me remémore un nombre incalculable de soirées où l’on toquait à ma porte de cette façon si particulière que je savais d’emblée qui se tenait derrière la porte. Un petit Thorn Baggins, parfois un livre sous le bras, venu chercher un peu de quiétude dans mon laboratoire. Et aussi surprenant que cela pût paraître, je le laissais faire. L’enfant malmené par ses confrères de Serpentard me rappelait malgré moi un petit Severus malmené par Potter et sa clique… Aurais-je vraiment pu fermer les yeux ?

« La persévérance est maître mot..

- Ne leur donnez pas de conseil par pitié » laché-je d’une voix sourde, en pensant avec un peu trop d’intensité au cas « Joe Miller ».

Je m’attends à ce qu’il relève mon invitation à me dérober lui-même mon trousseau de clef, et je ne me suis pas trompé. Je peux presque ressentir la taquinerie avant qu’elle n’ait franchi la barrière des lèvres de mon collègue. Elle m’arrache un embryon de sourire mais je m’efforce de demeurer impassible.

« Il serait fort importun qu'elle tombe entre de mauvaises mains. »

Je ne peux m’empêcher de répliquer à mon tour, une étrange envie de lui rendre plaisanterie pour plaisanterie. Ce bougre a encore une fois réussi à me dérider. Déjà, adolescent, il avait ce côté taquin qui m’emportait malgré moi dans des joutes verbales toujours plus acerbes. J’avais beau garder ma place de professeur, il était toujours ardu de résister à l’envie de lui rendre ses plaisanteries avec mon air pincé habituel. Mais à présent que nous sommes hommes tous deux, et collègues, il est plus difficile encore de ne pas céder à la tentation de l’asticoter.

« Rassurez-vous, cher collègue, je ne manquerai pas moi-même de dérober un double de votre trousseau pour venir importuner le maître des potions du château à toute heure du jour et de la nuit tout comme il le fut jadis par certains… élèves. »


La conversation roule, de plaisanterie en plaisanterie, jusqu’à la proposition de prendre du polynectar pour aller inspecter les travaux de mon confrère. Celui-ci semble tout à coup bien certain de lui, et je le fixe avec un intérêt renouvelé. J’entends, à son analyse, à quel point je commence à m’éloigner de ce que je fus jadis.

« Vous vous retrouveriez confronter entre votre fierté de réussir la potion et, de fait, vous seriez immanquablement grillé, ou d'en échouer la préparation. Dans les deux cas, je trouverai bien raison pour avoir le plaisir de vous ôter quelques points »

Je songe là qu’il y aurait matière à un intéressant exercice d’infiltration et que ce défi pourrait sans doute être aussi un intéressant travail. Rendre une potion toujours meilleure est largement dans mes cordes, mais qu’en est-il de faire une potion standard, dans les clous, qui ne dit rien de son potionniste sinon qu’il sait lire une recette. Une fois n’est pas coutume, je fais mine de rendre les armes.

« Vous avez sans doute raison. Je serais probablement trahi par mes préparations. »

… Mais ça ne m’empêchera certainement pas vous embêter, cher Thorn.

Un nouveau sujet de conversation qui roule, roule. Je me sens, malgré moi, contaminé quelque peu par l’explosif mélange de sérieux et de grivoiserie dont sait faire preuve comme nul autre mon vis à vis. Je le vois se concentrer sur la liste que je lui ai confiée. Sur son visage s’est dessiné un masque d’empathie pour Solveig E. Beurk, une ride de préoccupation pour les relations délétères entre Avery et Stevens. Un bref éclat d’intérêt pour Watnabe, et enfin, une réponse de vive voix concernant Joe Miller. Je sais que ce cas là le touchera sans doute particulièrement : c’est de petits Joe Miller qu’il a eu à souffrir toute sa scolarité durant.

« Si c'est en votre auguste noirceur qu'il fonde ses espoirs, il devrait vite changer d'étage.. »

Je laisse un petit grognement indescriptible s’échapper, à mi-chemin entre l’agacement et le rire étouffé. Mon collègue a manifestement compris le problème à la perfection. Je ne sais jamais si je dois me réjouir de voir son esprit si pénétrant ou m’en inquiéter au contraire.

