la drôle de vie du bibliothécaire [libre]
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MessageSujet: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Mer 7 Mar - 17:13
 
La drôle de vie du bibliothécaire




Il ne pensait pas qu'un jour il reviendrait fouler le sol de Poudlard, ni même respirer l'air pur des montagnes qui l'entourent. Voire même de respirer tout court...
Encore tout récemment, il était mort.
 
 Si encore aujourd'hui il avait des flashes sur ce qui lui était arrivé dans la caverne, Regulus Black faisait tout son possible pour refouler ses souvenirs de ce moment précis. En aucune façon il ne désirait revivre sa tragédie. Chaque fois qu'il se forçait à chasser ces réminiscences, il devenait sujet aux migraines et cédait à la mauvaise humeur.
"Penser au positif pour chasser le négatif" était un conseil qu'une infirmière de Ste Mangouste avait eu la courtoisie de lui donner après une auscultation. Si au début Regulus avait accueillit ce modeste conseil avec rigidité, il ne put qu'admettre son efficacité après quelques essais. Il chercha même un moyen magique d'améliorer cette idée afin de chasser plus efficacement les mauvais souvenirs et leurs redoutables effets secondaires. Comme si un sortilège pouvait avoir le même effet qu'un médicament, Regulus avait avalé des montagnes d'ouvrages traitant sur les souvenirs, la psyché et la magie.   
Finalement, après des jours de recherches, la seule chose de vraiment convaincante sur le sujet traitait du sortilège du patronus. "Projeter des forces positives - comme l'espoir, le bonheur ou le désir de vivre - contre des forces maléfiques pour les chasser".  C'était vrai pour les Détraqueurs, ou pour les Moremplis, mais Regulus avait lu que cela pouvait être également efficace contre la magie noire.
Sortant le nez de son livre, il se mit à réfléchir. Le médicomage lui avait expliqué qu'il ne comprenait pas vraiment d'où venait ces réminiscences mais que cela pouvait avoir un lien avec cette affreuse potion qu'il avait ingurgité dans la caverne des Inferi. Dans la mesure qu'elle faisait ressurgir les pires souvenirs de la vie de quelqu'un, torturant l'esprit de cette personne jusqu'à la folie, il était donc possible que Regulus soit victime d'un regrettable effet secondaire.  
Lorsqu'il a envoyé un hibou au médicomage pour lui expliquer sa théorie, ce dernier lui avait répondu qu'il était effectivement possible d'user du sortilège du patronus comme thérapie. Seul hic : Si Regulus connaissait pas mal de choses sur la théorie, la pratique de ce sortilège n'avait jamais été son fort.
 
Heureusement, sa requête pour occuper le poste de bibliothécaire à Poudlard avait été accepté. Il pouvait tout à loisir compulser les antiques ouvrages de cet endroit et pouvoir s'exercer à la pratique du sortilège dans le calme. Enfin... si les élèves le lui permettaient.
Regulus se rendit rapidement compte que rien n'était aussi simple qu'il n'y paraissait. Tout d'abord, l'esprit frappeur de l'école, Peeves, avait délaissé une de ses activités favorites (écrire des obscénités sur un tableau d'une salle de cours) pour aller caqueter au dessus de sa tête et chanter des grossièretés. Peu ravi par cet accueil douteux, Regulus en avait fait appel au Baron Sanglant, le fantôme de la maison Serpentard.
Pensant enfin souffler, notre sorcier avait été consulter les ouvrages qui l'intéressait avant de tomber, une heure plus tard, sur un groupe d'élèves de troisième année qui travaillaient sur leurs devoirs en se régalant de chocogrenouilles, patacitrouilles, fondants du chaudron, fizwizbizs et autres sucreries venues d'Honeydukes. Non seulement c'était interdit par le règlement de l'école, mais en plus, du chocolat maculait certaines pages d'un grimoire assez rare. Regulus avait pâli, mais pas autant qu'un des élèves qui avait avalé sa douceur de travers en le voyant apparaître derrière une de ses amies.
- Il me semble qu'il est interdit de manger au sein de la bibliothèque, non ?
- Désolé monsieur, couina une des élèves en rangeant ses patacitrouilles en hâte. On avait oublié. Vous êtes un nouveau professeur ?
L'idée qu'il puisse effectivement être un professeur sembla la terroriser au plus haut point. Pendant quelques secondes, il eut envie de jouer avec cette peur, mais finalement, il se ravisa. Malgré son passé de mangemort, Regulus avait au fond de  lui la tendresse d'un géant de papier plutôt que l'âme d'un démon. Ce qui, au milieu de tout ces livres, paraissait fort à propos.
- Vous avez du bol, je ne suis pas professeur.
Il vit les élèves se détendre et souffler, tandis que chacun d'eux finissait de ranger les objets du délit. Cependant, avec un soupçon de malice sadique, il ajouta d'une voix doucereuse :
- Mais je n'en reste pas moins le bibliothécaire...
Il savoura cet instant où le groupe d'élèves se figea d'effroi, le dévisageant avec angoisse et réalisant que c'était peut être pire que de tomber sur un professeur en pareil endroit.
- Mon dieu..., murmura une élève dont les doigts crispés sur quelques friandises trahissaient une panique grandissante.
Taquin comme pas permis, Regulus décida de s'offrir le loisir de s'amuser un peu avec eux, histoire de leur faire retenir la leçon. D'un coup de baguette magique, il fit léviter le grimoire endommagé jusqu'à lui, puis le fit pivoter de manière à ce que chaque élève puisse bien voir l'objet.
- Regardez-moi ce travail, déplora Regulus en sur-jouant un peu. Du chocolat partout ! Pour du travail de dégoûtant, c'est du travail de dégoûtant. Même un moldu est plus propre ! Je vous tire mon chapeau !
Les élèves se mirent à déglutirent. Regulus prenait son pied à inspirer en eux une certaine terreur.
- Un ouvrage remarquable sur les créatures magiques... voyons... la page sur les loups-garous, gobelins, vampires... même sur la page des strangulots ! Je ne vous raconte pas le travail pour nettoyer vos bêtises.
- Pardon monsieur, on ne recommencera plus, gémit un garçon à sa droite.
- Encore heureux, siffla Regulus entre ses dents. Soyez gentils, déguerpissez ! Je ne veux plus voir vos têtes  de trolls dans les parages de la journée.
Sans demander leur reste, le groupe s'enfuit de la bibliothèque, jetant quelque fois des regards en arrière. D'un coup de baguette magique, Regulus nettoya le grimoire de ses traces de chocolat. Il avait évidemment exagéré sur le problème que constituait la restauration du livre, toutefois, il escomptait sur la frayeur qu'il leur avait fait pour que la nouvelle que le nouveau bibliothécaire de l'école ne plaisantait pas tourne dans tout Poudlard.
Ricanant, Regulus ramena le grimoire dans le rayonnage consacré aux créatures magiques. De là, il pouvait voir, à travers les vitraux de la plus proche fenêtre, une vue magnifique sur le parc de Poudlard, avec au loin, la forêt interdite, ainsi que le terrain où des joueurs de Quidditch étaient en train de s'entrainer. Une vague de nostalgie déferla en lui tandis qu'il se remémorait ses propres années d'étude, où il était lui-même joueur pour l'équipe de Serpentard. Elaborer des plans de vol pour ses coéquipiers, voler sur un balai, attraper le vif d'or... tout cela lui manquait cruellement.
Sur la pelouse du parc, Regulus observait les élèves se prélasser, chatouiller les tentacules du calmar géant, ou s'amuser à faire des duels amicaux. Mais toutes ces minuscules silhouettes insouciantes n'appartenaient pas toutes à des élèves. Certaines étaient des professeurs de l'école, mais d'autres étaient celles d'Aurors postés en surveillances à Poudlard pour s'assurer de la sécurité des élèves, envoyés sur ordre du Ministre de la magie.
Finalement, même si plus quarante ans avaient passé, rien ne changeait vraiment : la guerre était toujours là, et le Seigneur des Ténèbres sévissait pleinement. Regulus soupira. Il ne comprenait pas très bien pourquoi il avait été ramené à la vie, ni même quelle était sa place dans cette époque-ci.  
- Allez, fais de ton mieux, vieux, s'encouragea le jeune homme.
Il détourna les yeux de ce tableau aussi doux qu'innocent, et s'appliqua à faire son travail : ranger les livres, en commander de nouveaux (il lui faudrait réclamer une augmentation de budget pour la dotation en livres !), surveiller les sorties des ouvrages, vérifier ceux qui ne sont pas encore retournés, envoyer un courrier aux élèves qui ont du retard dans le retour de leurs emprunts, ou encore documenter les élèves un peu perdus au milieu de tous ces grimoires et qui ne savent pas trop où chercher. Parfois, il conseillait quelques élèves pour leurs devoirs. Parfois encore, il faisait la chasse aux élèves qui tentaient de braver l'interdiction de mettre les pieds dans la Réserve. Il eut la mauvaise surprise, dans la matinée, de constater qu'un Gryffondor était presque parvenu à enjamber le cordon de sécurité qui interdisait l'accès à la Réserve.
A ce moment là, le jeune homme ne sut dire ce qui lui avait fait le plus plaisir : avoir le loisir de se défouler sur un de ces maudits Gryffondors, d'être parvenu (ô doux plaisir !) à lui faire perdre son pari, d'avoir assis un peu plus sa suprématie sur son nouveau territoire (il faut bien savoir se contenter de peu au début), ou bien de pouvoir enfin donner sa première retenue à un élève. Dans le dernier cas, Regulus ne pensait pas en tirer autant de satisfaction. Il goûtait enfin à ce privilège. Lorsque le Gryffondor quitta les lieux, l'ancien Serpentard bataillait avec sa conscience qui lui dictait de ne pas trop abuser de sa toute nouvelle autorité. Enfin, il fallait bien se trouver quelques satisfactions dans le fait d'être revenu à la vie.
 