« Le jour où Monsieur Miller abandonnera tout espoir infondé, sera un grand moment pour le monde de la magie... »

Ou tout du moins pour lui-même. C’est à ce moment d’abandon que le coup de grâce est porté. La voix de Thorn s’élève à nouveau dans le bureau pour lâcher la phrase la plus improbable qui soit. Un élan du coeur auquel je ne m’attendais pas, et qui me laisse interdit, sans voix.

« C’est bon de vous revoir. »

Je suis figé sur place, la main sur l’anse de la tasse, à mi-chemin entre la soucoupe et mes lèvres. Par chance, la tasse est presque vide et l’interruption de mon geste ne cause aucun dommage. Je me sens soudainement démuni, tout comme je me serais senti démuni s’il m’avait demandé pourquoi ce baiser. Un sentiment diffus de chaleur se propage au fond de ma poitrine. Je ne saurais dire ce qu’est cette impression, ne possédant pas les mots adéquats, mais si Lily était là, sans nul doute pourrait-elle m’aiguiller sur ce que je ressens. Il paraît que cela s’appelle le bonheur. Une certaine forme en tous cas.

Le gredin laisse de côté son espièglerie pour une nouvelle question, tout aussi troublante que l’assertion précédente. « Pourquoi être revenu ici ? » Je ne puis tout de même pas lui avouer que je n’en sais rien. Ou plutôt que je ne sais que trop bien pourquoi je suis là, et que les raisons n’ont rien de glorieux ? Je ne peux décemment pas ouvrir mon coeur à ce point, pour en extraire ce que je n’ai pas même osé dire à Lily. Pas devant mon ancien élève.
Pas devant un homme que j’ai accueilli d’un inexplicable baiser volé.

« Vous ne pouviez résister à l'appel des retenues, des galopins à corriger et des interminables copies à corriger? Ce petit côté masochiste n'a pas réussi à dire non ? »

La plaisanterie m’apaise, étonnamment. Elle m’offre une porte de sortie toute prête, les Champs Elysées de la fuite verbale. Alors pouquoi ne m’y engouffré-je pas ? Je demeure là, hésitant, silencieux. Seuls les jappements de mon homologue canin troublent l’étouffante quiétude qui s’est installée dans le bureau. Les lys indolents flottant dans l’eau ne me semblent plus diffuser qu’un parfum lointain mêlé d’effluves de thé qui me retournent à présent l’estomac. Je crois que jamais mon trouble ne s’est manifesté si violemment, et, une fois encore, si Lily avait été là, elle aurait pu mettre un mot sur cette sensibilité nouvelle. J’imagine sans peine sa voix docte et douce à la fois « de l’angoisse, Sev’, de l’angoisse ».

Je sens un poids sur ma cuisse. Un petit chiot s’est hissé sur ses pattes arrières pour venir à ma rencontre. Je repose ma tasse, enfin, et sort de cette torpeur déplaisante pour caresser l’animal avec une grande douceur.

« Tu as une touche... »

Le tutoiement me désarçonne un peu plus, encore, si cela est possible, et je commence à me demander si Thorn ne cherche pas à me faire réagir, inquiet de mon mutisme soudain. Mais je ne dis toujours rien, et flatte le crâne et le cou du chien d’une longue main blanche que je peine à reconnaître comme la mienne. Je me sens déconnecté de la situation présente, comme ailleurs. Un boucan sourd et étouffant s’élève dans mon esprit sans que je ne puisse le contrôler tout à fait, et si je n’avais cette exceptionnelle maîtrise de moi, le masque se serait probablement fendillé pour verser une larme. Mais les digues ne cèdent pas.

Ni larmes, ni mot.

Taquin, sans que je ne sache si Thorn a remarqué mon trouble ou non, il reprend ses pitreries avec le même entrain.

« Cela fait quelques temps qu'il se cherche une maman...on dirait qu'il a trouvé... »

Je laisse tomber un soupir imperceptible pour qui n’a pas l’ouïe prodigieusement fine. Je laisse mes doigts errer encore un peu dans l’épais pelage du petit Severus. Un jappement joyeux s’échappe de sa gorge avant qu’il n’estime avoir reçu assez de câlins et retourne voir son maître.

Je relève le visage vers Thorn, le regard indescriptible. Je ne sais par laquelle de ses assertions commencer. Je n’ai qu’une phrase à dire. Une seule à laisser tomber. Je la choisis avec soin, le visage neutre, le coeur bouillonnant d’étranges émotions. Ma voix est un peu vacillante.