Il profita d'une accalmie dans son travail pour se replonger à nouveau dans sa lecture, en quête de toutes les théories sur la pratique des sortilèges. Il aimerait bien, le soir venu, après la fermeture de la bibliothèque, pouvoir enfin pratiquer un peu le sortilège du patronus. S'il pouvait au moins faire apparaitre un patronus incorporel, une belle forme pleine, plus qu'un simple et maigre filet argenté (le plus qu'il avait réussi à produire de toute sa vie d'étudiant), il en serait déjà bien ravi.
Non. Cela le démangeait...
Il observa la bibliothèque depuis son bureau, jetant un coup d'œil au dessus de son livre, et s'assura qu'aucun élève ne puisse le voir et le surprendre. En effet, l'usage de la magie était interdite entre les murs de la bibliothèque, et même s'il en était le gardien des lieux, cela ferait quand même mauvais effet s'il lui-même montrait le mauvais exemple en contrevenant au règlement.
Il renonça une première fois à son projet. Recommençant à étudier en silence, il ne pouvait néanmoins s'empêcher de scruter les aiguilles à sa montre. Les minutes avançaient dans une lenteur exaspérante.
Regulus observa les alentours une nouvelle fois. Il régnait un silence mortel dans la bibliothèque, au point qu'il aurait entendu une souris trottiner à l'autre bout des étagères. Le portrait collé au mur à l'entrée dormait à poing fermé, ronflant presque. Le jeune homme soupira, replongeant avec violence dans son livre, non sans laisser échapper un soupire de frustration.
" Tu n'as pas le droit, tu n'as pas le droit, tu n'as pas le droit..." se répétait-il silencieusement à la manière d'un mantra.
- Par la barbe de Merlin ! pesta-t-il à la troisième fois.
Il ferma son livre de dépit, jeta un coup d'œil aux alentours et sortit sa baguette magique. Sous son bureau, il agita sa baguette, se répétant la formule dans la tête, et tenta de rassembler tous souvenirs heureux ou toutes pensées positives. Parfaitement conscient que ce qu'il faisait n'était pas très correct, le résultat sur son patronus faisait pitié à voir : il était parvenu à peine à produire une vapeur translucide qui s'évanouit dès que sa concentration se relâcha. Le fait de sursauter au moindre bruit, au moindre craquement ou souffle d'un courant d'air ne l'aidait pas.
Finalement, après une demi-heure de tentative, il renonça. Même s'il n'avait jamais su créer de patronus digne de ce nom par le passé, les conditions actuelles pour un essai rendait l'exercice navrant. Il posa sa baguette sur son bureau et cala sa tête entre les bras pour méditer sur le sujet. Pratiquer ce sortilège quand on faisait quelque chose d'interdit et qu'on en ressentait de la culpabilité -même légère- n'était pas la plus brillante des idées. Il n'y avait rien de positif là-dedans. Il n'avait pas d'autre choix que d'attendre le soir, dans sa chambre pour réessayer.
Au fond, c'était bien fait pour lui.
 
Les minutes s'égrenaient à nouveau lentement. Regulus avait l'impression qu'il se passerait encore bien des choses avant la fin de la journée...
Et si il déambulait à nouveau entre les diverses rangées de la bibliothèque ? A moins qu'une rencontre inattendue ne vienne tromper son ennui ?

 


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MessageSujet: Re: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Ven 8 Juin - 22:14
C’était une matinée idéale : la luminosité était belle, la pâleur d’albâtre du ciel jetait des flammes de lumière sur les tables de la bibliothèque depuis le petit jour, et Solveig sentait bien que ce serait une matinée prolifique. Elle attendait déjà devant les porte à l’aurore et s’engouffra dans la bibliothèque dès l’ouverture. Elle n’avait pas de cours de la journée – Samedi oblige – et elle avait donc de grandes ambitions. D’abord, elle achèverait son livre de programmation en SQL, nouvelle publication que lui avait offert Asao lors de leur dernière entrevue. Ensuite, elle se plongerait dans quelques essais de théorie de la magie qu’elle avait repéré, et, avec tout cela, elle avancerait peut-être un peu sur sa grande théorie unifiée de la magie… qui n’était pour le moment qu’à l’ébauche. Cela faisait maintenant six ans qu’elle travaillait d’arrache-pied, tous les jours, à la bibliothèque, se privant de sortie, parfois de manger ou de dormir pour sa grande œuvre, et elle n’en voyait toujours pas la formalisation définitive.

D’aucuns diraient qu’elle était probablement folle de s’échiner autant sur une grande théorie qui n’avait, finalement, que peu de chance de voir le jour, mais la jeune Serpentard n’était pas n’importe qui. Elle n’avait pas le même mode de fonctionnement que le reste du monde. Lorsqu’elle avait une idée en tête, cette même idée pouvait grandir jusqu’à l’obsession et devenir le coeur de sa vie, le noyau de son fonctionnement mental, la ligne directrice de son existence. Elle en oubliait ainsi les vissicitudes du monde : guerre, relations humaines, nourriture et sommeil.

Oh, il y avait toujours l’un ou l’autre qui finissait par s’inquiéter de son état et la forcer à prendre du repos. Elle avait déjà fini un nombre incalculable de fois à l’infirmerie, mais il n’y avait rien à faire. Le pur esprit prenait trop souvent le pas sur le corps.

La jeune fille s’était attablée près d’une fenêtre. Voir le pâle soleil lui donnait bonne conscience. Elle noua ses cheveux en une longue queue de cheval d’ébène à l’aide d’un bracelet qu’elle avait au poignet, et commença son étude du livre de programmation. Elle annotait d’une écriture serrée et penchée le mode de fonctionnement de ce passionnant langage informatique. Un langage qui lui plaisait bien. On déclarait, on décidait de variables, on entrait des données jusqu’à créer une architecture cohérente. Un système clos et total duquel ne s’échappait aucun élément. C’était exactement cela qu’il fallait pour son système unifié de magie. Elle prenait des notes sur un morceau de parchemin en écrivant le plus petit possible par souci d’économie – le parchemin était fait à partir de peau d’animaux, elle ne pouvait s’empêcher de trouver cela arriéré comme procédé.

Notes : le langage SQL et ses dérivés PostGreSQL et MySQL par exemple, sont utilisés pour créer des architectures de base de données.
Postulat : la base de données repose sur un but qui doit être clairement défini. On la construit ensuite autour de ce but afin que les données entrées soient exploitées pour répondre au besoin initial.
Assertion : C’est un système.

Hypothèse : afin de construire notre théorie unifiée de la magie, nous devons définir nos besoins (ici, permettre une libre circulation des pouvoirs et des pratiques grâce à une grammaire magique commune laquelle doit être assez souple pour ne pas brider l’inventivité des mages).
Données nécessaires : se renseigner sur les pratiques sortant du « canon » enseigné à Poudlard
Voir : Sortilèges informulés
Voir : magie sans baguette
Voir : Alchimie
Voir : façon dont les créatures magiques pratiquent la magie

Liste :
- artisanat gobelin
- chant nagin
- pouvoirs des elfes de maison


Elle laissa sa plume en suspens pour s’accorder un temps de réflexion, et vit, au loin, un jeune homme en train de houspiller trois élèves de Gryffondor. Elle n’avait pas la moindre idée de qui était ce gars, mais il semblait en position de force. Un professeur ou un bibliothécaire, peut-être ? Solveig ne faisait jamais très attention aux gens de son entourage. A vrai dire, quand il y avait trop de monde, elle s’en trouvait même parfois angoissée. Elle se gratta négligemment le bout du nez avec l’extrémité vierge de toute encre de sa plume, puis elle décida de varier un peu les plaisirs. Elle laissa ses affaires en plan pour aller chercher un lourd ouvrage de théorisation de la magie. L’ouvrage expliquait à grand renfort de précision la théorie de fonctionnement de leurs pouvoirs magiques : chaque sorcier avait en lui la possibilité de recourir à deux sources de pouvoir. La première était son environnement, ainsi un aguamenti avait plus de chances de fonctionner aisément en Ecosse où l’air été humide plutôt que dans le Sahara. C’était du bon sens, naturellement, mais Solveig était bien placée pour savoir que la magie avait tendance à faire oublier le bon sens aux sorciers. Elle en voulait pour preuve les décès dus à la grippe à Sainte Mangouste l’année précédente alors qu’une bonne vaccination moldue aurait réglé le problème… La mort la plus stupide du monde, juste après l’accident ménager pour cause de jouet mal rangé, naturellement.

Solveig reprit sa lecture en fronçant les sourcils. La deuxième source de pouvoir était le noyau magique du sorcier, sa force intérieure. Ainsi, en dépensant suffisamment de sa propre énergie, il pourrait sans doute lancer un aguamenti en plein désert… Mais l’eau qui en sortirait serait sans doute produite à partir des richesses du sous-sol, d’éventuels cactus voire du corps du pauvre sorcier lui-même qui se déshydraterait ainsi un peu plus. Son esprit sauta à une nouvelle question. Elle avait toujours eu un esprit d’escalier. Comment fonctionnaient les sortilèges informulés. La formulation était sans doute une béquille de formalisation de la magie, un peu comme un moule pour donner une forme à son intention. Ce devait être la raison pour laquelle son père lui avait toujours dit que pour lancer un doloris il fallait vraiment « vouloir la souffrance de l’autre »… L’informulé jetait donc une difficulté supplémentaire : on ôtait à la magie un de ses moules, et il fallait donc d’autant plus se concentrer.

Mais alors, quid de cette parole ? Comment faisaient les sorciers sourds et muets par exemple ? Inantaient-ils en langue des signes ? D’ailleurs, les sorciers connaissaient-ils cette magnifique invention moldue ? Elle songea là qu’elle touchait à un problème particulièrement important. Il fallait à la magie des supports d’expression : la volonté n’était que le lien entre le noyau du sorcier et l’effet recherché, la flèche pure qui allait de soi vers autrui. Mais cette flèche avait besoin d’un arc pour filer droit. Cet arc n’était autre que… mince, comment appeler ça ?

Elle refit sa queue de cheval sans cesser de réfléchir. Ce simple geste l’aidait à focaliser sa pensée. Focaliser… Focus… Foci pour un beau pluriel latin. Voilà. Elle avait trouvé : toute la part ritualiste de la magie s’appellerait désormais dans sa grande théorie unifiée de la magie le « focus », c’est à dire ce qui permettait de mettre en forme le pouvoir afin de le diriger plus aisément vers l'effet recherché.

Liste : les foci
- baguette magique
- formule (pensée ou formulée) ou incantation
- intonations particulières de la voix (NB : demander des informations à Asao sur les enchantements nagin)
- gestes particuliers à l’aide de la baguette ou des mains (NB : se renseigner sur l’artisanat gobelin)
- ingrédients (plantes, minéraux, animaux)
- gestes du corps (une danse, par exemple?)
- supports visuels (contact oculaire, dessins, pentacles)


Elle releva la tête, satisfaite de la tournure que prenait son parchemin. Elle n’avait pas vu la journée filer, et son ventre, accoutumé aux privations qu’elle lui imposait malgré elle, se taisait encore. En voyant le jour décroître, elle songea qu’elle avait probablement raté le déjeuner, et que l’après-midi devait être bien entamée.

Mais elle avait joliment avancé dans ses recherches. Elle avait deux piliers de son système magique : la source du pouvoir et les foci. Le lien évident étant la volonté du sorcier. Elle se sentait en effervescence intérieure, ce qui contrastait pour le moins radicalement avec la morne quiétude de la bibliothèque. Il n’y avait presque plus personne. Solveig s’étira : elle était restée trop longtemps dans la même position et ressentait à présent une violente tension dans le dos. Il fallait dire qu’être voûtée tout le jour durant sur une page de parchemin n’était pas vraiment le top du confort. Elle roula son parchemin, le coinçant dans sa robe de sorcier et alla ranger le livre qui l’avait occupée. Une lecture ambitieuse mais bien moins ambitieuse que ce qu’elle visait. En reposant le volumineux ouvrage sur le rayonnage duquel elle l’avait sorti, elle laissa ses doigts courir sur les tranches voisines. Lequel lire ? Elle savait exactement ce qu’elle voulait lire, en vérité, mais elle avait aussi désespéré de le trouver dans les rayonnages. Elle hésitait, tomba sur la version traduite de l’hébreu, fragmentaire et don inutile qui était en libre accès. Son père lui avait toujours dit que Poudlard possédait une version originale… Elle n’était même pas censée le savoir…

Irma Pince, la dernière bibliothécaire ne lui avait jamais inspiré suffisamment de sympathie pour oser formuler sa demande, mais ce jeune homme aux traits réguliers et au port altier lui semblait bien plus accessible que sa prédécesseur… Peut-être qu’elle pouvait tenter.

Elle sortit d’un geste vif, mais néanmoins précautionneux l’ouvrage en latin qui avait attiré son attention. Le Deorum operae : les travaux des Dieux. C’était une très mauvaise traduction en latin médiéval de l’ouvrage original dont le titre n'avait d'ailleurs rien à voir. Un des pères de l’Église Chrétienne toute jeune à l’époque, avait jugé bon de verser dans l’art passionnant et subversif de l’exégèse. La Sainte Bible avait en effet quatre lectures possibles pour ses fidèles : la lecture littérale où le texte disait précisément ce qui était écrit, la lecture allusive qui appelait à l’explication et l’interprétation, la lecture allégorique qui  faisait du texte saint une leçon sur les choses et le monde, et enfin, celle qui l’intéressait, la lecture mystique qui permettait de trouver la voix de Dieu dans le texte et dans le monde. Le mysticisme était une voie comme une autre des croyants.

Mais certains de ces croyants étaient aussi des sorciers. Dieu devenait alors source de magie, et le mysticisme n’était rien d’autre qu’une lecture des pratiques magiques. Un autre système où les sortilèges devenaient miracles et les incantations prières. C’est fou ce qu’un changement de paradigme pouvait impacter une pratique.

La jeune fille s’immobilisa au milieu de la bibliothèque, debout, dans le champ de vision du bibliothécaire qui venait de lever la tête de son livre. Elle avait eu une idée. Solveig gagna en quelques enjambées parfaitement silencieuses le bureau du bibliothécaire, elle y déposa avec grand soin l’ouvrage en latin qu’elle avait prélevé sur l’étagère, sorti de sa robe de sorcier le précieux parchemin qui contenait ses idées, et, sans un mot, préleva sur le bureau du jeune homme une plume sous l’oeil sans doute médusé du bibliothécaire – elle ne s’était pas souciée de regarder la tête qu’il tirait – pour y noter sa nouvelle idée.

Hypothèse : le monde change selon la façon dont on le voit et dont on le lit. Sa réalité et son mode de fonctionnement dépendent de l’observateur.
Piste : la notion de paradigme, c’est à dire un ensemble de concepts et de lectures incluant des théories, des méthodes de recherches, des postulats, des standards qui permettent la constitution d’un champ d’étude cohérent. Un système.
Preuve : notre pratique de la magie est un paradigme
Preuve : de même que la science des moldus
Preuve : de même que la mystique religieuse


Solveig laissa s’échapper un soupir de soulagement en remettant la plume très exactement à l’endroit où elle l’avait prise. Au millimètre près, naturellement. Elle roula à nouveau le parchemin une fois l'encre sèche, le contempla quelques secondes, et le glissa dans sa robe de sorcière.

« Une idée à ne pas laisser filer. » Expliqua-t-elle dans un chuchotement comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Puis elle se souvint de ce que sa mère lui avait toujours dit : 1/ politesse, 2/ demande clairement formulée, 3/ conversation de courtoisie. Elle se reprit.

« Bonsoir Monsieur. »

La politesse, c’était fait.

« J’ai vu que vous aviez en rayon cette version latine du Deorum Operae, qui est une traduction de la fin du quinzième siècle lacunaire et dans un latin déplorable, pardon de le dire. Pourrais-je accéder à sa version originale en langue hébraïque, s’il vous plaît ? »

Ladite version était, bien entendu, sous clef dans la réserve, et contenait d’antiques « miracles » ou enchantements nés dans les cercles des premiers chrétiens que les éditeurs latins avaient cru bon de ne pas traduire dans la version que la jeune femme avait posé sur le bureau. Se souvenant qu’elle ne lisait pas la langue des juifs, Solveig ajouta.

« Je cherche aussi un livre pour apprendre l’hébreu. »

Elle était parfaitement sérieuse en disant cela. Un sortilège de traduction était, à ses yeux, une lamentable facilité, qui dépendait, de surcroît, de la finesse de pensée de celui qui lançait le sort. Même si elle eût pu en faire de très beaux tant son esprit était aiguisé, elle préférait de loin le frisson de la langue originale.

Mais la demande c’était fait. Il ne restait que la conversation.

« Je m’appelle Solveig Eivor Beurk, fille aînée de Caractarus et Ebba Rut Beurk, et vous ? Vous êtes le nouveau bibliothécaire ? J’ai appris qu’Irma Pince avait pris sa retraite. »

C’était un peu maladroit, et elle n'était même pas certaine que son vis à vis ait quelque chose à faire de son arbre généalogique, mais elle avait rempli toutes les demandes maternelles qui lui enjoignaient à faire acte de société et à se présenter selon les coutumes scandinaves, elle le lui écrirait dans sa prochaine lettre, sachant par avance que sa mère serait fière des efforts qu'elle faisait en matière de vie sociale.

Codage (c) Lily Evans - 2225 mots
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MessageSujet: Re: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Mer 20 Juin - 16:38
 
La drôle de vie du bibliothécaire




Alors que le temps s'égrenait lentement, les élèves se firent de plus en plus rares. Venait l'heure où seuls les étudiants les plus studieux restaient pour approfondir leurs connaissances, ou profiter d'un calme plus religieux, pour se plonger à leur aise dans d'intenses réflexions. Les élèves les plus âgés étaient clairement là pour affiner leurs révisions, cinquième et septième années dévorant les cours et les grimoires dans l'espoir de réussir leurs examens à la fin de l'année. Pour eux, l'année s'annonçait laborieuse, au point que leur psyché vacillerait dangereusement. Mais rien que des vacances ne sauraient restaurer.
Dans cette atmosphère studieuse et monacale, le jeune bibliothécaire focalisa son attention sur le grattement des plumes sur du parchemin, le froissement léger d'un papier que l'on tournait, le craquement du bois qui travaillait, le pas maladroit de ceux qui tentaient de se mouvoir sans attirer l'attention. Parfois, un raclement de gorge ou un éternuement étouffé venaient troubler la quiétude profonde de ces lieux. Ce calme étrange parvenait à apaiser les nerfs de Regulus, atténuant sa souffrance qu'il cachait à tous. Son mal, hormis aux guérisseurs de Ste Mangouste, il n'en avait parlé à personne. Il n'avait guère envie d'être sujet d'attention ou de pitié, pas plus qu'il ne souhait être placé sous surveillance médicale. Les médicomages avaient été formels : il n'existait aucun traitement pour l'heure, et si son état se révélait stable à présent, peut être que ce ne serait pas le cas demain. Le jeune homme opta pour vivre au jour le jour
 
Son regard vagabondait depuis son bureau, surveillant les élèves qui parcouraient les rayonnages le front plissé et les sourcils froncés, à la recherche de la documentation qui nourrirait leurs devoirs ou qui enrichirait leurs révisions. Une jeune fille brune attira son attention, car elle semblait hors du monde et hors du temps... du moins c'était l'impression qu'elle lui donnait à chaque fois qu'elle passait sous son nez. Les heures passaient pour elle sans que le temps n'ai réellement prise, un peu comme si elle se perdait dans ses méandres avant de s'étonner du temps passé chaque fois qu'elle relevait la tête.
Toutefois, ses pérégrinations parmi les livres ne semblaient pas pleinement la satisfaire. Le livre sur lequel elle avait jeté son dévolu l'avait intéressé sur le moment, avant de finir par la décevoir. Regulus savait qu'il ne devait pas l'observer ainsi, par crainte que d'autres puissent mal interpréter ses regards insistants en sa direction, mais elle l'intriguait beaucoup. Et d'une certaine manière, elle lui laissait une impression étrange qu'il n'avait jamais connu.
 