« Je suis tout d’abord revenu parce qu’il n’y a rien d’autre que je sache faire. »

Je tais la suite. Je tais les tourments de mon cœur. Je tais mon incompréhension d’être à nouveau de ce monde : qu’ai-je donc fait à Potter pour qu’il me prive même de mon dernier sommeil. Je tais ma lassitude quant à la guerre qui gronde. Je tais ma rencontre avec le Seigneur des Ténèbres. Je tais le désir que j’ai de partir au loin sans jamais revenir. Je tais cette peur lâche qui m’empêche de le faire en abandonnant la seule femme que j’aime. Je tais les élans de mon âme à chaque fois que je croise Lily. Je tais la cascade d’or vermeil de ses cheveux sur ma peau, sur mes doigts, sur mon visage. Je tais l’envie tenace de lui avouer que je suis fier de ce que lui est devenu. Je tais toutes ces choses le temps pour un papillon de battre des ailes et faire naître un cyclone à l’autre bout du monde. La seconde passe, la tempête naît. Avec lenteur, je me lève et vais chercher, sur mon étagère, un livre flambant neuf dont la tranche, pourtant, a été singulièrement abîmée par une lecture attentive. Il s’agit des derniers travaux de Thorn que j’ai passé deux nuits à annoter comme j’avais coutume de le faire de ses copies et essais, et que je m’apprête à lui rendre. Je contourne mon bureau, me rassieds et pose le livre devant lui dans un geste d’une étonnante douceur.

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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Dim 17 Juin - 15:26


La conversation virevolte entre douces plaisanteries et imprudentes espiègleries. Thorn ne se doute nullement de la pente que va prendre leur conversation. Ce qui survint, le né-moldu n’aurait toutefois pu le prédire. Et c’est tombé des nues qu’il va se voir confronter à cet assaut d’émotions. Ainsi, lorsqu’enfin, il s’aventure sur la pente délicate de ses pensées, le silence rebondit à ses paroles. Thorn s’en étonne et, relevant ses prunelles d’une bleue ecchymose vers le sang-mêlé, sursaute à l’image qui s’ébauche devant lui. Un homme muet, plus fragile qu’il ne l’a jamais été. Les remparts s’effondrant finalement. Ses propos eurent l’effet inverse de ce qu’il aurait espéré. Une réaction aux antipodes. Une goutte de trop dans un vase déjà trop rempli.  Un raz-de-marée surgissant par surprise.  L’ancien mangemort est ainsi paralysé, figé dans le temps, en proie à quelques énigmes intérieures dont Thorn ne saurait déchiffrer la cause.  Il tente alors d’en changer la donne, badinant quelques futilités, soupirant malice et rocambole. Rien n’y fait. Severus Rogue demeure léthargie sur sa chaise, ensablé dans un profond mutisme. Le malaise, l’inquiétude et la curiosité percent la douce euphorie qui siégeait jusqu’alors depuis leurs singulières retrouvailles. Thorn ne saisit la portée de ses mots. S’angoisse d’avoir largué une mièvrerie inopinée.

Pourtant, des mots finissent par crever ce gênant silence.  
"Je suis tout d’abord revenu parce qu’il n’y a rien d’autre que je sache faire".
Chaque syllabe transpire d’une ivresse alarmante.

Thorn reste interdit. Ce n’est pas tant les paroles qui l’agitent en son fort intérieur,  mais la manière avec laquelle son homologue vient de s’ouvrir à lui. L’homme semble brisé, fourbu. Harassé par le poids d’une indicible fatigue. Une vision qu’il ne lui a jamais été offerte de voir. Le galbe usé, flétri par les mésaventures d’un temps qu’il pensait derrière lui. Severus Rogue s’affiche au plus fébrile de lui-même, la carapace de son esprit défaite. Une bouleversante peinture qui agite l’ancien élève. Des fourmillements picotent sa caboche. Un émoi virulent. Le désir impulsif de se lever, dévorer les quelques mètres qui le sépare du corbeau morfondu, et de l’étreindre au creux de ses bras. Ce qu’aspire souvent les naufragés. Le réconfort en la compagnie chaude et bienveillante d’un autre. Mais Severus n’est pas comme tout le monde. Alors Thorn balaie cette envie dans un coin de son esprit et affiche mine affable.