Ayant délaissé ses propres recherches, le jeune homme étudiait à présent les manières de la jeune fille. Des comme elle, il n'en avait jamais croisé. De toute évidence, il n'avait pas fini d'être étonné par son comportement singulier. En effet, sans crier gare, la demoiselle s'était élancée vers son bureau, une certaine détermination dans son regard, et posa énergiquement son livre sur le bord de son bureau, prenant alors un parchemin et empruntant une plume dans le pot personnel du bibliothécaire. Pas un bonjour, ni un regard, ni quoique ce soit tendant à démontrer qu'elle avait remarqué sa présence.
Hâtivement, elle griffonna tout un texte sur son bout de parchemin, un expression de franche concentration peinte sur son visage (et ce fut là que se peignit la surprise) quelque peu froid, comme si elle n'avait pas d'âme. Le regard du bibliothécaire se dirigea instinctivement vers ce qu'elle écrivait, et il hoqueta en lisant tout une liste de "théories". Visiblement (ou du moins, c'est ce qu'analysa Regulus), elle était en train de coucher sur papier une liste d'idées qu'elle s'efforçait d'analyser et d'enrichir via des recherches poussées. Toutes ses thèses découlaient d'un profond sens de l'observation, et il se sentit mal à l'aise de la voir penser à la manière d'une machine (avez-vous vu la mécanique de précision derrière les aiguilles d'une montre ? La finesse savante de la machinerie d'un automate ?).
Lorsqu'elle remit la plume à sa place, son visage exprima enfin quelques émotions humaines, comme le soulagement, la satisfaction, voire peut être même un menu plaisir. Déconcerté, sans pour autant le montrer, Regulus se contenta de la voir se tourner vers lui soudainement, afficher un regard d'une extrême courtoisie (quoique un peu figée comme si elle était feinte), et s'adresser à lui avec déférence.
Elle parlait, parlait... Et il fut surprit par autant d'érudition (il en croisait des élèves férus de livres mais aucun ne dissertait avec autant de précision sur un ouvrage qu'elle), au point qu'elle le laissa muet un certain temps. Ravalant sa surprise, il prit note de la présentation personnelle de la jeune fille, ne s'étonnant guère que la fille de Beurk se montra si pointilleuse sur un objet bien précis. Le vieux bougre avait dû lui apprendre à préférer les ouvrages de qualités aux œuvres de seconde main.
Il se repositionna calmement sur sa chaise, dévisageant silencieusement l'élève et évaluant la pertinence de sa demande. Ou alors, il aimait tout simplement faire mariner ces enfants, car il était parfois malicieux (Sirius, sors de ce corps !).
- Et bien bonsoir, répondit enfin Regulus qui tenait à montrer à miss Beurk dans quel ordre il fallait donner les informations. Je suis enchanté de faire la connaissance de la progéniture du vieux Beurk, même si je m'étonnes un peu de savoir qu'il a su trouver épouse.
La remarque n'avait rien d'une insulte. Il connaissait la réputation de Beurk (ainsi que de son associé) et il était sincèrement surprit qu'une femme ne se  soit pas inquiétée de s'acoquiner avec un tel individu louche. En tout cas, sa fille ne lui ressemblait pas beaucoup.
- Je suis Regulus Black, reprit-il d'une voix posée et un peu rêveuse. Et en effet, je suis le nouveau bibliothécaire. Comme vous avez vu juste, Mme Pince s'en est allée pour une retraite bien méritée, en compagnie de Mr Rusard, l'ancien concierge.
D'après les nombreux bruits de couloirs, il y avait toujours existé entre ces deux êtres détestables une accointance secrète et amusante qui leur avait valu d'être la cible régulière de moqueries estudiantines.
- Je n'ai pas été "officiellement" présenté lors du banquet en début d'année scolaire car j'ai été embauché en cours d'année. Mais passons, ce n'est qu'un détail sans grande importance. Si ma mémoire est bonne, le tableau d'affichage de chaque salle commune fait mention de ma nomination. Libre aux élèves, ensuite, de s'intéresser à moi ou non.
Il esquissa un mince sourire narquois, car il se rappelait parfaitement les visages surpris de ceux qui n'avaient pas prit la peine de jeter un œil au dit panneau et qui s'étaient retrouvés soudainement face à un jeune homme à peine plus vieux qu'eux, en train de leur faire la guerre (ou du moins auprès des contrevenants).
Regulus se pencha en avant et prit le livre qu'elle avait posé sur son bureau, le fameux Deorum Operae. Aucun élève ne savait qu'il s'agissait de la copie latine et médiévale d'un grimoire plus ancien en hébreu, et seuls les rares connaisseurs venaient réclamer sa lecture. En vérité, rares étaient ceux qui s'intéressaient aux travaux renfermés dans le Deorum Operae. Il considéra à nouveau Solveig avec curiosité, puis reporta son attention sur le livre.
- Pour ce qui est du dictionnaire en hébreu, je vous conseille vivement celui de Ignace Blacktower, qui sera bien plus complet dans ses traductions pour ce qui concerne la nature de vos recherches. Au besoin, l'école dispose également une encyclopédie hébraïque très riche, quoiqu'un peu ancienne, disposant de traductions un peu... obsolètes. Mais cela ne pose pas problème pour traduire les ouvrages les plus anciens. La langue des plus antiques érudits oppose souvent quelques tournures désuètes qui déstabilisent souvent vos condisciples. Mais je ne doute pas que vous saurez brillamment contourner la difficulté de la langue et des expressions archaïques.
Il prit la plume que Solveig avait emprunté quelques minutes plus tôt, et d'une écriture penchée et fine, presque féminine, il nota les références qu'il venait de mentionner à l'oral. La pointe de la plume dansait élégamment sur la surface du parchemin, lui arrachant à peine un bruit de frottement. Regulus était talentueux en calligraphie, et il avait toujours estimé qu'il était important d'apporter du soin dans chaque chose. Une minutie bienheureuse lorsque l'on recherchait le développement et la progression personnelle.
 - Concernant le livre que vous mentionnez, réfléchit Regulus, je ne peux que vous rejoindre sur vos impressions : les traductions latines de l'époque médiévale sont souvent déplorables. Soit parce qu'elles sont volontairement lacunaires, les traducteurs ayant bien souvent reçu la consigne de censurer certains passages sensibles, du moins pour l'époque, soit parce que ces derniers ne comprenaient goutte à ce qu'ils retranscrivaient et tentaient de donner aux phrases un sens qui leur échappait. Moi-même, j'ai toujours préféré travailler sur la version originale que sur la copie. Du coup, j'ai de bonnes bases en latin, grec et celte. Je vous avoue que la langue hébraïque n'est pas ma tasse de thé.
Il sortit un index d'un tiroir habituellement fermé à clé, et qui fait état de la longue liste d'œuvres remisées dans la Réserve.
- Vous êtes en sixième année, n'est-ce pas ?
Il avisa l'insigne de préfet épinglé sur sa robe de sorcière, puis, chercha le nom qui l'intéressait.
- Le livre que vous cherchez ne possède pas le même nom que son homologue latin, fit remarquer Regulus. Logique dans la mesure où son titre est en hébreu. Il est actuellement dans la Réserve, mais vu votre niveau d'étude, vous n'êtes pas restreinte dans l'accès aux livres de la Réserve. Sachez que vous ne pouvez cependant pas l'emprunter -pas sans un mot écrit d'un professeur- vous ne pouvez donc que le consulter sur place. L'ouvrage en question n'a pas de titre visible, simplement un dessin, une couverture de cuir bleu nuit, et... une tendance à geindre si on ne le manipule pas avec douceur. Il est en très bon état, et se trouve dans la section "magie et mysticisme", dans l'alcôve VI. Avez-vous toutes les indications qu'il vous faut ?
Il lui adressa un sourire avenant, espérant avoir répondu à toutes ses questions (il n'était pas encore bien habitué à son nouveau rôle de bibliothécaire). Puis, comme quelque chose le titillait, il ajouta :
- Pardonnez ma curiosité, mais je n'ai pas pu m'empêcher de voir vos notes. Elles sont, ma foi, très intrigantes.
Et le mettait mal à l'aise, s'il devait se montrer sincère. La manière dont elle ordonnait ses idées était une nouveauté pour lui, il n'avait encore jamais vu une telle manière de réfléchir. Pourtant, il ne comptait pas lui mettre des bâtons dans les roues. Le jeune homme éprouvait de la sympathie pour toute personne qui tenait de s'élever intellectuellement (en autre), et qui se donnait tous les moyens pour parvenir à ses fins, surtout dans la mesure où une telle personne était de la maison Serpentard. Cette maison avait été la sienne après tout, et il manifestait encore et toujours une affection touchante pour ceux qui partageaient avec lui ce point commun.
- Mais je suis d'accord avec vous sur vos observations : la magie dépend d'un grand nombre de facteurs personnels, physiques, psychiques, environnementaux et circonstanciels. Permettez-moi de vous suggérer quelques pistes pour vos recherches personnels : il y a toute une encyclopédie de livres,qui traite sur les causes et les effets. Symboliques des nombres, des essences, des noms, influence des astres, du temps, des lieux... son auteur cherchait certainement à englober toutes les matières enseignées dans le monde, magique ou non, pour tenter de percer les mystères du pouvoir. Qu'est-ce qui est source de réussite ou d'échec, dans quel contexte la magie peut être déployée de manière optimale... L'œuvre est très méconnue, certains ont même essayé de le censurer.
Il reprit son parchemin et nota le nom de l'encyclopédie : Dogme et rituel de la haute magie, de Eliphas Levi.
- Je pense aussi qu'il ne faut pas négliger les sentiments du jeteur de sort, conseilla Regulus en lui tendant le parchemin. Par exemple, pour un sortilège doloris efficace, il faut vraiment vouloir du mal à sa victime, de même que pour le sortilège du patronus, les souvenirs et sentiments heureux sont importants pour sa réussite.
Son sourire s'effaça quelque peu, se rappelant de la pauvre vapeur nacrée qui peinait à s'échapper de sa baguette chaque fois qu'il tentait de réussir ce sortilège. Qu'il était dur pour lui de se concentrer sur le bonheur quand sa vie avait été si... compliquée.
- Oui, l'état d'esprit n'est pas à négliger.
Il baissa les yeux et se promit de se pencher lui-même sur le sujet. Cela le tracassait beaucoup de voir un sortilège lui résister autant, même si celui-ci avait la réputation d'être particulièrement complexe à réussir. Mais son état de santé général ne lui permettait pas un effort conséquent. Il n'avait plus que l'espoir de trouver des pistes, une aide providentielle...
- Bien, suivez-moi miss Beurk, lui enjoignait-il en quittant son bureau.
Il contourna son office et se rendit devant l'entrée de la Réserve où il défit le cordon le temps de la laisser passer. La suivant ensuite, il entreprit de rendre la salle fonctionnelle en allumant les lampes (il n'y avait pas de fenêtre dans la Réserve) et en lui faisant la visite des lieux, mentionnant les diverses sections utiles.
- Vous devrez signer le registre à votre sortie, afin que je puisse conserver une trace de votre passage, l'informa-t-il. Question de procédure.


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MessageSujet: Re: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Jeu 21 Juin - 0:20
Solveig scrutait malgré elle le visage du bibliothécaire. Elle savait bien, puisque sa mère le lui avait dit, que ce n’était pas une pratique des plus polies, mais puisque les relations sociales étaient pour elle difficiles, elle tentait d’analyser ce qui passerait sur ce beau visage de jeune homme. Et le moins qu’elle pouvait dire, c’est que ce n’était jamais simple. Quand elle avait relevé la tête, après avoir rendu au jeune homme sa plume, elle avait tenté de déchiffrer son expression, sans grand succès. Il semblait un peu médusé, un peu indécis, un peu surpris. Pas en colère – ou bien il intériorisait – ni spécialement heureux – ça aurait été bizarre. Bref, la jeune serpentard n’avait franchement aucune idée de ce qui pouvait se passer dans sa tête.

Elle lui avait ensuite fait part de ses demandes, en songeant que sa mère serait probablement satisfaite de savoir qu’elle travaillait ses relations sociales, même si cela n’était pas évident à ses yeux. Et puis Solveig avait attendu en scrutant avec probablement trop d’insistance le visage du bibliothécaire. Elle analysait l’ovale de ses joues, la finesse de ses traits, mais plus encore que sa beauté plastique, c’était bien ses émotions qu’elle tentait de décrypter par une observation extérieure. Elle voyait bien certains signes : une bouche légèrement béante, un relâchement des muscles de la mâchoire, et un regard hésitant quoi que pénétrant. Si la préfète avait dû parier, elle aurait opté pour une manifestation de la surprise… Mais elle n’était pas trop sûre de son coup : en quoi une élève cherchant un bouquin pouvait être surprenant ? L’hébreu peut-être ? Elle sentait confusément qu’il était probable que ses camarades ne s’intéressent pas à cela.

Enfin, il la salua, d’une voix posée et maîtrisée aux doux accents. Elle décida d’emblée que ce jeune homme avait le sens des convenances sociales et l’écouta avec attention, constatant qu’il fonctionnait un peu différemment de sa maman : d’abord il saluait, puis il lui soulignait qu’il était enchanté de faire sa connaissance, et ensuite il se présentait. Tandis qu’il parlait, la jeune fille sortit fugacement un petit calepin dans la spirale duquel était fiché une mine de plomb, et nota ces informations sans songer un moment qu’elle pourrait perturber son vis à vis en prenant des notes, non pas sur sa personne, mais sur sa façon d’interagir avec le monde. Car c’était bien

Regulus Black – bibliothécaire
Salue les gens
Dit qu’il est enchanté de les rencontrer
Se présente


Qu’elle nota consciencieusement d’une petite écriture serrée.