« Vous pouvez prétendre à bien des choses, sauf à votre incompétence… » La voix se faufile dans l’air avec une clémente tendresse. Se courbant, posant coudes sur cuisses et croisant les doigts dans le vide, il contemple son ancien professeur d’un regard magnanime. « Faire croire à des choses toute une vie durant et musser ses sentiments pour le bien des autres est un fardeau douloureux » Il sait, comme nombreux, le rôle que tenu l’ancien mangemort par le passé. Des quelques mots avoués par Potter. D’autres, confiés par des membres de l’ordre. La vérité éclatant au fil des décennies, sur le serpent le plus courageux que la maison Serpentard eut accueillie en ses écailles.

« Vous êtes l’homme le plus courageux qu’il m’a été donné de voir » Peut-être pas sur le moment même, pris dans un étau de colère contre son professeur lorsqu’il aperçut l’éternel arabesque sur son avant bras. Nullement aussi des jours qui suivirent, adolescent encore endeuillé par le décès de sa moitié, bien trop sensible au moindre sursaut de sa vie. Notamment furieux contre l’attitude de son professeur, devenu distant, énigmatique et froid. Ni quand le drame s’épancha sur toute l’Angleterre. Dumbledore assassiné. Encore moins lorsque Severus présida l’école en l’étiquette de nouveau directeur. Il ne comprenait tout simplement pas. A l'époque. Le fil des choses se dérobant à la hâte, délaissant dans leur sillage moult questions auxquelles Thorn ne reçut que trop tard des réponses. Severus Rogue était déjà mort, trépassé sous les crocs de son prétendu maître, lorsqu’il reçut ces inavouées réponses. Des membres de l’ordre et  du trio rougeoyants. « Je regrette de l’avoir remarqué trop tard… » Murmure émoussé par les regrets. Peut-être aurait-il pu changer la donne ? De sa juvénile patte, modifier le cours de l’histoire en sauvant une précieuse vie ? En arrachant l’adulte qu’il chérissait tant d’une une mort certaine. L’imagination fondée de « et si, et si ? », entraînant l’esprit dans une sphère infernale d’actes manqués.

Le directeur des serpents se redresse sans mots et se dirige vers ses étagères, intriguant son nouveau collègue, encore chamboulé par les émotions mis à nue. Jamais opposé à ce faciès de Rogue, il demeure étourdi, presque nauséeux d’une bourrasque effervescente, les émotions faisant pirouette dans le crâne. Mais pas moins que lorsque revient s’asseoir Severus, déposant des livres sur le bureau. Des livres dont il n’eut à regarder longtemps pour en reconnaître les contours usés par des inlassables lectures, la couverture ravagée par le pétrissage de phalanges curieuses et avides.  « Ah… » Le souvenir des interminables soirées savourées en la présence de son professeur jaillissent. Il pourrait presque se fendre d'une larme à l'émoi dégueulé du myocarde pris de court. Ces livres. Ces souvenirs. De ces fois où il lorgnait, curieux, le maître serpent en pleine préparation d’une potion tue loup, agrippant le bord d’un chaudron pour en renifler l’odeur d’un museau appâté. Des soirées fourbues où il s’endormait sur son livre, dans un coin du bureau et que la chauve-souris ne lui en tint rigueur, le laissant au bras de Morphée. Des trop nombreuses soirées dilapidées dans la tour d’astronomie, mirant quinquets ébaudis vers la voûte céleste, une main tenant la baguette embrasée d’un lumos et l’autre main occupée par un bouquin et, soudain, surpris par un ballet de pans noirs à l’incursion d’un professeur roulant des yeux à sa vue. Tout particulièrement d’un jour particulièrement fielleux où quelques vipères lui firent embuscade. Il se rappelle clairement de sortilèges glaviotés, des tourbillons de fumée et surtout, d’une crise d’asthme qui le hissait doucement vers les limbes de l’inconscience. Une de ses émules ayant cru bon de casser son inhalateur, narguant sa carcasse avachie au sol, secouée de spasmes. C’est en l’arrivée in extremis de son directeur de maison qu’il put compter. Peut-être serait-il mort aux actes imbéciles de ces idiots finis si Rogue n’était pas intervenu à temps. Qui sait ? Il se rappelle de l’étreinte chaude et réconfortante, blotti dans les bras plus robustes qu’il ne l’aurait cru de son aîné, qui l’amenait à la hâte à l’infirmerie. D’une figure paternelle associée à cet impassible visage que nombreux étudiants vilipendaient, traumatisés par les bons soins de l’auguste chauve-souris. Thorn se rappelle de tout, et surtout de ces livres qui ont façonné son appétence pour les potions. Mais surtout, Thorn revoyait l'esquisse d'un timide baiser volé à l'adulte. L'un corrigeant des copies de Serdaigle, l'autre contemplant, d'une lecture inattentive, les contours marqués du renfrogné visage. Un sursaut, une impulsion. Se hissant par-dessus le bureau, il avait arraché mine consternée chez son professeur en scellant ses lèvres jeunes, tendres et rosées contre la bouche surannée. Surpris par sa propre audace, il se souvient de sa débandade loin du bureau, ne laissant l'occasion à Rogue de rétorquer quelques injures. Typhon de souvenirs enfiévrés enracinés dans les méandres de sa boîteuse mémoire.

« Vous avez bien pris du temps pour les corriger…professeur » L’étiquette roule sur la langue d’un timbre vacillant, presque trop doux. Blâme ludique. Lentement, il s’étire loin de sa chaise et se saisit d’un livre, ému par ces inopinées retrouvailles. Le contact du bouquin entre ses mains lui rappelle les labeurs d’antan. « Je dois m’excuser pour le travail supplémentaire dont vous avez été la malheureuse victime » Sourire en coin à l’irrépressible faim qui le tenaillait pour ce cours, et la cascade de questions qui chutaient hors de sa bouche, à l’adresse d’un professeur déjà bien occupé. Debout et effleurant le bureau, le né-moldu courba l’échine pour darder un énigmatique regard vers l’émouvant luron. « Il me faut vous remercier pour la patience, la tolérance et la charité que vous avez allouées au désinvolte galopin que je fus par le passé… » Un coup de folie.  Sans permettre le temps d’une réaction, Thorn s’est faufilé jusqu’à son flanc latéral. Avec la plus grande douceur du monde, il  saisit le pâlot menton du bout de ses longues phalanges et soulève la trogne pour en saisir les délicates babines dans un baiser plus travaillé que celui de sa lointaine jeunesse. Quelques secondes, le temps d’une tendre pression entre leurs vétustes lèvres. D’un souffle chaud perdu entre les minces ouvertures, dans l'ergastule fiévreux de la bouche consternée. Le toucher des lèvres fantasmées l'enivre. Un exaltation qui le grise, un peu de trop. Elan dominant dans l'acte téméraire. Et si l'envie le tiraille de mener le ballet endiablé à l'échelon suivant, la raison cogne les illusions avec une violente ardeur. L'acte s'achève aussi vite qu'il s'est entamé lorsqu'il s’écarte d'un pas en arrière, relâchant l’homme et prenant une distance de sécurité avant que ne tempête l’effarouché. « Ne m’en veuillez pas trop, vous étiez bien trop irrésistible pour qu’un homme comme moi résiste à la tentation… » Boutade qui s'oblige canaille. Un homme comme lui… Un homme aimant les hommes. Un roméo jadis éperdu comme un oiseau transi pour l’illustre corneille. Un homme ému des inopinées retrouvailles.

OUAF!
Severus junior brise cette tension d’humeurs, mécontent d’avoir été délaissé, en couinant quelques aboiements à l’adresses des deux bipèdes. Le chiot trottine jusqu’à son maître, qui le récupère dans ses bras, toujours debout, de l’autre côté du bureau, se tâtant de mettre fin à cette réunion, pour le bien de ses sentiments. Des papillons naissant au creux de son ventre. L’embuscade d’un nouveau baiser n’était clairement pas au programme.