Solveig écouta avec attention tout son laïus sur sa propre personne et sur ses nouvelles fonctions suite au départ en retraite de Madame Pince et Monsieur Rusard. La jeune fille n’avait jamais soupçonné qu’il pût y avoir quoi que ce fût entre ces deux là. Il fallait dire qu’elle était plus attentive aux livres qu’aux gens, alors leurs sentiments… La jeune préfère sentait monter en elle une furieuse envie de prendre la parole, de répondre aux questions ou remarques sous-jacentes qui émaillaient les propos du nouveau bibliothécaire, décidément bien intéressant dans sa maîtrise du langage et des relations sociales. Enfin, lorsqu’il acheva la mention des parchemins affichés dans les salles communes, elle en profita pour lui voler la paroles quelques instants, avec un léger soulagement de pouvoir faire sortir de son crâne tout ce qui lui brûlait la langue.

« Aussi surprenant que cela puisse sembler, mon père a en réalité trouvé trois épouses, mais ses deux premiers mariages l’ont laissé sans enfant et veuf. Ma mère a été la première à lui donner deux enfants, mon frère cadet et moi-même. Mais c’est mon frère l’héritier de la dynastie, je suppose que dans certaines anciennes familles de sang pur, les filles n’ont pas grande valeur. »

Solveig aurait pu énoncer tout cela d’un ton passionné trahissant une douleur ou un ressentiment. Il n’y avait cependant que les froides intonations du constat qui étaient tombées sur son propos. En fait, elle s’en fichait. Mieux, cette absence d’attentes paternelles à son égard lui offrait la douce jouissance d’une certaine liberté. Bon, il allait sans doute bien falloir un jour qu’elle sacrifie à la tradition du mariage, mais elle avait décidé de traiter cette question par l’indifférence pour le moment. Et puis… aucun parti sain d’esprit ne s’intéresserait à la fille étrange d’un mangemort, supposait-elle. Non, ce qui l’inquiétait beaucoup plus était que l’on pût la supposer, de par sa parenté, acoquinée avec les forces du mal. Pour cela, elle avait à coeur de démentir : elle n’en avait strictement rien à faire de Voldemort.

Entendre le nom de son vis à vis rassura quelque peu la jeune fille. Regulus Black. Son nom roulait quelques instants dans son esprit. Elle connaissait la famille Black, et vaguement leur histoire. Elle croyait se souvenir que Regulus Black était revenu à la vie, mais elle n’en était plus certaine. Cette histoire de ressuscités faisait une bonne curiosité scientifique, mais pour le reste, comme pour la guerre, elle s’en fichait des individus mis en cause. Elle décida d’imiter, en tous cas, les éléments de politesse qu’elle avait appris aujourd’hui.

« Je suis, moi aussi, enchantée de vous rencontrer, Monsieur Black. Ou dois-je vous appeler autrement ? »

Toujours savoir comment appeler son vis à vis était d’une importance capitale aux yeux de la jeune femme.

La conversation prit ensuite un tour beaucoup plus rassurant aux yeux de Solveig. Parler de livres, de langues, de recherches et d’érudition était pour elle un terrain connu, confortable, même. Elle pouvait se perdre à loisir dans des considérations magiques, dans des interrogations subtiles, et surtout dans des dictionnaires, traités et autres encyclopédies comme elle aimait à le faire. Étonnamment, la jeune préfète de Serpentard se pris à penser à Asao. Il était le seul avec lequel elle parlait vraiment librement de ses recherches. Elle avait toujours gardé une certaine distance de sécurité avec Madame Pince. Regulus Black, pourtant, lui inspirait de longues discussions et des débats passionnés. Il s’avéra de très bon conseil pour la question de la langue hébraïque, et Solveig pouvait le voir, tout en parlant, tracer des lettres d’une rare élégance sur un morceau de parchemin les titres qu’il lui mentionnait à l’oral. La jeune fille fixait le morceau qu’il couvrait de sa calligraphie, et ne put s’empêcher de le mémoriser parfaitement, et de mémoriser avec lui la délicatesse des lettres qu’avait tracé la plume du nouveau bibliothécaire. Solveig aimait l’ordre et la netteté : l’écriture soignée de Regulus la satisfaisait pleinement à cet égard.

Elle opinait aux explications du bibliothécaire concernant les copistes médiévaux tout comme elle avait acquiescé en silence à propos de ses explications sur la langue hébraïque. Elle profita à nouveau d’un souffle accompagné d’un geste – Regulus Black avait ouvert son tiroir pour en extirper une liste – pour placer quelques mots.

« Je vous remercie de ces précisions. Je sais que les copistes du Deorum Operae ont censuré précisément ce qui m’intéresse : les rituels des premiers chrétiens, leur magie, en somme. Les déroulés théologiques qui subsistent sont intéressants, mais enfin, Dieu n’est pas l’objet de mes recherches. Et tout comme vous, je suis davantage calée en Latin et en Grec qu’en hébreu. A vrai dire, je vais sans doute commencer par l’apprendre avant toute chose. Ce devrait être l’affaire d’une semaine ou deux. »

Tandis qu’il lui demandait si elle était en sixième année – ce que Solveig confirma d’un bref « oui » - elle le vit parcourir du bout des doigts la surface de la liste avant d’y trouver l’ouvrage recherché et son emplacement. Il lui confia, une fois encore des informations précieuses, notamment la permission qu’elle avait de pouvoir consulter à loisir les ouvrages de la réserve. Les emprunter ou non ne lui importait guère, la jeune Serpentard passait de toute façon le plus clair de son temps entre les murs de la bibliothèque, et elle aurait sans doute à loisir l’occasion de recroiser le bibliothécaire. Elle se réjouissait, ainsi, de découvrir qu’elle pourrait accéder à tous ces trésors, et à l’instant où Regulus Black lui exprima cette possibilité de consultation, elle eut les yeux envahis d’étoiles tandis que se peignait sur son visage un sourire ravi qu’elle ne pouvait refréner. Elle dégustait par avance les heures passées en compagnie de livres et de savoir, et songeait là que tout ceci faciliterait grandement ses recherches. Elle se félicita d’avoir osé apostropher le nouveau venu, et remercia mentalement Irma Pince et Argus Rusard d’être partis profiter, Dieu seul savait où, de leurs vieux jours.

Elle opina lorsqu’il lui demanda si elle avait à sa portée toutes les informations nécessaires.

« Oui, Magie et Mysticisme, alcôve VI, une couverture de cuir bleu nuit avec un dessin sur la tranche et sans titre visible. Je le trouverai. »

Et il fit ce à quoi Solveig s’attendait le moins du monde. Il la questionna sur son précieux parchemin. La jeune fille rosit mais ne releva pas ses questions, gênée de ce soudain intérêt. Par chance, le sorcier reprit la parole et lui indiqua ses propres conclusions. Elle l’écouta avec intérêt et l’observa rajouter sur le parchemin qu’il lui destinait une nouvelle référence livresque. Elle saisit respectueusement le morceau portant la calligraphie du jeune homme et se promit de lire tout cela avec attention. Les conclusions du sorcier étaient intrigante… L’état d’esprit, la volonté…

« Mais pensez-vous que cet « état d’esprit » soit uniquement l’expression d’une volonté ou bien est-ce quelque chose de plus subtil ? Quelle place accordez-vous, par exemple, dans ces réflexions à des théoriciens de la psychanalyse comme Karl Jung, Sigmund Freud ou Jacques Lacan? »

Elle s’était emballée, et n’avait même pas pensé une seule seconde à la possibilité que son vis à vis ne connaisse pas ces grands noms. Elle sentait bien qu’elle partait un peu loin, mais enfin, il était toujours intéressant de deviser avec un autre érudit !

Solveig lui emboîta le pas dans la réserve, et regarda autour d’elle. C’était la première fois qu’elle pénétrait dans ces lieux, Madame Pince le lui ayant toujours interdit, et elle demeurait interdite et enchantée par la multitude des facettes du lieu. Les tranches entreposées sur les rayonnages exerçaient sur elle une étrange fascination, et elle se prenait à bailler aux corneilles (ou plutôt aux livres) tandis que Regulus Black la guidait. Elle ne reprit vraiment conscience de ce qui se jouait là que lorsqu’il lui indiqua devoir signer un registre. Solveig opina en silence.

La jeune fille se fit un peu hésitante, puis finit par extirper de ses robes de sorcières son précieux parchemin avant que Regulus Black ne l’abandonne dans la réserve, un léger rouge sur les joues.

« Vous sembliez curieux » fit-elle simplement.

Elle le tendit à son vis à vis le laissant le dérouler et le lire à loisir. Le parchemin était long, rempli de notes d’une petite écriture serrée. On pouvait y voir, lorsqu’une feuille était finie, une autre feuille adroitement cousue à sa suite par des petits points serrés, de sorte que l’ensemble du rouleau formait une longue suite de recherches et de notes qu’elle mettait au propre et poursuivait depuis quelques jours.

POUR UNE THÉORIE UNIFIÉE DES PRATIQUES MAGIQUES
Par Solveig E. Beurk

Notes préparatoires II

Résumé des notes préparatoires I – juin 2017-Janvier 2021

Constat : Les pratiques magiques ne sont pas unifiées, loin s’en faut. Les sorciers utilisent des baguettes magiques (mais il n’en fut pas toujours ainsi), les créatures magiques n’en ont pas (mais n’en font pas moins de la magie), les moldus n’ont pas de magie (mais de la technologie : pourrait-on y associer une dimension magique?)

Postulat : une théorie unifiée de la magie devrait permettre non seulement une meilleure compréhension des pratiques magiques passées et présentes, mais devrait également permettre un enrichissement mutuel en mettant en dialogue des formes pour l’heure concurrentes et savamment gardées par leurs utilisateurs. Par exemple, l’artisanat Gobelin, l’art de la fabrication des baguettes, l’alchimie, etc.

Observation : les moldus se débrouillent sans magie depuis bien longtemps : ils ont développé ce qu’ils appellent « science » et « méthode scientifique » (la zététique : l’art du doute). Ces outils leur ont permis de nombreux progrès dans la connaissance du monde

Liste :
- la biologie
- l’anatomie (en découlent des compétences redoutables de leurs « médecins » en chirurgie ; ils utilisent aussi des « principes actifs » pour créer des « médicaments », c’est à dire des remèdes, bien plus efficaces que certaines de nos potions. En outre la « vaccination » permet de prévenir les maladies, de sorte qu’il est devenu impensable pour les « pays développés » de mourir de certaines maladies presque totalement éradiquées)
- la chimie moléculaire
- la physique (notamment des particules)
- l’astrophysique (ils ont même envoyé des gens sur la Lune!)
- les mathématiques théoriques et appliquées (le but étant de développer des « équations » pour décrire le monde avec des chiffres. Proche de l’arithmancie, mais avec de nombreux concepts supplémentaires, les « nombres irréels » par exemple)
- la philosophie (notamment logique qui a permis le développement de l’informatique, c’est à dire la réduction d’un processus mental complexe à une suite d’opération simples. Les « ordinateurs » fonctionnent sur ce mode)
- etc.
Postulat : nous devons connaître ces innovations pour choisir (ou non) de les employer dans nos pratiques magiques.

A PROPOS DE LA DIVINATION
Note : une étude approfondie de chaque domaine magique et de ses spécificités est nécessaire avant de tenter une unification.

Postulat : les formes formées par les feuilles et débris au fond des tasses de thé permettent de lire l’avenir : il faut boire son thé, laisser un fond, tourner trois fois la tasse, lire les formes.
Hypothèse : c’est du bullshit.
Données requises : quelle variété de thé aurait de telles propriétés ?
Données requises : cela marche-t-il avec du café ?
Données requises : une expérience en double aveugle devrait permettre de prouver l’efficacité du procédé.



Puis, dans une calligraphie plus serrée, d’une encre différente et sur un carré de parchemin qui avait manifestement été coupé puis cousu à la suite avec si grand soin que les points se distinguaient à peine. Une mention de titre avait été ajoutée a posteriori :

LES LIEUX DE POUVOIR

Hypothèse : La magie repose sur l’emploi de forces environnantes qu’elles soient présentes dans la nature, dans un « lieu de pouvoir » (discuter avec Asao de ses perceptions), mais aussi sur les forces propres du sorcier. Les lieux baignés de magie doivent rendre plus facilement praticables les rituels et enchantements, tandis que les lieux qui en sont dépourvus doivent rendre cela plus complexe.
Etude à mener : le degré de magie dans un lieu est-il corrélé à son inoccupation moldue ? De nombreuses légendes moldues locales mettant en scène un folklore féérique (Bretagne, Ecosse, Irlande), dépeignent la triste réalité suivante : plus un lieu est urbanisé et occupé par les moldus, moins les êtres féériques s’y rendent. Ces légendes sont-elles l’expression d’une conscience collective de la disparition de la magie chez les moldus ? Les moldus ont-ils un jour vécu en connaissant l’existence des sorciers, ou tout du moins de certaines formes de la magie ?

Liste : lieux de pouvoir
- Poudlard (et les écoles de sorcellerie, de façon générale)
- Ministère de la magie (département des mystères?)
- Lieux habités par des créatures magiques (forêt interdite et sa communauté de centaures ; temple nagin à Kyoto)
- Gringotts
- localités magiques (Chemin de Traverse, Allée des Embumes, Pré-au-Lard, Godrick’s Hollow, etc.)
- lieux de culte ? (même moldus?)
- lieux chargés historiquement ? (châteaux réputés hantés, etc.)



Ensuite, après cet insert, les propos de Solveig reprenaient leur cours, rédigés dans un spectre d’encre différentes allant du bleu au vert en passant par le noir. La jeune fille écrivait avec toute bouteille d’encre à portée, qu’elle lui appartienne ou non. Manifestement, ces informations avaient été copiées par une Solveig plus jeune, et moins adroite, ainsi qu’en témoignait les rondeurs de ses mots. En réalité, c’était là son tout premier parchemin qu’elle conservait précieusement, car il était le commencement de toute chose et le déclic de chacun de ses actes suivants. Seul Asao, avant Regulus, avait eu accès à ces lectures, et elle sentait un inexplicable sentiment d’angoisse lui serrer le coeur à l’idée que quelqu’un put le lire. Pourtant, Solveig avait confié ces mots à ce bibliothécaire à peine rencontré. Les mots d’une enfant de douze ans.

Déclaration : je suis un être logique et rationnel.
Preuve : je raisonne plus que je ne ressens.
Preuve : j’organise ma pensée.
Preuve : je suis parfaitement capable d’envisager des solution innovantes en cas de problème jugé insoluble.

Sujet d’étude : le déclin de notre monde.

Hypothèse : notre mode de fonctionnement magique repose sur un carcan traditionnel.
Preuve : les familles de sang-pur sont toutes apparentées de façon bien trop proches pour permettre un renouvellement du patrimoine génétique.
Preuve : nos hôpitaux magiques ne tiennent pas compte des découvertes moldues en matière de médecine.
Preuve : nos recherches alchimiques ne tiennent pas compte des découvertes moldues en matière de phyisique des particules ou de chimie.
Preuve : nous utilisons encore la divination par les astres alors qu’il est prouvé qu’elle est en grande partie infondée.
Preuve : nous étudions l’arithmancie comme mystère des chiffres et des calculs sans être foutus d’appliquer le théorème de Pythagore.
Preuve : nous manquons d’ouverture d’esprit jusqu’à méconnaître l’histoire et la littérature moldues.
Preuve : nous ne savons pas utiliser la technologie moldue.
Constat : nous sommes voués à nous adapter ou disparaître.

Hypothèse : Nous devons pouvoir nous adapter et prendre le meilleur des deux mondes si nous souhaitons survivre.
Preuve : des enfants dotés de pouvoir magiques naissent dans des familles moldues, la pureté du sang n’a donc rien à voir avec le développement de maîtrise de la magie.
Preuve : des cracmols naissent dans les vieilles familles au sang pur.
Données requises : il faudrait faire une recension pour savoir si ce chiffre est en augmentation, constant ou en déclin.
Preuve : des sortilèges pour enchanter les objets moldus existent.
Preuve : les principes alchimiques évoquent des particules élémentaires théorisées par Aristote, il doit être possible d’opérer les mêmes travaux à partir du modèle standard de la physique des particules.
Preuve : les potions ne sont jamais que des recettes de cuisine avec supplément magique.
Preuve : la botanique n’est jamais que du jardinage avec supplément magique.
Preuve : un être humain, qu’il soit sorcier ou moldu, est en proie aux mêmes tourments émotionnels, a le même type de corps, fonctionne de la même manière.
Preuve : les pathologies mentales touchant les moldus touchent aussi les sorciers.
Voir : autisme asperger.
Voir : manies.
Voir : troubles dissociatifs.

Proposition : utiliser le modèle standard des particules en alchimie.
Proposition : s’inspirer des travaux moldus afin que la grippe cesse d’être un fléau meurtrier pour les sorciers.
Proposition : tenter de conjuguer magie et technologie dans un art innovant.

Pistes de recherches : la logique informatique.
Fait : la philosophie logique a donné ses bases à l’informatique.
Description : il s’agit de traiter de relations logiques entre deux éléments A et B de façon à ce que causes et conséquences s’harmonisent dans une suite cohérente et inaltérable.
Hypothèse : la logique informatique doit être appliquée aux procédés magiques.
Clarification : il faut mettre en relation A : le procédé magique et B : son effet de façon rigoureuse afin de formaliser une grammaire de la magie.
Hypothèse : l’établissement d’une grammaire magique commune doit permettre une mise en libre circulation des savoirs et des flux magiques.
Preuve : les sortilèges formulés sont une première normalisation.
Preuve : les recettes de potions sont une autre normalisation.
Risque : ces normalisations partielles font courir le risque d’un appauvrissement des pratiques magiques : en se concentrant sur les seules méthodes connues, nous risquons d’en perdre une créativité certaine.

Proposition ; il faut créer un système partageant des codes communs uniques et combinables à loisir pour créer cette nouvelle grammaire magique.
Précision : qui dit système dit dispositif englobant et total.
Précision : les créatures magiques doivent elles-aussi se conformer à cette nouvelle forme d’expression de la magie, de même que les sorciers doivent apprendre de leurs paires « d’autres espèces ».
Preuve : les moldus étudient d’autres formes de vie pour améliorer leur propre existence.
Preuve : l’existence d’OGM
Preuve : l’utilisation thérapeutique des vaccins
Preuve : les systèmes de parasitisme interdépendants.  



Il ne restait guère, après cela, que les notes les plus récentes de la jeune fille, celles qu’elle avait notées le jour même et qui s’étalaient sur la surface du parchemin. Les derniers titres avaient manifestement été rajoutés après que le contenu en eût été écrit.


NOTION DE SYSTEME

Notes : le langage SQL et ses dérivés PostGreSQL et MySQL par exemple, sont utilisés pour créer des architectures de base de données.
Postulat : la base de données repose sur un but qui doit être clairement défini. On la construit ensuite autour de ce but afin que les données entrées soient exploitées pour répondre au besoin initial.
Assertion : C’est un système.

Hypothèse : afin de construire notre théorie unifiée de la magie, nous devons définir nos besoins (ici, permettre une libre circulation des pouvoirs et des pratiques grâce à une grammaire magique commune laquelle doit être assez souple pour ne pas brider l’inventivité des mages).
Données nécessaires : se renseigner sur les pratiques sortant du « canon » enseigné à Poudlard
Voir : Sortilèges informulés
Voir : magie sans baguette
Voir : Alchimie
Voir : façon dont les créatures magiques pratiquent la magie

Liste :
- artisanat gobelin
- chant nagin
- pouvoirs des elfes de maison

FORMALISER LA MAGIE

Liste : les foci
- baguette magique
- formule (pensée ou formulée) ou incantation
- intonations particulières de la voix (NB : demander des informations à Asao sur les enchantements nagin)
- gestes particuliers à l’aide de la baguette ou des mains (NB : se renseigner sur l’artisanat gobelin)
- ingrédients (plantes, minéraux, animaux)
- gestes du corps (une danse, par exemple?)
- supports visuels (contact oculaire, dessins, pentacles)

Hypothèse : le monde change selon la façon dont on le voit et dont on le lit. Sa réalité et son mode de fonctionnement dépendent de l’observateur.
Piste : la notion de paradigme, c’est à dire un ensemble de concepts et de lectures incluant des théories, des méthodes de recherches, des postulats, des standards qui permettent la constitution d’un champ d’étude cohérent. Un système.
Preuve : notre pratique de la magie est un paradigme
Preuve : de même que la science des moldus
Preuve : de même que la mystique religieuse


Elle ne cessait de rosir en voyant le bibliothécaire parcourir ses notes, et se sentit obligée de lui expliquer.