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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Lun 18 Juin - 22:18


House of the rising sun

ft. Thorn Baggins


Je ne sens que le velours de lèvres posées sur les miennes. Une impression des plus étranges que celle-ci. Entrouvertes, passionnées et pressantes, elles laissent passer le souffle chaud et rauque de désir de mon vis à vis. Son haleine filtre jusque sur mes dents avec la légèreté d’une brise tandis qu’il se dégage et recule vivement comme s’il avait peur de se faire frapper. Peur justifiée, à vrai dire, mais je suis sans doute trop partagé entre l’ébahissement, un vif refus et un vague ‘et pourquoi pas ?’ qui se battent en duel dans mon crâne. Je ne l’avais pas vu venir, celle là, mais j’aurais sans doute du. A trop le taquiner, je risque bien de souffrir de quelques brûlures à mon tour. Et la flamme dévorante de sa passion, je la sens encore sur ma bouche avec un peu trop d’insistance à mon goût. Il me faut quelques instants pour reprendre pied. Pour me souvenir du fol jeu qui nous a menés jusqu’à cet instant précis où j’ai senti tomber sur moi l’ardeur de ses sentiments tandis que je demeurais touché par son geste mais incapable de lui rendre cet amour fou et passionnel dont ma présence en ce château a ravivé les braises.

Entre nous, sur le bureau, les livres qu’il a écrits et que j’ai lus avec une attention intense. Dans ses yeux, l’éclat du désir flamboie, haut et fort. Je n’ai jamais été regardé ainsi sinon par Lily, il y a quelques nuits de cela. Je me sens légèrement mal à l’aise d’être ainsi l’objet d’un fantasme, ne sachant bien ce qu’on peut me trouver. Joe Miller ne me voyait pas moi mais voyait un être en représentation, un épouvantail que l’on agite à la face du monde. Je sais que ce n’est pas le cas de Thorn. Je sais qu’il fait partie des très rares êtres à pouvoir se targuer de me connaître, au moins un peu.

Je me sens vaciller. Non pas d’un amour coupable pour celui qui fut jadis mon élève, mais sous le coup de la même tendresse que m’a inspiré Regulus Black lors de nos dernières recherches. Je vais vraiment finir par le croire lorsqu’il impute cette sensibilité nouvelle à une erreur de dosage magique de Potter. Je hais que le contrôle puisse m’échapper, or, il est évident qu’il m’échappe.

Le jappement sonore du petit malinois me force à me reconnecter avec le moment présent. Béni soit la présence d’esprit canine qui intervient toujours au bon moment. Je recompose, à l’aide de cette brève symphonie, le fil ténu de ma conscience. De fin brin de soie j’en fais une chaîne d’acier. Ma mine, sur laquelle devait se lire avec un peu trop de transparence, ma stupéfaction, redevient plus neutre, quoi qu’adoucie. J’attrape l’anse de la théière et ressert Thorn avant de vider le contenu du récipient dans ma propre tasse. Je pousse un soupir à mi-chemin entre le soulagement et la lassitude.

« Tu devrais te rasseoir, Thorn, je n’en ai pas tout à fait fini avec toi. »

Je suis satisfait de constater que ma voix ne vacille pas. Si elle demeure plus douce qu’à l’accoutumée, presqu’un murmure bas donc les graves roulent autour du silence, au moins est-elle assurée et dépourvue des accents rauques du désir et de l’excitation que j’aurais pu y redouter. A vrai dire, je ne suis pas accoutumé à m’entendre parler moi-même de façon si posée. Quelque part, je m’en trouve rassuré.

Le tutoiement ne m’a pas échappé, contrairement à ce qui pourrait sembler. C’est un choix que j’ai fait rapidement, comprenant, peut-être, qu’il était urgent de cadrer les choses, de ne pas laisser mon ancien élève s’enferrer dans un espoir fugitif et destructeur, ni de me laisser être pris au piège de l’homme le plus enjôleur que je connaisse.

« Tu m’as mal compris, je crois. Je ne suis pas ici parce que je me pense incompétent. Je suis revenu parce que Poudlard est la seul vie que j’ai connu en tant qu’élève puis en tant que professeur, et que je ne sais pas encore comment vivre autrement. »

Mais j’apprendrai, et je sais très exactement qui peut m’y aider. Elle est jolie, rousse, vive et mariée. Ce dernier point n’est, à mes yeux, qu’une formalité administrative si j’en juge par l’évidente harmonie et l’incroyable complicité que j’ai ressentie en me perdant dans ses bras. Je me sens porté à la confidence avec Thorn. Je m’efforce donc de demeurer prudent. S’il n’y avait eu Lily, aurais-je cédé aux avances de cet homme pétillant de passion et plein de fougue ? Je ne sais moi-même, mais il ne laisse pas mon cœur indifférent. J’éprouve pour lui de cette folle tendresse qui me pousse encore à vouloir le protéger comme s’il était un enfant. Si j’en juge par la douce ardeur de son baiser, il est évident qu’il ne l’est plus, et qu’il me faudra bien me mettre à la page de peur de finir dans son lit par un accès de faiblesse. J’ai un léger sourire qui disparaît bien vite derrière un masque endurci par les ans.