« Je veux révolutionner notre approche des pratiques magiques, Monsieur. Ce n’est qu’une ébauche de travail, bien entendu. »
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MessageSujet: Re: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Mar 26 Juin - 18:02
 
La drôle de vie du bibliothécaire



Si le vieux Beurk avait eu trois épouse comme sa fille venait de lui dire, Regulus venait tout juste de l'apprendre. Tout comme il sut de part la bouche de la jeune fille que les deux premières n'avaient que peu vécu... que ce phénomène fut une simple coïncidence ou révélateur de quelques vilainies de Beurk, ça, le jeune Regulus n'en avait cure. Seuls les Aurors avaient le pouvoirs de se pencher sur la question si la chose paraissait bien trop suspecte. Mais il ne doutait pas non plus que ce cher homme ai pu éliminer des épouses incapables de lui fournir une progéniture, et donc à ce titre, plus encombrantes qu'utiles.
- Monsieur Black ira très bien, marmotta le jeune homme qui commençait à peine à se familiariser à ce que des élèves à peine plus jeunes que lui s'adressent à lui comme il le faisait autrefois avec ses professeurs. Ou monsieur le bibliothécaire. J'ai beau être à peine plus vieux que vous, miss, je fais parti du personnel de Poudlard, avec le rang et les responsabilités qui vont avec. La familiarité et les surnoms sont plutôt proscrits.
Hier encore, il était lui-même élève, et seuls les professeurs l'appelaient "monsieur Black", les autres le nommant par son prénom ou son diminutif (affectueux ou non) "Reg". Mais tout cela était à présent derrière lui.
Solveig se réjouissait de pouvoir accéder au savoir qu'elle réclamait, elle donnait l'impression d'être une assoiffée à qui Regulus donnait charitablement de l'eau. Elle lui assura être en mesure d'apprendre en quelques semaines l'hébreu, même si le Grec et le Latin étaient plus son dada. Ce point commun entre eux la réjouissait. Espérait-elle un rapprochement amical entre eux ? Sincèrement, le jeune homme la trouvait attachante, mais par d'autres aspects, il avait du mal à se sociabiliser avec elle. Le côté très technique et mécanique de sa personne le rebutait quelque peu, même si la méthodologie l'amenait à des théories intéressantes.
Seulement, le corps de Regulus n'était pas en état de permettre de se creuser la tête en toute impunité. Trop réfléchir lui donnait des migraines, et il était condamné, pour le moment, à se contenter de conseiller et documenter les élèves les plus passionnés et érudits. Une tâche qu'il prenait plaisir à accomplir, dans la mesure où les élèves avaient la sagesse de respecter son travail. Ils n'étaient malheureusement pas si nombreux à le faire.
 
 
Dans la Réserve, alors qu'elle contemplait les ouvrages d'un œil gourmand, le bibliothécaire en revint à la question qu'elle lui avait posé :
- Je vais être franc, les noms que vous m'avez cité me sont inconnus. Je crains que mes connaissances en matière de lecture moldue ne soit assez lacunaire. Mais je ne doutes pas que vous saurez aiguiller mon intérêt vers des œuvres intéressantes. L'état d'esprit dont je vous parle résulte de beaucoup de choses. La situation dans laquelle nous nous trouvons peut influencer les sentiments, de même que la personne qui est en face de nous. Ce n'est pas quelque chose d'aisément contrôlable. Par exemple, si un sorcier est fatigué de sa journée, qu'il a connu des déconvenues et qu'en plus vous le placez face à quelqu'un qu'il n'aime pas beaucoup, vous pouvez être certaine que l'usage de ses sortilèges sera plutôt agressives et dépourvues de précision. Genre explosif, si vous voyez. N'espérez pas faire un patronus dans ces conditions, de même que je ne vous conseillerai pas de vous hasarder aux sortilèges de soins : si vous ne les manquez pas, ils seront désastreusement inefficaces. On peut contrôler les sentiments, l'état d'esprit, mais c'est quelque chose qui réclame beaucoup de rigueur, de discipline et de concentration. En cela, les occlumens sont les sorciers les plus doués en ce domaine : Pour cacher leur esprit, pensées, souvenirs et sentiments, il leur est nécessaire de se contrôler et de se fermer à son environnement extérieur, chasser les pensées et sentiments parasites, et appeler à la sérénité. Sans cela, un tel exercice est impossible. Vous voyez, vous avez d'excellentes théories, mais il faut envisager la magie (et pas seulement ça) comme un tout qu'il faut savoir décortiquer. C'est... pardon, l'image va vous paraître un peu simpliste. Mais c'est un peu comme jouer aux échecs. Il faut savoir non seulement analyser, mais il convient de connaître, comprendre et anticiper.
Il cessa là son discours, de crainte qu'à force d'être dans la réflexion il ne provoque une crise. Une fiole curative dans sa poche lui permettait de calmer le jeu si besoin en était, mais il répugnait à s'en servir et préférait se ménager plutôt qu'avoir à sévir. Il soupira, las.
 
A sa plus grande surprise, elle revint vers lui, tendant un long rouleau de parchemin où elle avait fait maints rajouts à mesure que ses idées se développaient dans son esprit. Curieux (comme elle venait de le faire remarquer), il le prit entre ses doigts, le déroula correctement et le parcourut des yeux. Dire qu'il était surprit était un euphémisme, mais il ne pensait qu'une élève fut capable de le choquer. Lui qui avait été élevé dans la plus stricte éducation magique, dans la haine du moldu, le mépris des Sang-de-Bourbe (le mot lui paraissait aujourd'hui désagréable, comme le reliquat honteux d'une époque qu'il préférait oublier), il trembla en laissant son regard glisser de lignes en lignes tandis qu'il devenait évident que les idées de la jeune fille pouvait paraître hérétiques aux yeux des Sang Pur. Le vieux Beurk, était-il au courant que sa fille étudiait les moldus pour imaginer un parallèle aussi poussé entre magie et technologie moldue ? Il en doutait fortement.
Cependant, il était clair qu'elle comptait sérieusement révolutionner le fonctionnement de la magie, d'une part en le perfectionnant, en l'affinant, mais également en l'enrichissant grâce au détournement de l'artisanat moldu. Ce que le Ministère n'allait pas apprécier.
- Je vais être franc, miss Beurk : Tout ceci est fort instructif, et je ne compte pas vous arrêter dans vos recherches. Ce n'est pas mon travail ni mon souhait. Mais sachez qu'il convient que vous gardiez la nature de vos travaux secrète. Il y a bien des gens qui vous poseraient problème, que ce soit les vieilles familles magiques qui pourraient penser que vos idées sont néfastes, que vous êtes une dissidente... et je ne saurais vous expliquer les desseins du Ministère de la magie qui pourrait s'imaginer que vous comptez détourner l'artisanat moldu pour des expériences... euh... contre-natures.
Oui, il pouvait présenter les choses ainsi. Les sorciers du Ministère n'aimaient guère, eux également, que des sorciers s'amusent à créer des objets hybrides entre magie et technologie moldue. Ils appréciaient bien volontiers l'idée de voir les deux mondes proprement séparés, pour des raisons diverses que Regulus ne s'amuserait pas à énumérer.
Le jeune homme se sentait en sueur, alors que la Réserve était constamment maintenue au sec afin que l'humidité ne pourrisse pas les précieux et anciens ouvrages qui étaient entreposés là. L'affaire était délicate et lui paraissait au-dessus de ses moyens. Qui plus est, son instinct lui dictait de protéger une condisciple aussi brillante.
Alors il fit ce qui lui semblait juste : il enroula le parchemin de Solveig, le lui rendit (bien que sa main trembla légèrement), et enfouit ce qu'il venait de lire dans les tréfonds les plus reculés et obscurs de son esprit, pour l'oublier en quelque sorte. Même si honnêtement, une chose pareille ne pouvait être occulté avec aisance.
- Je suppose que les êtres comme vous sont appelés des "révolutionnaires", conclut Regulus en plongeant son regard dans celui de la jeune fille. Les gens n'aiment pas ceux qui ne pensent pas strictement comme eux. Je crains que vos travaux ne suscitent de grandes controverses. Je tairai ce que j'ai vu, je vous laisserai accéder à la documentation que vous souhaiterez consulter, mais de votre côté, montrez-vous prudente. J'apprécie les esprits acérés, mais je les préfère libres que dans une cellule à Azkaban. C'est néanmoins fort aimable de votre part de me faire confiance et de me montrer vos notes.
Il la gratifia d'un sourire reconnaissant. Même s'il était mal à l'aise, sentant ses mains devenir désagréablement moites, il ne pouvait que reconnaître le génie qui habitait la jeune fille. Il préférait l'encourager que la réfréner. Mais il était important qu'elle se confine au secret. En était-elle capable ? De même, il l'enviait de pouvoir se plonger corps et âme dans des travaux. Lui-même était attiré par la perspective d'enrichir son propre savoir, d'étendre le domaine de sa perception, mais son mal le lui interdisait. Il devait garder l'étude modeste et espérer qu'il trouverait une solution à son problème sous peu.
- Bien, je vais vous laisser, fit-il savoir. Si vous avez besoin de moi, je serais à mon bureau.
Encore étourdi par cette confrontation, il regagna son office. Le monde autour de lui parut un peu flou, avant de retrouver une certaine netteté. Le vertige qui fut le sien s'évanouit peu à peu, tandis qu'assis sur sa chaise, il tria la masse d'information que Solveig venait de lui faire engloutir.
Severus savait-il qu'une de ses élèves s'adonnait à de telles recherches ? Peut être. Peut être pas. Devait-il lui en toucher quelques mots ? Le mettre en garde, ne serait-ce que pour la sécurité de la demoiselle ? Un sombre pressentiment l'envahit. Si ce parchemin tombait entre de mauvaises mains, elle pourrait signer la perte de la jeune fille. Bon nombre d'élèves de Serpentards étaient bien incapables d'apprécier l'esprit analytique derrière les hypothèses qu'elle émettait (et qui pouvait choquer).
Un picotement désagréable au niveau de tempes lui rappela qu'il prenait l'histoire bien trop à cœur et qu'il ferait mieux de se ménager. Il verrait cela plus tard, et avec les bonnes personnes. Inutile de se tracasser sans raisons valables. En ce moment, la Réserve était une alcôve bienveillante où Solveig pouvait se réfugier en toute tranquillité. De même qu'il agirait en Cerbère efficace.
N'empêche, elle devrait sans doute éviter de dérouler son parchemin sous les yeux de n'importe qui, et écrire aussi frénétiquement sa pensée brute sans se soucier de qui peut la lire par-dessus son épaule.
 
Voilà, sa paranoïa, héritée du temps où il était un mangemort secrètement renégat, refaisait surface. Se méfier de tout, de n'importe qui. Tout cloisonner, tout protéger. Il passa une main lasse sur ses yeux, se sentant étrangement épuisé. Revenir à la vie était une chose. Vivre à proprement parler s'avérait plus complexe qu'envisagé.
Le bois craquait autour de lui. Le temps hivernal travaillait sur les lourdes étagères en bois que comptait la bibliothèque, ainsi que sur le vieux parquet. Il avait envoyé une note à l'adresse des elfes de maison pour qu'ils viennent cirer ce sol la nuit venue. Il resongea à Kreattur, et se demanda ce qui était advenu de lui. Il ne l'avait pas revu depuis son retour à la vie, ni même entendu parler. Le jeune homme ne l'avait pas appelé, sans doute par crainte de ne recevoir aucune réponse. Un silence, une absence, ne pouvait certainement que signifier que l'elfe était mort. Il était vieux. Si vieux... mais au fond de lui, il espérait. Cette créature bien-aimée lui avait si souvent été d'un grand réconfort...
Et puis, Regulus ne souhaitait pas l'appeler pour une autre raison : Hors de question que son cher elfe le voit dans un état aussi précaire. Si Kreattur devait se rendre compte que sa santé n'était pas au beau fixe, il serait capable de remuer ciel et terre pour trouver le moindre remède, quitte à faire des bêtises, quitte à mourir d'angoisse également. Non, Kreattur méritait, s'il était toujours vivant, de goûter à la paix. Même si ce fut tout à fait involontaire, le jeune homme lui avait déjà causé bien assez de mal comme ça.
En plus, comment prendrait-il le fait que son jeune maître soit à nouveau résident du monde des vivants ? Le choc le tuerait peut être. Le sorcier aimait trop cette toute petite créature fripée pour lui infliger un aussi grand choc.
Son regard se perdit dans le néant. Le voyant sans vraiment le voir, il observait la poussière voleter dans les raies de lumière projetées par les hautes fenêtres de la pièce. Le silence était profond. Petit à petit,  Regulus se laissa aller à la méditation. Son corps, insciemment, lui réclamait le repose de l'esprit.
Codage par Libella sur Graphiorum

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: la drôle de vie du bibliothécaire [libre] Mer 4 Juil - 10:07
Solveig avait plongé, sans le savoir, Regulus Black, le nouveau maître de la bibliothèque dans une perplexité au moins aussi grande que celle dans laquelle le jeune homme l’avait plongée elle. Assise devant une version en langue hébraïque de l’ouvrage qu’elle avait demandé et un dictionnaire d’hébreu, elle réfléchissait âprement. Parchemin soigneusement roulé et plume n’attendaient qu’elle, et pourtant, l’adolescente rechignait à s’y remettre. Elle avait machinalement recoiffé sa queue de cheval avec l’élastique fatigué qu’elle avait autour de de son mince poignet, et s’était assise en tailleurs en pensant aux conseils que lui avait prodigué Asao lorsqu’il avait tenté de lui apprendre à se détendre et à faire le vide.