« En outre, je suppose que j’ai la responsabilité, tant que je suis ici, d’apprendre à ces enfants à se défendre. »

Je demeure songeur. Prêt à laisser échapper pour Thorn mon véritable sentiment sur la situation. Mais j’hésite, je le sais profondément touché par la mort de sa sœur. Je ne sais s’il pourrait comprendre. Peut-être le peut-il ? Peut-être ne pourra-t-il l’entendre. S’il ne le peut, cela pourrai définitivement l’éloigner de moi…

« Je ne suis pas courageux. Je ne l’ai jamais été. Je me suis battu par aveuglement pour le Seigneur des Ténèbres. Je me suis battu ensuite pour expier de mes crimes passés et recomposer un semblant d’âme. Y suis-je parvenu ? Je n’en sais rien, et n’en saurai probablement jamais rien. Que puis-je faire aujourd’hui sinon armer les générations futures afin de leur permettre de survivre ? Car je ne monterai pas au front, Thorn. Ni d’un côté, ni de l’autre. »

Je me sens désormais comme ce vieil orme patient, dont les racines plongées dans l’eau n’attendent que de faire naître une nouvelle génération abritée par son feuillage, tout d’abord, avant que leurs jeunes rameaux ne croissent vers les cieux. Je suis une légende. Puissé-je le rester : lointain et désincarner, un fantôme dans les récits, une image que l’on agite mais qui n’a guère plus d’impact sur les batailles à venir. Je sais, pourtant, que Potter comme le Seigneur des Ténèbres ne dédaigneraient pas d’agiter un Severus Rogue en guise de porte-étendard. Mais les seules couleurs que j’ai envie d’arborer sont d’or rouge enflammé et de jade profond. Les couleurs de mon aimée.

Je porte la tasse à mes lèvres et ose enfin regarder droit dans les yeux mon vis à vis. Je devine plus que je ne le vois, le bouillonnement de ses sentiments. Je suppose qu’il doit être partagé entre le sérieux de la conversation, la folie de son geste, et l’envie toute personnelle de trouver une plaisanterie à caser pour détendre l’atmosphère. Je crois, avec le recul, que lui comme moi sommes troublés, et je ne sais si retrouver le cours d’une conversation sérieuse nous aidera ou, au contraire, nous fera basculer tous deux. Je ne peux toutefois me taire.

Je me lève avec une certaine lenteur pour venir m’adosser au bureau, tout proche de Thorn, je pose une main sur son épaule, sans le lâcher des yeux. Deux pupilles vives dans lesquelles je pourrais être tenté de me perdre. Une courbe de la mâchoire que je pourrais être tenté d’effleurer dans un signe d’excuse et de volupté mêlées. Je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je puis déminer la conversation. Je me sais fautif des espoirs qu’il entretient tout comme je me sais fautif de cette coupable tendresse éprouvée pour lui. Une faiblesse aurais-je sans doute dit dans une autre vie, en d’autres temps, à d’autres occasions. Je ne sais pas exactement vers quelles contrées s’égarent mes sentiments pour Thorn. Je ne suis pas certain de vouloir avoir de réponse précise, à dire vrai : j’ai sans doute un peu peur de découvrir une tendresse trop grande pour n’être que de l’amitié, et un souffle trop suave pour écarter toute tentation de la chair. Je lâche dans un souffle :

« Je suis désolé, Thorn. L’affection que j’éprouve pour toi n’est probablement pas celle à laquelle tu aspires. »


Parfois, je maudis mon cœur de s’être donné tout entier à Lily. A vrai dire, je l’ai maudit de nombreuses fois. j’aurais pu basculer dans la haine de lui avoir tout donné pour n’en retirer que la mort lors de ma résurrection, mais Lily a su si bien s’emparer de mon âme et de mon coeur à mon retour en désamorçant la situation que je ne pense plus pouvoir me défaire du piège qu’elle a tissé pour moi. D’aucuns auraient dit « c’est une sorcière ». Je répondrais sans doute « c’est une enchanteresse. »

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MessageSujet: Re: house of the rising sun [terminé] Sam 23 Juin - 11:45


Les muscles se braquent lorsque l'échappatoire se voit éluder aux doux propos de son homologue. Sincèrement…il aurait préféré prendre la porte et se perdre dans le dédale des couloirs afin de  temporiser ses soudaines ardeurs. A la place, Thorn concède et reprends siège face à son aîné. Toujours blotti entre ses biceps, le miniature canin lâche un glapissement heureux. Severus s’aventure alors dans un palabre fébrile, où les mots se cognent à l’esprit d’une réalité pessimiste. Propre à se noyer dans une vision nébuleuse, l’homme montre peu de goût à l’auto-mérite et dévoile alors toute l’étendue de ses regrets. Le désir ferme de rester neutre aux prochaines escarmouches fend l’air comme une muette prière. L’appétence profonde d’un être pour se décharger de toutes responsabilités, l’échine trop fourbue pour perpétuer l’épopée, la caboche râpée jusqu’à l’os des aléas de la vie. C’est triste mais compréhensible. Rogue appartient à un autre temps, une époque révolue. L’acte de Potter résonne presque comme une indicible cruauté pour les morts ressuscités. N’est-il pas infamant d’arracher les pâles endormis à cet éternel sommeil ? Certains, partis prématurément, doivent gratifier l’orchestre de cette manœuvre d’un excès de reconnaissance. D’autres, malmenés, rudoyés par un passé ingrat, ont peut-être vu en cette renaissance une injuste punition. Raboulés dans un présent bafoué par les forces du mal n’offre aucune opportunité de renouveau et d’équilibre entre la mort et la vie. Un peu comme introduire des pièces d’un puzzle dans une autre fresque. Ça coince quelque part...

La redondance de plaisanteries est un instant oubliée. Droit sur sa chaise, Thorn songe que la Vie est bien plus vicieuse que la Mort. Imprévisible, canaille, éparpillant poussière de bonheur ou de chagrin selon ses humeurs. Elle racle la glèbe en un zéphyr cannibale. A ce fait, il n’y a rien à dire. Simples pions sur l’échiquier éphémère, ils n’ont qu’à subir, boiteux mortels,  et digérer les vissitudes du quotidien. Jusqu’à ce que dans élan compatissant, Dame Faucheuse les déchaume de l’humanité.

Liquéfiés, figés par le trouble battant, le né-moldu débourse un sursaut lorsque s’agite son collègue. Se délogeant de son trône, ce dernier vient prendre place sur un coin du bureau, juste à ses côtés, posant une paluche sur son épaule. Alors, lorsque les deux topazes se perdent dans les calots de son aîné,  qu’une lueur curieuse est captée au creux des sombres pupilles, Thorn sait qu’il va modestement apprécier la conclusion. Pourtant, l’utopie est vaine et la réalité claire comme de l’eau de roche. Il sait, au plus profond de ses entrailles, la vaste farce d’un tel théâtre. Alors, quand la sincérité s’articule au bout des séniles lèvres, un sourire s’échafaude sur le minois de l’infortuné.

"Je suis désolé, Thorn. L’affection que j’éprouve pour toi n’est probablement pas celle à laquelle tu aspires"

Bien sûr. C’est évident. Les mots crèvent l’utopie jusqu’alors escomptée. L’espoir faisant vivre s’éclate sous le sourire façonné par un besoin violent d’occulter ce désabusement.

« Je sais… »

Il n’est besoin d’en dire plus. L’envie se débande. La comédie se boucle dans un épilogue douloureux. Aigu, le ton est mis et Thorn doit l’accepter. La conversation reprend au rythme de plaisanteries et de banalités dans une chancelante envie de changer l’humeur et dissiper le trouble d’une inopinée rencontre.

Ce soir serait scandale. La boisson coulerait à flot au coin d'un bureau où s'éveillerait les souvenirs d'une jeunesse affamée. Et pour rayer les gênes occasionnées plus tôt dans la journée, Thorn picolera jusqu'à sentir ses sens s'engourdir et que les limbes le tireront dans une douce étreinte dans l'inconscience bienheureuse.

[TOPIC TERMINE]
Dernier vendredi de janvier

Suite: show must gon on (premier lundi de janvier)


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