Elle posa les mains sur ses genoux, paumes vers le ciel. Le dos droit, c’était important. La fillette laissa ses yeux se clore et prit une profonde inspiration. Un… deux… trois… Elle bloqua son souffle. Un… Deux… Trois… Elle expira longuement. Un… Deux… trois… Elle marqua une pause. Un… deux…. Trois…. Et recommença sa valse. D’inspiration en expiration, de pause en pause, elle se repassait chaque mot entendu depuis son arrivée dans la réserve pour tenter de trouver une solution à un problème qu’avait judicieusement pointé Regulus Black et dont il lui avait, manifestement, fallut quatre ans pour se rendre compte. Un manque élémentaire de sécurité.

A force de ne pas prendre en considération le reste du monde et de se focaliser sur ses recherches, la jeune fille Beurk en avait oublié la dangerosité de la quête qu’elle poursuivait. Dangerosité que Regulus Black s’était fait fort de lui rappeler en des termes particulièrement bien choisis. Deux obstacles en particulier… les vieilles familles – et Solveig aurait bien pu y penser, en connaissant son père, mais elle vivait tellement loin de lui, protégée par les murs du château qu’elle avait fini par l’occulter de son esprit – et le ministère de la magie. Il était vrai qu’il existait un département luttant spécifiquement contre l’un des objets de sa recherche : l’utilisation d’objets moldus dans la société magique. Solveig, lorsque Asao lui avait appris cette réalité avait manqué de s’étrangler d’un « c’est une blague ? » bien senti. Mais non, ça n’en était pas une… Il y avait vraiment des grands pontes en haut lieu qui avaient décrété que c’était « trop dangereux ». Trop dangereux pour qui, au juste ? Pour les moldus qui pourraient être les victimes d’un objet magique – déplorable dommage collatéral – ou pour le monde magique qui voyait tout son fondement remis en cause ?

Malgré la véhémence de ses pensées, Solveig se sentait tout à fait calme : elle enchaînait les idées comme autant de perles sur un fil pour former le collier de sa conscience. Une longue chaîne dont les maillons la mèneraient bien à la réponse… Il lui fallait travailler par ordre et méthode. 1/ noter les précieuses références données par Regulus Black. 2/ Préparer des conseils de lecture pour le Regulus Black – elle avait été prise de court par son petit discours – 3/ Protéger ses données… enfin.

La jeune fille, ignorant tout de l’heure qu’il était, fit craquer ses jointures et commença par le plus urgent : ne pas laisser s’envoler les excellentes suggestions de Regulus Black.

FORMALISER LA MAGIE

Liste : les foci (voir une définition plus bas)
- baguette magique
- formule (pensée ou formulée) ou incantation
- intonations particulières de la voix (NB : demander des informations à Asao sur les enchantements nagin)
- gestes particuliers à l’aide de la baguette ou des mains (NB : se renseigner sur l’artisanat gobelin)
- ingrédients (plantes, minéraux, animaux)
- gestes du corps (une danse, par exemple?)
- supports visuels (contact oculaire, dessins, pentacles)

Hypothèse : le monde change selon la façon dont on le voit et dont on le lit. Sa réalité et son mode de fonctionnement dépendent de l’observateur.
Piste : la notion de paradigme, c’est à dire un ensemble de concepts et de lectures incluant des théories, des méthodes de recherches, des postulats, des standards qui permettent la constitution d’un champ d’étude cohérent. Un système.
Preuve : notre pratique de la magie est un paradigme
Preuve : de même que la science des moldus
Preuve : de même que la mystique religieuse (demander des éclaircissements à H. Ollivander)

Définition : Le focus, pluriel, foci, est un geste, un objet, une incantation qui permette de concentrer la volonté et de l’exprimer magiquement. Il s’agit du lien entre l’esprit du sorcier (ou du moins sa volonté) et le monde réel dans lequel s’exerce cette volonté. Le focus est une formalisation de la magie répondant à un paradigme donné, et donc sa vision du monde.

Suggestion R. Black : Il faut aussi prendre en compte l’état d’esprit du sorcier, ses sentiments. Si celui-ci est agité, mieux vaut oublier pour lui les sortilèges de soin ou de patronus, alors qu’à l’inverse, le recours à des sortilèges offensifs nécessite de vouloir blesser.


La jeune fille leva la plume, laissant ses idées en suspens… Elle ne savait pas vraiment qu’ajouter. Regulus Black lui avait ouvert deux mondes. Le premier était celui de la sécurité, le second était cette idée que les sentiments puissent influencer la magie. Solveig avait toujours usé très froidement d’enchantements, avec une précision presque chirurgicale. Cela ne voulait pas dire qu’elle ne ressentait pas elle-même d’émotions, seulement, elle savait les écarter pour faire de la magie. Privilège, sans doute, de ceux chez qui l’esprit dominait le coeur… ou de ceux qui avaient toujours vécu suffisamment confortablement pour avoir le luxe d’étudier et de rechercher plutôt que de survivre. Elle se remit à écrire, l’ouvrage qu’elle avait demandé à consulter soudainement bien laissé de côté – elle reviendrait. C’était aussi cela, la recherche, savoir aller à gauche et à droite dans d’utiles digressions avant de revenir au propos central.

Hypothèse : le contrôle des sentiments permet d’éviter des interférences mais également de se placer soi-même dans le bon état d’esprit pour optimiser l’effet de ses enchantements. Il semblerait donc que l’état émotionnel puisse devenir un focus à part entière.

Piste : l’occulumancie


Solveig reposa la plume à côté du parchemin. Le cheminement de son esprit l’entraînait désormais vers d’autres contrées. Elle attrapa un morceau de papier et entreprit de noter plusieurs idées de lectures pour ce bibliothécaire bien ignare en psychanalyse. Elle nota pour lui deux ouvrages de Freud Psychopathologies du quotidien et l’analyse des rêves, ajouté des livres de Carl Gustav Jung : l’enfant intérieur et ses ouvrages dédiés à Parcelse : Synchronicité et Paracelsica ainsi que Psychologie et alchimie. La jeune fille hésité un peu, puis inscrivit finalement les deux tomes du Mysterium conjunctionis de Jung. Elle espérait qu’au moins l’un de ces textes retiendrait l’attention du bibliothécaire.

Il ne lui restait qu’à aller porter tout cela au bibliothécaire. Un coup d’oeil à sa montre lui apprit qu’il était plus de dix-neuf heures, et son estomac la rappelait brutalement à la réalité : Solveig n’avait rien avalé de la journée. Elle rangea avec soin l’ouvrage de la réserve, calfeutra son parchemin dans les plis de son vêtement, rassembla ses affaires et prit le dictionnaire hébraïque de Blacktower en main tandis qu’elle se dirigeait vers le bureau de Regulus Black. La bibliothèque était désormais plongée dans la pénombre : le jour avait décru pour ne laisser guère que quelques habitués et l’éclairage fragile des lampes. Dans ce clair-obscur, Regulus Black veillait toujours, immobile à sa place. Placide gardien du savoir, s’il en était. La jeune fille s’approcha de lui.

« Bonsoir Monsieur, veuillez m’excuser. Je souhaitais vous donner ça et vous remercier de vos conseils. »


Elle déposa sur son bureau la liste d’ouvrages sur le bureau, la main un peu tremblante. Pourquoi se sentait-elle impressionnée à présent par Regulus Black ? Peut-être parce qu’il avait mis le doigt sur son inconscience, elle qui se targuait de tout maîtriser ? Les paroles de Regulus Black avaient frappé son ego, bien sur, mais plus encore son sens logique. Sa sécurité lui avait échappée. Pis, elle n’y avait pas songé une seule fois. Elle manquait de prudence, voilà tout… Et il fallait y remédier.

« J’ai remarqué que beaucoup d’ouvrages de la bibliothèque, et surtout de la réserve, semblent parfaitement conservés et protégés. Certains portent des enchantements contre les dégradation, par exemple… Je me demandais... »


Elle inspira un bon coup : quel meilleur interlocuteur pour cette question qu'un bibliothécaire qui devait donc être parfaitement au fait de la conservation des ouvrages.

« Existe-t-il des livres là dessus ? Sur les enchantements de conservation, je veux dire ? »

Elle acheva d’une toute petite voix sa question :

« … et sur les enchantements de cryptage, aussi. »

Solveig se sentait pour le moins penaude d’en être réduite à découvrir ce domaine où elle ne connaissait franchement rien sur les conseils d’un bibliothécaire qui avait, à tout casser, la vingtaine, et qui pourtant se montrait plus clairvoyant qu’elle… C’était vexant, mais Solveig savait reconnaître quand il fallait mettre de côté son ego, et c’était le bon moment pour le faire. Elle avait eu le courage ou la folie de laisser lire ses recherches à cet homme, il était embarqué, qu’il le veuille ou non, dans tout cela out comme Asao l’était, alors elle supposait pouvoir lui demander de l’aide, au moins pour qu’il ne soit pas plus avant embarqué là dedans… Et l’occulumancie semblait également une piste à étudier sérieusement, tant pour la magie que pour sa sécurité personnelle. Il fallait le reconnaître, Regulus Black avait réussi à l’ébranler… et à lui faire peur. Elle se jugeait sévèrement, aussi sotte que le premier Gryffondor venu. Il lui fallait plus de finesse, mais si elle était amplement capable de subtilité dans ses recherches, il n’en allait pas de même avec l’interaction sociale… et c’était peut-être bien ce qui menaçait de la perdre.

Après quatre années de recherches, ses travaux percutaient enfin le monde réel dans lequel elle évoluait, mais Solveig était pour le moment incapable de le voir.
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